Brexit : des conséquences pour les entreprises exportatrices

Publié le 28/06/2016 à 10:35

Brexit : des conséquences pour les entreprises exportatrices

Publié le 28/06/2016 à 10:35

Par Marc Gosselin

Le premier ministre de la Grande-Bretagne, David Cameron, a démissionné à la suite du résultat du référendum du 23 juin. (Photo: Bloomberg)

Le Brexit aura des conséquences à court, à moyen et à long termes pour les entreprises québécoises qui brassent des affaires au Royaume-Uni et en Europe, estime Éric Tétrault, pdg des Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ).


À court terme, le résultat du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne causera de l'incertitude sur les marchés de change, financiers et des commodités. «Cette situation va restreindre l'accès au crédit. Comme les entreprises québécoises sont souvent plus petites que leurs concurrentes mondiales, elles ont davantage de besoin de crédit pour prendre de l'expansion à l'international», explique le pdg.


À moyen terme, M. Tétrault estime que la situation sera difficile pour les entreprises québécoises qui font partie d'une chaîne de fabrication au Royaume-Uni. «Depuis lundi matin, je suis convaincu que plusieurs entreprises d'ici sont obligées de revoir la planification de leurs opérations.


La logique de la chaîne de fabrication se trouve touchée par la décision qui a été prise par les électeurs du Royaume-Uni. Est-ce que, dans le nouveau cadre, nos entreprises seront toujours aussi concurrentielles? La question se pose.»


Cette obligation de revoir la chaîne de fabrication ne se limite pas qu'aux entreprises québécoises qui font des affaires au Royaume-Uni, ajoute-t-il. Elle touche également les sociétés qui sont présentes du côté de l'Union européenne, par exemple en ce qui concerne la mobilité de la main-d'œuvre, indique le pdg des MEQ. «La volonté d'harmoniser la réglementation était à la base des principes de l'UE. Si, par des mécanismes quelconques, il devient plus difficile d'exporter au Royaume-Uni, les fournisseurs québécois seront touchés. Et là, on ne parle pas d'une game politique, mais d'une game bien réelle. Pour des raisons sociales et politiques, on vient de tuer quelque chose qui avait du sens d'un point de vue économique [l'Union européenne]», commente Éric Tétrault.


Enfin, à long terme, le Brexit pourrait signifier la fin de l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne. «Il ne faut pas oublier que le Québec a joué un rôle de premier plan dans la négociation de cet accord. Pour que le Québec devienne un exportateur de classe mondiale, il a besoin de cadres de libre-échange», dit M. Tétrault.


Dans un rapport publié à la suite du résultat référendaire du 23 juin, Sadiq S. Adatia, premier directeur des placements, Placements mondiaux Sun Life, explique comment l'économie du Royaume-Uni est beaucoup plus dépendante de ses exportations vers l'Union européenne (UE) que l'inverse. Ainsi, les expéditions de marchandises du Royaume-Uni vers l'UE représentent 13% du PIB du Royaume-Uni. À l'inverse, les expéditions de l'UE vers le Royaume-Uni représentent 3% du PIB de l'UE.


«En raison de sa dépendance au marché européen, il est probable que le Royaume-Uni finisse par conclure un accord de libre-échange comme l'a fait la Turquie. Ou, comme la Suisse, le pays pourrait négocier une série d'ententes distinctes qui lui donneraient accès aux marchés européens tout en lui laissant le contrôle de ses frontières et de son économie», écrit M. Adatia. 


Des pressions politiques


Maître d'enseignement au Département d'économie appliquée de HEC Montréal, Germain Belzile présume qu'un pays comme l'Allemagne aura intérêt à conclure une entente rapide avec le Royaume-Uni. Mais une bonne entente, conclue rapidement et qui est bonne pour tous enverra quel message aux autres pays membres de l'UE? demande M. Belzile. «Jusqu'à quel point les membres de l'UE, comme les Allemands, seront prêts à se punir eux-mêmes en ne concluant pas d’entente rapide qui maintiendrait le Royaume-Uni dans la zone de libre-échange?»


Si la Grèce se lançait dans une telle démarche de quitter l'UE, le maître d'enseignement estime que cette dernière laisserait sécher la Grèce. «Mais le Royaume-Uni est la cinquième économie mondiale. Il y a actuellement trop d'enjeux économiques pour laisser pourrir la situation.»


Germain Belzile tourne en dérision la critique maintes fois entendue de l'Europe à deux vitesses. Elle fonctionne déjà à 30 vitesses, dit-il, en citant les nombreux accords parallèles de libre-échange comme ceux de la Suisse et de la Turquie.


«L'économie de la Grande-Bretagne est déjà fortement intégrée. À partir de maintenant, les élites politiques européennes voudront éviter la contagion. Ça pourrait aiguiser l'appétit des autres pays. Les politiciens européens ont jamais permis de référendum sur la sortie de l'UE, mais je peux vous assurer que le Royaume-Uni ne serait pas le seul à sortir si on tenait des référendums ailleurs.»


Pour le moment, la situation reste la même pour les entreprises canadiennes qui brassent des affaires au Royaume-Uni. Il y a une entente de libre-échange en vigueur avec l'UE, dit M. Belzile. Par contre, il estime que des sociétés financières canadiennes pourraient avoir intérêt à déplacer certains emplois de Londres vers des filiales situées en Europe pour continuer à faire des affaires sur le continent.


«L'économie de la Grande-Bretagne va assez bien par rapport à celle de l'Europe. Mais l'incertitude qui prévaudra au cours des prochains mois pourrait causer un ralentissement de la croissance de l'économie et peut-être une récession. Mais il est trop tôt pour le dire», dit Germain Belzile. 


Une crise majeure


Professeur d'histoire à l'Université McGill, Brian Lewis affirme que le Brexit est la plus importante crise politique de la Grande-Bretagne depuis la Deuxième guerre mondiale. «Un gâchis qui n'était pas nécessaire», commente-t-il.


Comme il s'agissait d'un référendum consultatif et non exécutoire, il n'est pas certain que l'article 50, qui lancerait le processus de sortie de l'UE, soit enclenché, dit-il. Les députés sont très divisés sur la question. «Ceux de Londres et de l'Écosse voteront contre la sortie de l'UE.»


En plus du premier ministre conservateur David Cameron qui a démissionné à la suite du verdict du 23 juin, une vingtaine de députés du cabinet fantôme du Parti travailliste ont quitté leurs fonctions, contestant le travail de leur chef, Jeremy Corbyn. De plus, David Cameron a déjà laissé entendre qu'il laissera le soin à son successeur d'enclencher le fameux article 50 du Traité de Lisbonne. Celui-ci ne sera pas en poste avant octobre 2016.


L'ex-maire de Londres, Boris Johnson, qui était perçu comme un des favoris de la course à la direction du Parti conservateur, a annoncé le 30 juin qu'il ne serait pas candidat. «Il est peut-être populaire dans l'ensemble du pays, mais pas au parlement de Westminster», commente Brian Lewis.


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