Contrat controversé pour BPR

Publié le 19/10/2009 à 07:32

Contrat controversé pour BPR

Publié le 19/10/2009 à 07:32

Par La Presse Canadienne

Une entreprise de Montréal a obtenu un contrat du gouvernement fédéral alors qu'elle comptait parmi ses employés un sénateur également important organisateur du Parti conservateur, rapporte La Presse Canadienne.

L'employeur du sénateur conservateur Leo Housakos, la firme BPR, faisait partie d'un consortium qui a décroché un contrat d'ingénierie de 1,4 million $ pour se pencher sur l'avenir du pont Champlain de Montréal.

Le ministre fédéral des Travaux publics, Christian Paradis, a annoncé un financement de 212 millions $ pour le pont - et un appel d'offres pour le contrat d'ingénierie - le 20 mai dernier, la journée même où M. Housakos organisait un important événement de financement pour le Parti conservateur à Montréal.

La Presse Canadienne a obtenu une liste des individus invités à une réception spéciale tout juste avant l'événement principal. La liste de 48 personnes comprend quatre hauts dirigeants de BPR et du consortium qui a obtenu le contrat, BCDE. Le président de BPR, Pierre Lavallée, est inscrit comme ayant fait un don de 250 $ au Parti conservateur huit jours après l'événement. On retrouve aussi sur cette liste d'invités deux dirigeants de l'agence fédérale qui dirige le pont, Paul Kefalas et Serge Martel.

M. Kefalas est un ancien employé de la multinationale suisse ABB et avait déjà donné du boulot à une petite firme de consultants cofondée par M. Housakos. Quatre mois après la réception et la soirée de financement, Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée a octroyé le contrat de 1,4 million $ à BPR et au consortium. M. Housakos a expliqué en entrevue qu'il n'a jamais été un employé de BPR proprement dit, mais plutôt de sa filiale à part entière TerrEau, et qu'il n'est jamais intervenu auprès du gouvernement fédéral concernant les affaires de BPR.

«Je ne suis jamais intervenu auprès d'un ministre ou d'un fonctionnaire ou de qui que ce soit au gouvernement pour le compte de BPR à quelque moment que ce soit», a-t-il dit. Evoquant de façon générale le code régissant les conflits d'intérêt sans s'attarder à un exemple en particulier, le conseiller sénatorial en éthique, Jean Fournier, a expliqué qu'il recommande aux sénateurs d'éviter tout contact avec les dirigeants fédéraux concernant des contrats.

Il demande aussi aux sénateurs de consulter son bureau pour toute question du genre. M. Housakos explique qu'il n'aurait pas pu informer M. Fournier que BPR était intéressée par le contrat au pont Champlain parce qu'il n'en savait rien. Il ajoute avoir informé M. Fournier de la nature de ses activités pour TerrEau et avoir reçu l'assurance que tout était en ordre. La nature exacte des activités de M. Housakos chez BPR demeure néanmoins floue.

M. Housakos affirme que BPR l'a embauché comme vice-président au développement des affaires une semaine avant qu'il ne soit nommé au Sénat par le premier ministre Stephen Harper en décembre dernier. Après sa nomination, ajoute-t-il, il a été transféré à la nouvelle filiale TerrEau, où il a commencé à travailler le 5 janvier 2009. Mais la déclaration faite par M. Housakos au commissaire à l'éthique du Sénat, le 4 février 2009, révèle qu'il est «membre du conseil d'administration de BPR Engineering», ainsi que président et membre du conseil de TerrEau.

Il a soumis une nouvelle déclaration au Bureau du conseiller sénatorial en éthique la semaine dernière, l'informant qu'il a démissionné de ces deux postes en date du 1er octobre 2009 - 10 jours après l'octroi du contrat à BPR. Depuis le début de l'année, sa page sur le site Web du Sénat le décrivait comme le vice-président au développement des affaires de BPR et le président du conseil de TerrEau, jusqu'à ce qu'elle soit changée en milieu de journée jeudi dernier.

M. Housakos qualifie le tout d'anomalie qu'il n'a remarquée que la semaine dernière. Questionnée au sujet du poste occupé par M. Housakos, la porte-parole de BPR, Kathia Brien, explique qu'il était président du conseil de TerrEau et que l'information qui apparaît sur le site du sénateur est «hors de leur contrôle». Mme Brien ajoute que M. Housakos n'a jamais travaillé à la soumission du pont Champlain, et qu'à la connaissance de l'entreprise, il n'est jamais intervenu auprès de dirigeants fédéraux en son nom.

