Le Canada doit s'inspirer de la Nouvelle-Zélande

Publié le 07/08/2010 à 00:00, mis à jour le 26/08/2010 à 10:44

Le Canada doit s'inspirer de la Nouvelle-Zélande

Publié le 07/08/2010 à 00:00, mis à jour le 26/08/2010 à 10:44

Par François Normand

Agence unique, achats en gros centralisés, contrats à long terme : la politique d'achat de médicaments en Nouvelle-Zélande est unique au monde. Résultat ? Les quatre millions de Néo-Zélandais paient leurs médicaments beaucoup moins cher qu'au Canada.

Alors qu'un débat fait rage au Canada et au Québec sur le prix des médicaments, nous avons interviewé Steve Morgan, professeur associé au Centre for Health Services and Policy Research de l'Université de la Colombie-Britannique, pour décoder la politique néo-zélandaise. Spécialiste des systèmes de santé, M. Morgan et trois universitaires canadiens ont publié en 2007 une étude sur la question, intitulée Influencing Drug Prices through Formulary-Based Policies: Lessons from New Zealand.

Les Affaires - Quelles sont les principales caractéristiques de la politique d'achat de médicaments de la Nouvelle-Zélande ?

Steve Morgan - Cette politique repose d'abord sur un régime d'assurance médicaments public universel; l'assurance privée est pratiquement inexistante en santé. Plus important encore, c'est une société d'État, la Pharmaceutical Management Agency of New Zealand (PHARMAC), qui négocie les prix que paieront les citoyens pour leurs médicaments. Elle fait des appels d'offre pour les médicaments vendus au pays, et elle choisit ensuite l'entreprise en fonction de neuf critères, dont la sécurité et le prix du produit. La société d'État doit respecter son budget annuel. Si une pharmaceutique ne peut réduire le prix d'un médicament récemment breveté par exemple, PHARMAC exigera qu'elle baisse le prix d'un autre produit.

L.A. - Quelle est la différence fondamentale entre le système de la Nouvelle-Zélande et celui en vigueur au Canada ?

S.M. - Au Canada, le pouvoir d'achat pour les médicaments est fragmenté : chaque province a sa politique, et le secteur privé - les pharmaceutiques - fixe le prix d'environ 60 % des médicaments vendus au pays. En Nouvelle-Zélande, le pouvoir d'achat est centralisé auprès d'une agence unique qui détermine les prix de tous les médicaments vendus dans le pays. Cela exerce une pression à la baisse sur les prix.

L.A. - Quelles économies le Canada pourrait-il réaliser avec la mise en place d'une telle politique?

S.M. - Dans une étude que nous avons publiée en 2007, nous estimions que le Canada réaliserait des économies de 21 à 79 % pour quatre catégories de médicaments, dont les statines, qui permettent de diminuer le cholestérol. Les provinces pourraient économiser collectivement des milliards de dollars. Cela dit, les gains potentiels sont moins élevés aujourd'hui qu'il y a trois ans. L'Ontario vient de réformer son régime d'achat de médicaments génériques, en réduisant de moitié leurs prix de vente par rapport aux médicaments brevetés. Par conséquent, l'écart de prix entre les médicaments au Canada et en Nouvelle-Zélande se rétrécit.

L.A. - La politique d'achat des médicaments en Nouvelle-Zélande favorise clairement le gouvernement et les citoyens. Qu'en est-il des pharmaceutiques ?

S.M. - Comme industrie, les fabricants de médicaments préfèrent un système où les gouvernements n'ont pas d'influence sur les prix.

Cela dit, plusieurs d'entre eux trouvent des avantages à vendre leurs médicaments en Nouvelle-Zélande, où le gouvernement contrôle les prix. Si les pharmaceutiques obtiennent moins d'argent par unité vendue, elles s'assurent en revanche de vendre d'importants volumes à long terme, sur une période qui varie d'un à trois ans, le tout encadré par un contrat d'approvisionnement.

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