Sept-Îles traverse la tempête


Édition du 07 Octobre 2017

Sept-Îles traverse la tempête


Édition du 07 Octobre 2017

Par Pierre Théroux

Plusieurs initiatives à Sept-îles visent la création de nouvelles entreprises en lien avec le concept d’Industrie 4.0 et la Stratégie numérique du gouvernement.

Une ville et sa région
Série 8 de 9

Les Affaires prend la route afin de vous faire découvrir neuf municipalités qui se démarquent par leur vitalité économique.

Côte-Nord
La ville de Sept-Îles constitue un phare de la région, avec sa culture autochtone, ses industries importantes et ses espaces naturels bordés par le golfe du Saint-Laurent. Si la chute du prix du fer a gravement touché la ville, le revenu médian des ménages de la Côte-Nord est demeuré plus élevé que la moyenne québécoise, selon Statistique Canada. Sept-Îles a d'ailleurs affiché une augmentation de 12,9 % de ce revenu médian en 10 ans, soit quatre points de plus que l'ensemble du Québec.

Faillites et fermetures d'entreprises, pertes d'emplois, chute des revenus dans des PME manufacturières et des commerces, exode de citoyens : à n'en pas douter, la débâcle du prix du fer a fait très mal à Sept-Îles. Cependant, un vent d'optimisme souffle sur la ville. La tempête laisse tranquillement place à une légère embellie.

Les mauvaises nouvelles se sont multipliées ces dernières années à Sept-Îles, dont la vitalité économique dépend grandement du secteur minier. Il y a d'abord eu la fermeture de la mine de fer du lac Bloom, à Fermont, et de l'usine de bouletage dans le secteur de Pointe-Noire, toutes deux exploitées par la société minière en faillite Cliffs Natural Resources. Cliffs a été emportée par la chute vertigineuse du prix du fer ayant aussi amené des efforts de rationalisation de la part des autres sociétés minières qui exploitent le fer, comme IOC et Tata Steel.

«Dans le passé, le cycle baissier dans l'industrie du fer était compensé en partie par la présence de l'Aluminerie Alouette. Cette fois, le prix de l'aluminium était en baisse au même moment», souligne Paul Lavoie, directeur général de la Chambre de commerce de Sept-Îles. Les investissements miniers sur la Côte-Nord ont ainsi fléchi de 63,6 % en 2014 et de 30,7 % en 2015.

Le contrecoup s'est fait ressentir dans une multitude de PME qui gravitent autour de ces grands donneurs d'ordres. Comme le Groupe Trinor, une entreprise spécialisée dans les travaux de chantier, de fabrication et d'usinage, qui a fait faillite en mars dernier. L'entreprise, qui embauchait une cinquantaine de personnes à la fin, comptait jusqu'à 250 employés il y a cinq ans.

Perte de 2 000 emplois

Sept-Îles aurait même perdu quelque 2 000 emplois depuis 2013. «Pour une petite ville, c'est énorme», constate Paul Lavoie, en soulignant que certains commerces ont vu leur chiffre d'affaires chuter de 30 à 40 %. Voilà pourquoi plusieurs résidants ont quitté la ville pour se trouver du travail ailleurs. Sa population est ainsi passée de 23 028 à 22 218 entre 2011 et 2016, indique Statistique Canada.

Autre tuile : en décembre 2015, l'entreprise espagnole FerroAtlantica abandonnait son projet d'usine de silicium à Port-Cartier, évalué à près de 400 millions de dollars (M$). La société prévoyait la création de 345 emplois, dont 230 pour la construction de l'usine, et la production annuelle de 100 000 tonnes de silicium.

«Les fournisseurs avaient bon espoir de garnir leur carnet de commandes avec ce projet. Sans compter que ça représentait une nouvelle activité et une source de diversification pour la région», indique Sylvain Larivière, directeur général et commissaire industriel chez Développement économique Sept-Îles.