Le bureau de M. Housakos chez TerrEau était situé dans les locaux de BPR au centre-ville de Montréal. Le siège social de TerrEau se trouve à Québec. La porte-parole libérale en matière d'éthique, Marlene Jennings, estime que le code régissant les conflits d'intérêt du Sénat semble avoir été enfreint, concernant les sénateurs qui travaillent pour les entreprises qui font affaire avec le gouvernement fédéral.

«J'aimerais voir le conseiller sénatorial en éthique faire enquête sur toute cette affaire, a-t-elle dit. Je crois que le ministre responsable de l'éthique gouvernementale et des réformes démocratiques devrait envisager d'examiner en profondeur le système de soumissions pour s'assurer que les entreprises intéressées ne tentent pas d'user d'influence en y allant de contributions politiques.»

M. Housakos est un des plus importants organisateurs du premier ministre Stephen Harper au Québec. Il est aussi un ancien organisateur de l'Action démocratique du Québec et un ami intime d'un membre de la garde rapprochée de M. Harper, Dimitri Soudas. Il fait également partie du comité sénatorial des transports, qui aurait un droit de regard sur toute loi touchant les ponts fédéraux. M. Housakos détient un diplôme en science politique de l'université McGill. Il a précédemment travaillé aux ventes d'une entreprise de produits chimiques et a été président et co-fondateur de la firme de consultants Quadvision.

Il est aussi un ancien conseiller du maire de Montréal, Gérald Tremblay, et a siégé pendant un an au conseil d'administration de Via Rail, où il avait été nommé par le gouvernement conservateur en 2007. Le remplacement ou la rénovation du pont Champlain est une question lourdement politique au Québec. Le gouvernement conservateur a été critiqué, à la fin de l'an dernier, pour ne pas avoir trouvé les fonds nécessaires à l'entretien de la structure vieillissante.

Puis, le jour même de la réception à Montréal, le ministre Paradis a réitéré l'intention du gouvernement de consacrer 212 millions $ au pont, dans le cadre des initiatives gouvernementales de relance de l'économie. Il avait aussi indiqué que le gouvernement accueillerait les offres de service concernant une étude d'ingénierie. Le ministère de M. Paradis n'était pas responsable du traitement de ces offres de service. Cela relevait plutôt de Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée, qui relève de la Société des ponts fédéraux Limitée et du ministère fédéral des Transports.

Le porte-parole de Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée et de la Société des ponts fédéraux Limitée, André Girard, a affirmé que l'appel d'offres pour cette étude était en «teflon» et «entièrement transparent», et qu'une équipe d'ingénieurs et d'observateurs externes y a participé. Le conseil d'administration a immédiatement approuvé la recommandation de cette équipe, a-t-il ajouté. M. Girard a confirmé que deux dirigeants de Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée ont participé à l'événement de financement pour le Parti conservateur, mais qu'ils n'avaient pas reçu d'invitation verbale ou écrite et qu'ils n'ont pas assisté à un cocktail privé avant l'événement lui-même.

Il affirme que Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée est doté d'un code d'éthique, mais il a refusé d'en fournir une copie à La Presse Canadienne. La liste d'invités à l'événement de financement comprend des dirigeants de pratiquement toutes les principales firmes qui tenteraient d'obtenir le contrat quelques semaines plus tard, mais le consortium qui l'a finalement emporté était le mieux représenté avec quatre dirigeants. Plusieurs conservateurs qui ont participé à cet événement de financement en mai affirment que M. Housakos a joué un rôle de premier plan dans son organisation, allant jusqu'à décider qui serait invité à la réception avant l'événement principal. M. Housakos nie que cela ait été le cas. "Il en était le quart-arrière, a dit un conservateur montréalais. Il a décidé personnellement de qui y serait."

«C'était une production Housakos de A à Z», a dit un autre conservateur. Un autre invité au cocktail avec M. Paradis, le photographe Yves Ranger, déclare que M. Housakos était un des organisateurs de cet événement. M. Housakos nie formellement le tout, et affirme n'avoir même pas rencontré ses collègues de BPR pendant la soirée. «Je n'ai pas mis sur pied la liste d'invités», a-t-il assuré. Il réfute aussi que la liste de 48 invités ait été déséquilibrée par l'inclusion de 13 dirigeants de firmes d'ingénierie montréalaises et de deux de l'agence fédérale des ponts. "Qu'est-ce que je peux vous dire? Ils n'ont pas le droit de se présenter à un événement de financement? Ils n'ont pas le droit de venir rencontrer un ministre? Ils n'ont pas le droit de miser sur un contrat fédéral?», a-t-il lancé.

Les autres invités étaient notamment des amis et d'anciens associés professionnels et politiques de M. Housakos, dont Myriam Taschereau - une ancienne candidate conservatrice qui a songé se présenter dans la course à la direction de l'ADQ - et Claude Carignan, un autre ancien adéquiste qui a été nommé sénateur peu après.

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