IOC à Sept-Îles: contamination majeure à deux pas du Golfe

Publié le 28/03/2014 à 06:21

IOC à Sept-Îles: contamination majeure à deux pas du Golfe

Publié le 28/03/2014 à 06:21

Par Hugo Joncas

Le site du terminal ferreux de l'IOC à Sept-Îles, l'une des plus vastes contaminations au pétrole du Québec. Photo: IOC.

En 1954, l’Iron Ore Company posait les premières briques de son grand terminal d’expédition de minerai de fer de Sept-Îles, sur la Côte-Nord. Soixante ans plus tard, le propriétaire actuel est aux prises avec un sombre héritage: l’une des pires contaminations au pétrole de toute la province. Actionnaire majoritaire depuis 2000, Rio Tinto attend depuis un an l’approbation de Québec pour lancer la décontamination complète du site. D’ici là, impossible d’en savoir plus: l’entreprise refuse de rendre public son plan de réhabilitation.

Consultez notre carte interactive et notre dossier complet sur les terrains contaminés au Québec.

Après une demande d’accès à l’information, Les Affaires a obtenu un document de mars 2013 largement censuré. Classé «confidentiel et privilégié», il démontre toutefois l’ampleur des dégâts sur le site à l’étude, en bordure du Golfe du Saint-Laurent: plage souillée, nappe phréatique contaminée, 5 350 tonnes de produits pétroliers répandus dans le sol et l’eau…

Malgré la gravité de la situation, l’entreprise refuse de communiquer son plan de réhabilitation détaillé. En vertu de la loi sur l’accès à l’information, les données fournies par un tiers ne sont transmises qu’avec son autorisation. Autorisation que Rio Tinto nous a refusée en janvier. Résultat : dans le document qu’a obtenu Les Affaires, le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) a retiré toutes les parties décrivant les mesures prises pour dépolluer.

«Il y a des informations qui parlent de nouvelles technologies, des données sensibles, explique Patrick Lauzière, conseiller principal, Environnement, à l’Iron Ore Company (IOC). Le plan de réhabilitation n’est pas finalisé ; il n’est pas sanctionné par le MDDEFP.»

Même si le site contaminé est voisin du secteur municipal dit «des plages» où le public se baigne en été, la Ville de Sept-Îles n’ pas obtenu le plan de réhabilitation non plus et dit faire confiance au Ministère et à l’IOC. «On n’a pas d’indications comme quoi ils ne font pas ce qu’il faut», dit le directeur général de la municipalité, Claude Bureau.

Les contaminants pétroliers du site de l'IOC ont coulé dans le Golfe du Saint-Laurent jusqu'en 2011. Carte: Les Affaires, 37e Avenue, MapStreet.

Jusqu’en 2011, les hydrocarbures présents sur les terrains de l’IOC migraient vers la rive, puis dans le Golfe. Rio Tinto reconnaît qu’elle a dû prendre des mesures exceptionnelles pour faire face au problème. La multinationale a investi 5 M$ pour réparer les dégâts.

«En 2011 IOC a procédé à la mise en place de nouvelles barrières hydrauliques. Il s’agit de l’un des plus importants, sinon le plus important système de traitement de ce genre en Amérique du Nord, écrit la porte-parole Claudine Gagnon dans un courriel. Ce sont des équipements à la fine pointe de la technologie. Couplé à un programme de surveillance rigoureux, ce dispositif nous assure que la contamination est contenue à l’intérieur des limites de notre propriété.»

Aujourd’hui, une centaine de pompes retiennent le pétrole déversé pendant 60 ans à l’intérieur de la propriété de l’IOC et les acheminent à une usine de traitement. «On a la certitude que plus rien ne sort du site, assure Patrick Lauzière. Et la portion qui était sortie, on l’a réhabilitée.» Selon lui, la plage devant la propriété est maintenant propre, après au moins 15 ans d’écoulements toxiques. Mais le site même de l’IOC présente toujours l’une des contaminations les plus étendues du Québec, selon les données du MDDEFP: 336 000 mètres carrés, soit l’équivalent de 55 terrains de football.

Une évaluation que Rio Tinto juge deux fois trop élevée. Sur la base d’une caractérisation plus détaillée menée en 2010, l’entreprise tente de convaincre Québec d’établir plutôt ce chiffre à 165 000 mètres carrés.

Selon lui, le MDDEFP étudie en ce moment les données de l’IOC pour prendre une décision. Mais selon nos informations, le Ministère hésite, parce qu’il n’a toujours pas la certitude que ce chiffre inclut toutes les zones contaminées du site.

Le pétrole déversé au cours des décennies provient surtout du ravitaillement des locomotives et de la fuite d’une canalisation souterraine de ravitaillement en diesel, selon Rio Tinto.


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