Trois pièges pour le nouveau gouvernement

Offert par Les Affaires


Édition du 13 Octobre 2018

Trois pièges pour le nouveau gouvernement

Offert par Les Affaires


Édition du 13 Octobre 2018

Par Laura O'Laughlin

[Photo : 123RF]

Alors que l'économie québécoise atteint un sommet historique - un faible taux de chômage, des salaires en hausse et une croissance économique solide - la Coalition Avenir Québec (CAQ) n'aurait pas pu choisir un moment plus propice pour prendre les rênes du Québec. Les actions du nouveau gouvernement pourraient contribuer à maintenir cette tendance... ou à l'inverser. Voici trois pièges potentiels qu'il devra éviter.


1. Ne pas ignorer Montréal


Autrefois en queue du peloton par rapport aux autres grandes villes canadiennes, Montréal est maintenant en tête de la croissance économique, devant Vancouver et Toronto. En 2017, le produit intérieur brut de la région de Montréal a augmenté de 3,5 % par rapport à l'année précédente, ce qui représente la plus forte croissance depuis plus de 10 ans.


De manière très encourageante, cette croissance a été stimulée par les investissements directs étrangers dans les secteurs de la haute technologie et du savoir, tels que les jeux vidéo et l'intelligence artificielle. Cette croissance est durable et n'est limitée que par la capacité des entreprises à attirer et à retenir les talents technologiques. Cela représente aussi un changement important du rôle historique de Montréal en tant que plaque tournante des ressources pour l'est du Canada.


Les investissements dans les infrastructures à Montréal et autour de Montréal seront essentiels pour maintenir l'intérêt des entreprises de haute technologie, des étudiants et d'une main-d'oeuvre extrêmement mobile. Si le nouveau gouvernement n'investit pas à parts égales à Montréal et dans les environs, de manière à favoriser une croissance durable - et à refléter le pivot spectaculaire de Montréal pour l'avenir du travail -, Montréal pourrait s'étouffer avec une croissance non gérée, ce qui aurait un impact négatif sur le reste du Québec.


2. Attention à la «stagflation» du sud


Un cycle économique caractérisé par un taux élevé d'inflation et de stagnation - ou de «stagflation» peut être particulièrement handicapant pour la classe politique. L'inflation se produit lorsque le niveau général des prix dans une économie augmente. La stagnation se produit lorsque la production de biens et de services dans une économie ralentit ou commence même à diminuer.


Bien qu'en apparence les États-Unis semblent en plein essor, la récente phase de croissance économique a été mal programmée. En fait, il y a des signes d'une surchauffe de l'économie américaine (mise en évidence par une augmentation rapide de l'inflation). Les perspectives de poursuite de la croissance au niveau actuel de 3 %, supérieur au taux cible de 2 %, semblent également limitées. Les différends commerciaux en cours, les restrictions imposées à l'immigration et l'incertitude entourant les politiques nationales risquent de freiner la croissance économique, car les effets des mesures de relance s'amenuisent.


Un cycle économique stagflationniste pourrait être particulièrement dangereux pour l'Amérique de Trump, car il ne reste que peu de mécanismes politiques pour aider les États-Unis à sortir de ce schéma - il sera difficile de réduire les impôts ou d'augmenter les dépenses, considérant le déficit et la dette très élevée, et un taux d'intérêt déjà à la hausse afin de contrôler les pressions liées avec l'inflation.


Bien que le Canada ait diversifié assidûment son portefeuille de partenaires commerciaux depuis l'élection de Trump, la santé de notre propre économie reste étroitement liée à celle des États-Unis. La CAQ devra résister à la tentation d'encourager des politiques analogues à celles des États-Unis, stimulant ainsi de manière excessive l'économie québécoise déjà suralimentée. Le gouvernement devrait plutôt utiliser la période favorable actuelle pour planifier et épargner prudemment pour l'avenir en remboursant la dette, ce qui réduira les risques de surchauffe et nous préparera à un éventuel ralentissement.


3. Avenir grisonnant


Le Québec vieillit plus vite - et la taille de sa population augmente plus lentement - que le reste du Canada. Malgré une économie en plein essor, le Québec continue de perdre des résidents à cause de la migration interprovinciale et attire moins d'immigrants que la moyenne nationale.


Ensemble, ces faits aggravent notre déclin démographique relatif. Les immigrants, dont la moyenne d'âge est de 28,7 ans, sont beaucoup plus jeunes que le Québécois moyen.


En perdant plus de résidents et en attirant moins d'immigrants, des groupes de réflexion tels que l'Institut du Québec ont raison de qualifier la situation actuelle de «crise démographique au ralenti». Des restrictions artificielles supplémentaires sur le nombre d'immigrants accueillis par le Québec sont susceptibles de freiner systématiquement la croissance et d'exacerber les pressions démographiques sur le Québec.


La CAQ ayant promis de réduire le nombre d'immigrants pour mieux pouvoir prendre soin de ceux qui ont été acceptés devrait effectivement bonifier les procédés d'intégration des nouveaux arrivants pour maximiser leur contribution à notre économie. Idéalement, lorsque ces procédés auront été bonifiés, le gouvernement devrait à nouveau laisser le nombre d'immigrants augmenter.


Finalement, il est important d'étudier et d'implanter les meilleures mesures pour maximiser la participation au marché du travail des 55 ans et plus, qui sera critique à la croissance soutenue du Québec dans les 15 prochaines années.


Une chose est sûre : les problèmes potentiels du nouveau gouvernement s'étendent à plusieurs portefeuilles. Au-delà des finances et du développement économique, le gouvernement devra faire face à de nombreux défis, dont les relations interprovinciales et internationales, la métropole, l'éducation, les transports, les ressources naturelles et les aînés.


EXPERTE INVITÉE
Laura O’Laughlin
est vice-présidente au cabinet de consultation Groupe d’analyse. Elle est aussi fondatrice de l’Institut des générations, un organisme sans but lucratif qui s’intéresse à l’équité entre les générations.


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