De son côté, la mine Arnaud suscite de grandes attentes. Toutefois, ce projet de mine d'apatite à ciel ouvert à l'ouest de Sept-Îles, qui emploierait 1 000 personnes durant la phase de construction et entraînerait la création de plus de 300 emplois directs et de 425 emplois indirects, tarde encore à s'implanter après avoir reçu le feu vert de Québec à l'hiver 2015. Piloté par Ressources Québec et Yara International ASA, qui détiennent les titres miniers, le projet peine entre autres à trouver un troisième investisseur.

Fonds d'urgence

Résultat : la région, par l'intermédiaire d'un regroupement appelé Collectif Sept-Îles Agir-Avenir, a lancé un cri d'alarme en mars dernier, demandant au gouvernement du Québec de lui octroyer un fonds d'urgence de 25 M$. «Un grand nombre de PME sont dans une situation précaire. À court terme, il faut stopper l'hémorragie et les soutenir pour qu'elles traversent la tempête», constate Sylvain Larivière, dont l'organisme, de même que la Chambre de commerce, fait partie de ce regroupement qui attend toujours des nouvelles du gouvernement.

Entretemps, malgré la conjoncture difficile, l'optimisme est de mise. «La situation est encore fragile, mais il y a des signes encourageants», fait valoir M. Larivière. Paul Lavoie fait écho à ses propos. «Les dernières années ont été catastrophiques, mais on sent que la reprise des activités n'est pas très loin», précise-t-il.

À preuve : le redressement du prix du minerai de fer a incité la société Champion et sa filiale Minerai de fer Québec à relancer l'exploitation de la mine du lac Bloom, près de Fermont, dont les activités ont cessé en 2014 lors de la faillite de Cliffs Natural Resources. La société minière, qui souhaite redémarrer la production au printemps 2018 en injectant 300 M$, compte produire 9,3 millions de tonnes de concentré de fer par année au cours des 20 prochaines années.

L'usine de bouletage, une autre ancienne propriété de Cliffs, pourrait aussi reprendre du service. La Société ferroviaire et portuaire de Pointe-Noire, une société en commandite créée par le gouvernement du Québec pour acheter les actifs de Cliffs, a en effet lancé un appel de projets en février dernier afin de relancer les activités industrielles de cette usine.

La ville, qui bénéficie d'un port en eau profonde, entend par ailleurs profiter de la Stratégie maritime du Québec mise de l'avant par le gouvernement pour mettre en valeur le potentiel économique et touristique du fleuve Saint-Laurent. «Nous travaillons à différents projets qui vont accentuer le potentiel commercial de cette autoroute bleue», indique Pierre D. Gagnon, PDG de l'un des plus importants ports minéraliers en Amérique du Nord, sans en dire davantage.

Plus grande diversification

La région souhaite aussi renforcer les liens entre les grands donneurs d'ordres et les fournisseurs locaux. Le Comité de maximisation des retombées économiques (COMAX), mis sur pied en 2015, vise principalement à «faciliter l'obtention de contrats pour les PME en leur faisant part des besoins et des processus d'approvisionnement des grandes entreprises qui, elles, ont intérêt à mieux connaître les capacités régionales des fournisseurs», explique Sylvain Larivière.

Bien conscients de l'importance de stimuler et de diversifier davantage l'économie de leur région, différents intervenants ont formé au début de 2016 une Table entrepreneuriale dont l'objectif est d'accompagner les entreprises en devenir ou existantes. «On est une ville de grandes entreprises, mais il faut changer cette culture pour amener un esprit entrepreneurial plus fort», indique Paul Lavoie.

La région mise enfin sur le projet Incubateur Sept-Îles, lancé en juillet dernier. Cette initiative conjointe entre l'organisme Développement économique Sept-Îles et le Cégep de Sept-Îles vise, dans un horizon de 18 mois, la création de six projets de nouvelles entreprises en lien avec le concept d'Industrie 4.0 et la Stratégie numérique du gouvernement.

300
C'est le nombre d'emplois directs que créerait le projet de mine Arnaud. Près de 1000 personnes y travailleraient durant la phase de construction et 425 emplois indirects seraient créés par la suite.

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