La carte d'un legs toxique


Édition du 01 Février 2014

La carte d'un legs toxique


Édition du 01 Février 2014

[Photo : Hugo Joncas]

L'héritage empoisonné laissé par 160 ans d'industrialisation au Québec est difficile à mesurer précisément. Mais une chose est claire : les friches toxiques sont partout, et surtout en plein coeur des villes, à un jet de pierre des quartiers résidentiels. Les données ouvertes des gouvernements québécois et fédéral répertorient plus de 5 500 terrains toujours contaminés dans la province. Nous les avons regroupés sur une carte interactive exclusive, que vous pouvez consulter sur LesAffaires.com. Enquête sur un legs toxique.

Consultez notre carte interactive et notre enquête sur les terrains contaminés.

Dans les anciens quartiers ouvriers, les ports, sous la station-service du coin de la rue... Les terrains contaminés sont partout, démontre notre carte. Mais les géants historiques de l'industrie québécoise dominent le tableau : pétrolières, Hydro-Québec, chemins de fer, alumineries, forestières...

Aux quatre coins de la province, les poids lourds industriels ont créé des centaines de milliers d'emplois. Mais ils ont aussi laissé un vaste archipel de sites toxiques : hydrocarbures, BPC, plomb, mercure, cyanure, arsenic...

Sur notre carte en ligne, chaque point correspond à un terrain que les autorités considèrent toujours comme souillé. Chaque emplacement est enregistré dans le «Répertoire des terrains contaminés» québécois ou dans l'«Inventaire des sites contaminés fédéraux». Pendant six mois, Les Affaires a enquêté pour comprendre l'ampleur du problème, à raison de dizaines d'entrevues, de visites de terrain, de multiples demandes d'accès à l'information et en obtenant de nombreux documents confidentiels.

Au fil de ce dossier, nous vous présentons plusieurs cas. Le site contaminé d'Aleris, à Trois-Rivières, est un bon exemple du pire. Le ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) a pris le contrôle du terrain et confié sa garde à des vigiles et à leurs chiens. Avec Alcoa, puis le groupe métallurgique Corus, la Société générale de financement a été actionnaire pendant neuf ans de l'usine qui s'y trouvait. À cet endroit, plus de 24 000 litres d'hydrocarbures se sont infiltrés dans les eaux souterraines. Et, comme ses anciens partenaires, la société d'État québécoise refuse de financer le nettoyage.

Les Affaires s'est aussi penché sur le cas du Canadien National, qui multiplie les accrochages avec le MDDEFP. Le CN a même expulsé des inspecteurs du Ministère d'un de ses terrains en octobre.

Le public dans le brouillard

Notre enquête a également permis de constater l'épais brouillard dans lequel avance le MDDEFP lorsqu'il s'agit de protéger le public et l'environnement contre la pollution industrielle.

«On ne connaît pas l'envergure des terrains contaminés», dit Daniel Gill, professeur à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal et auteur d'une étude en 2012 sur la réhabilitation de ces sites. Dans la plupart des cas, «l'inscription d'un lieu au Répertoire des terrains contaminés est volontaire», souligne-t-il. «Aucun propriétaire n'a intérêt à l'enregistrer.»

À l'inverse, des travaux de décontamination ont déjà été réalisés sur certains terrains sans que le MDDEFP en soit informé.

Interrogée au sujet de ses 34 sites contaminés aux BPC inscrits au Répertoire, Hydro-Québec affirme de son côté que «la majorité des dossiers est complétée». «Nous travaillons avec le MDDEFP à mettre le répertoire à jour», écrit la porte-parole Marie-Élaine Deveault dans un courriel à Les Affaires. La société d'État ne nous a pas fourni de preuves de décontamination et n'a pas pu dire combien de ses sites elle considère toujours pollués, malgré nos demandes répétées.

«C'est sûr qu'on n'a pas un portrait global», convient Renée Gauthier, chef de division, orientations et développement au service des lieux contaminés et des matières dangereuses du Ministère. «On n'a pas choisi d'exiger que tous les gens ayant un terrain contaminé viennent nous le dire, explique- t-elle. Dans le cas contraire, il y aurait eu une logistique complexe pour garder le contrôle.»

En gros, seuls les terrains industriels sont à déclaration obligatoire. Et notre enquête démontre que, même sur ces sites, l'information arrive au compte-goutte, et leur décontamination peut facilement prendre plus de 10 ans.

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