Pierre Fitzgibbon redevient ministre de l'Économie

Publié le 01/09/2021 à 14:40

Pierre Fitzgibbon redevient ministre de l'Économie

Publié le 01/09/2021 à 14:40

Par La Presse Canadienne

Il a finalement réussi à liquider les actions qu’il détenait dans deux entreprises non cotées en Bourse. (Photo: La Presse Canadienne)

QUÉBEC — Le premier ministre François Legault a confirmé mercredi que le purgatoire de Pierre Fitzgibbon était terminé et qu’il pouvait dès maintenant reprendre ses fonctions de ministre de l’Économie et de l’Innovation.

Forcé de quitter le cabinet au début du mois de juin, en raison des blâmes successifs prononcés à son endroit par la commissaire à l’éthique, M. Fitzgibbon a reconnu en point de presse, après son assermentation, qu’il avait songé à démissionner et à quitter la vie politique. Mais son désir de mener à bien ses projets pour l’économie du Québec a été plus fort que tout. 

«Si j’avais senti que le travail avait été accompli, et que j’étais rendu au bout de mes capacités, j’aurais probablement démissionné, mais ce n’est pas le cas», a-t-il relaté, en point de presse, aux côtés du premier ministre. 

Il a donc décidé de se conformer aux exigences du code d’éthique des élus pour revenir au cabinet, terminer son mandat et annoncer du même coup sa décision de se porter candidat pour un second mandat, lors des élections générales d’octobre 2022, au grand plaisir du premier ministre.

Élu en 2018, M. Fitzgibbon aura donc mis trois ans à se conformer au code d’éthique des élus de l’Assemblée nationale. 

Depuis qu’il est élu, M. Fitzgibbon avait réussi à se départir des intérêts dans 11 des 13 entreprises dans lesquelles il avait des placements. Deux continuaient à poser problème. Son retour aux commandes de l’économie a donc été rendu possible grâce au fait qu’il a finalement réussi à liquider les actions qu’il détenait dans deux entreprises non cotées en Bourse.

Rappelons que M. Fitzgibbon avait dû se retirer du cabinet Legault au début du mois de juin, après avoir été visé par un quatrième rapport accablant de la commissaire à l’éthique, qui lui reprochait à répétition sa négligence à se départir d’actions dans deux compagnies faisant affaire avec le gouvernement, White Star Capital et ImmerVision, ce qui pouvait le placer dans une situation inacceptable de conflit d’intérêts.

Il a expliqué que dans le cas de ces deux entreprises la vente était «compliquée», d’où le long délai. En juin, M. Fitzgibbon justifiait sa situation en affirmant qu’il n’avait reçu aucune offre digne de ce nom pour les actions qu’il détenait dans ces deux entreprises. S’il avait accepté les propositions reçues, il évaluait alors ses pertes à plus de 1 million $.

Mercredi, il n’a pas voulu chiffrer la perte réellement encourue, mais il a dit que la vente des actions dans les deux entreprises restantes n’avait pas été la meilleure transaction financière de sa vie.

Sans fournir de détails sur ces deux transactions, M. Fitzgibbon a indiqué qu’il avait revendu ses actions aux entreprises elles-mêmes mises en cause. «Il n’y a pas de tierce partie impliquée à qui je pouvais être redevable et qui pourrait causer des problèmes d’apparence de conflit d’intérêts», a-t-il assuré.

Si jamais les sociétés ImmerVision et White Star Capital cherchent à l’avenir à transiger avec le gouvernement, leur dossier serait transféré au ministre des Finances, toujours dans le but de soustraire M. Fitzgibbon à toute apparence de conflit d’intérêts. Durant l’intervalle, c’est le ministre des Finances, Éric Girard, qui cumulait les deux fonctions, Finances et Économie.

La commissaire à l’éthique, Ariane Mignolet, est revenue à la charge à maintes reprises au cours des dernières années pour signifier à M. Fitzgibbon qu’il n’avait pas le choix de se conformer à l’article 46 du code et de respecter la loi sur l’éthique, comme tous les autres élus. 

D’un rapport accablant à l’autre, une partie de bras de fer s’était engagée entre la commissaire et le ministre. Elle lui reprochait de vouloir interpréter les règles d’éthique à sa façon, et lui répliquait que le code d’éthique, adopté à l’unanimité par les élus en 2010, était déjà «désuet». Le problème, ce n’était donc pas sa situation financière, mais bien le code lui-même, trop rigide à ses yeux.

Devant son refus d’obtempérer, son manque de collaboration, elle avait recommandé dans son dernier rapport que le ministre perde le droit de siéger à l’Assemble nationale, tant qu’il n’aurait pas régularisé sa situation, dans le sens de respecter à la lettre le code d’éthique des membres de l’Assemblée nationale.

La pression était devenue intenable, les partis d’opposition multipliaient les appels à la démission du ministre, si bien que le premier ministre s’était résigné début juin à annoncer, à regret, que M. Fitzgibbon, un des piliers du gouvernement, se retirait du cabinet. Il ajoutait qu’il s’engageait à le réintégrer dès que sa situation financière serait corrigée.

M. Fitzgibbon a toujours rejeté les conclusions de la commissaire et toujours nié s’être placé en situation de conflit d’intérêts. «Mon code d’éthique à moi est très rigoureux», a dit le ministre, mercredi. 

Avec l’appui du premier ministre François Legault, M. Fitzgibbon a par ailleurs réclamé et obtenu que le code d’éthique des parlementaires soit assoupli. Une réforme en ce sens est donc prévue pour accommoder les gens d’affaires qui se lancent en politique. Mais le premier ministre a dit mercredi que ce ne serait pas dans le présent mandat, car une année préélectorale, plus susceptible de faire place aux élans partisans, n’était pas propice à ce genre de débats parlementaires, selon lui.

«Pour faire une réforme du code d’éthique, cela prendrait l’appui des partis d’opposition. On entre dans une période qui va être un petit peu plus partisane. Je ne pense pas que c’est un moment approprié pour faire ce genre de changements», a commenté M. Legault à ce sujet.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a salué le retour de M. Fitzgibbon à la tête du ministère de l’Économie. «Face à la quatrième vague qui inquiète les PME et au regard des mesures pour assurer la reprise économique et les actions à mener pour les régions du Québec, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) ne peut que se réjouir de cette nomination», a-t-elle indiqué par voie de communiqué.

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