Une nouvelle initiative pour booster la productivité des entreprises

Publié le 25/09/2020 à 12:06

Une nouvelle initiative pour booster la productivité des entreprises

Publié le 25/09/2020 à 12:06

Par François Normand

(Photo: 123RF)

Investissement Québec lance ce vendredi une nouvelle initiative, Productivité Innovation, pour tenter de rendre les entreprises québécoises plus productives et innovantes afin qu’elles soient à terme plus compétitives.

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fiztgibbon, et le PDG d’Investissement Québec, Guy Leblanc, ont présenté les grandes lignes de cette initiative, alors que la deuxième vague de la Covid-19 pourrait miner en partie la relance de l’économie au Québec et ailleurs dans le monde.

Or, la meilleure façon de surmonter une crise économique est d’accroître la productivité des entreprises, et le Québec peut en faire beaucoup plus, affirme le ministre Fitzgibbon.

«Il faut combler le retard de productivité de nos entreprises», a-t-il dit lors d’une conférence de presse virtuelle. À terme, il souhaite que ce processus permette d’accroître les exportations du Québec, tout en réduisant ses importations —la province affiche un déficit commercial à l’international de 23 milliards de dollars.

Selon le plus récent rapport Productivité et prospérité au Québec (Bilan 2018) de HEC Montréal, la productivité du secteur québécois des entreprises figure parmi les plus faibles au Canada, devant l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick.

Source: Productivité et prospérité au Québec (Bilan 2018), HEC Montréal

 

De plus, entre 1981 et 2017, la productivité du travail au Québec n’a progressé que de 0,9% en moyenne par année, selon le rapport de HEC Montréal. C’est le même niveau de croissance qu’en Suisse, mais une progression inférieure à celle de l’Ontario (1,3%), des États-Unis (1,5%), de l’Allemagne (1,9%), de la Finlande (2,3%) ou de la Corée du Sud (5,4%)

Productivité innovation succède à Manufacturiers innovants lancée en 2016, qui visait à revaloriser le secteur manufacturier en l’aidant à prendre le virage industriel 4.0.

Une usine est 4.0 lorsque ses machines communiquent entre elles et s'ajustent en temps réel à l'offre et à la demande, et ce, en utilisant, en connectant et en intégrant les nouvelles technologies (senseurs, robots, intelligence artificielle, etc.).

Investissement Québec affirme que cette mesure qui visait notamment à accroître la productivité a été «un franc succès».

La société d'État et le gouvernement ont investi 2,4 milliards de dollars (par rapport à une cible initiale de 825 millions), ce qui a contribué à générer des investissements privés de 6 G$.

Par contre, Investissement Québec n’est pas en mesure de fournir les gains de productivité qui ont été réalisés durant cette période dans l’industrie.

Cette information n’a pas été colligée pour l’ensemble du secteur, puisque ces gains n’étaient pas l’objectif premier de l’initiative, explique Sylvie Pinsonnault, première vice-présidente stratégies et solutions d'affaires chez Investissement Québec, en entrevue à Les Affaires en marge de la conférence de presse.

Mais compte tenu des investissements totalisant 8 G$, elle est convaincue que les entreprises qui ont participé à cette initiative ont réussi à faire des gains de productivité.

«Pour notre nouvelle initiative Productivité innovation, nous avons toutefois ajusté nos paramètres pour mesurer les gains de productivité dossier par dossier», précise Sylvie Pinsonnault.

Pour autant, Investissement Québec ne s’est pas fixé de cible d’augmentation sur quatre ans, c’est-à-dire la durée de ce nouveau programme. Par contre, la société d’État entend mettre une certaine pression sur les entreprises participant à Productivité Innovation.

 

APN Global hause sa productivité de 5% par année

«Si on voit que la productivité n’est pas au rendez-vous tel que prévu, on va discuter avec la direction de l'entreprise et voir les pistes de solutions», dit-elle.

Et il y a des solutions pour être plus efficace, quand on regarde la performance de certaines entreprises québécoises comme APN Global, une PME de Québec qui fabrique des pièces de précision pour les secteurs de l'aérospatiale, de la défense et des hautes technologies.

Globalement, APN Global augmente sa productivité d’un peu plus de 5% par année.

En fait, Productivité Innovation va beaucoup plus loin que Manufacturiers innovants.

Premièrement, la nouvelle initiative élargit les secteurs visés au-delà du manufacturier pour inclure des activités comme le minier, le commerce de gros et les services professionnels afin d’avoir plus d’impacts sur l’ensemble des secteurs gravitant autour du manufacturier.

«Il n’y a pas de secteurs qu’on va ignorer dans cette chaîne de valeur», explique Guy Leblanc.

Manufacturiers innovants couvrait 13,5% du PIB du Québec comparativement à de 46 à 47% du PIB pour Productitivé Innovation, soit pratiquement la moitié de l’économie, souligne Sylvie Pinsonnault.

La cible d'investissements publics est 2,4 G$, et elle pourrait bien être encore largement dépassée à l’instar de la cible de l’initiative précédente, souhaite Guy Leblanc. «C’est une cible, pas un plafond», laisse-t-il tomber.

Création de «labs» virtuels

Deuxièmement, la nouvelle initiative offrira aussi des «Labs» virtuels, qui regrouperont une vingtaine d’entreprises à la fois. Selon Sylvie Pinsonnault, la formule des petits groupes est beaucoup plus efficace que de donner par exemple de la formation devant un auditoire de 100 personnes.

Sur une période de quatre ans, Investissement Québec souhaite ainsi accompagner 1 200 entrepreneurs.

Troisièmement, la société d’État sera plus patiente avec l’appui financier qu’elle accordera aux entreprises du Québec. Elle offrira un moratoire pouvant aller jusqu’à 48 mois avant qu’une société n’ait à rembourser pour ses investissements en productivité et en innovation.

«Nous offrons des prêts à terme, mais nous pourrions aussi prendre une participation pour certains projets», explique Sylvie Pinsonnault, en précisant que la société d’État est disposée à prendre plus de risques avec l’initiative Productivité innovation.

Quatrièmement, Investissement Québec accompagnera davantage les entreprises qui décident de se moderniser, et ce, grâce à l’ajout de ressources humaines sur le terrain aux quatre coins du Québec dans la foulée de la fusion du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) à Investissement Québec.

«Nous sommes passé d’environ 170 à 300 personnes en accompagnement technologique dans toutes les régions du Québec», souligne Guy Leblanc.

D’ailleurs, selon le dernier baromètre industriel québécois de Sous-traitance industrielle Québec (STIQ), le principal obstacle à l’investissement des entreprises n’est pas le manque d’argent, mais plutôt le manque d’accompagnement pour les guider dans leur transformation.

 

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