Mieux «vendre» la taxe carbone face au mensonge conservateur


Édition du 10 Avril 2024

Mieux «vendre» la taxe carbone face au mensonge conservateur


Édition du 10 Avril 2024

Pierre Poilievre promet d’abolir la taxe carbone qu’il juge inutile et inflationniste (Photo: Getty Images)

DROIT AU BUT. Ce n’était pas un poisson d’avril. Comme prévu, la taxe carbone du gouvernement canadien est passée de 65 $ à 80 $ la tonne le 1er avril, ce qui ajoutera 3,3 cents au prix du litre d’essence et ce qui porte à 17,6 cents la hausse de ce prélèvement depuis son introduction en 2019. Selon le plan annoncé, cette taxe devrait atteindre 170 $ la tonne, soit 40 cents le litre, en 2030. Relativisons : la taxe carbone est déjà à 180 $ la tonne en Suède.

On comprend que celle-ci soit impopulaire, car le gouvernement n’arrive pas à en expliquer les bénéfices ni sa neutralité fiscale pour les ménages. Selon un sondage récent Angus Reid, 40 % demandent son abolition, 11 % réclament une baisse, 27 % veulent en geler le coût et 22 % sont en faveur d’une hausse. Un quart d’entre eux ignoraient que leur ménage avait reçu l’an dernier une remise provenant de cette taxe. En outre, plus de 50 % pensent que la taxe payée est supérieure à la remise reçue.

L’État redistribue 100 % du produit de cette taxe. Les remises sont déposées dans un compte bancaire des bénéficiaires. Or, 50 % d’entre eux ignoreraient que la somme déposée provient de la taxe carbone. Ottawa redistribuera cette année 90 % des 11,8 milliards de dollars (G $) que rapportera cette taxe à 80 % des ménages à faible et à moyen revenu des huit provinces où elle est perçue (cette taxe n’existe pas au Québec ni en Colombie-Britannique. Voir plus loin). Le 10 % restant de la taxe carbone sert à subventionner des écoles, des communautés et des entreprises.

Les montants versés en vertu de cette taxe varient selon le nombre de personnes dans un ménage et la composition des hydrocarbures consommés dans chaque province.

L’impopularité de la taxe carbone a amené les premiers ministres de sept provinces à demander en vain un report de la hausse du 1er avril. Celui de la Saskatchewan, Scott Moe, a dit refuser de la percevoir sur le gaz naturel distribué par une société appartenant à sa province. Il a ainsi placé son gouvernement dans l’illégalité, ce qui pourrait entraîner des conséquences juridiques.

À la suite de pressions politiques, le gouvernement de Justin Trudeau a suspendu, en octobre, la taxe carbone sur le mazout pour trois ans dans les provinces de l’Atlantique, où les ménages utilisent massivement cet hydrocarbure pour se chauffer. Cette décision inopportune a créé des espoirs ailleurs au pays, rendant encore plus impopulaire cette ponction fiscale.

 

Signal de prix

La taxe carbone est un moyen peu coûteux et efficace de réduction des gaz à effet de serre (GES) et de transition vers une économie plus verte, plus propre, plus prospère et plus responsable à l’égard des futures générations. Elle envoie un signal de prix aux consommateurs et aux entreprises pour les inciter à réduire leur consommation d’hydrocarbures et, ainsi, à diminuer les émissions de GES. À terme, on devrait acheter moins de voitures énergivores, privilégier le transport collectif, mieux isoler nos maisons, économiser l’électricité. Pour leur part, les entreprises devraient mieux gérer leur consommation d’énergie et investir dans des équipements plus efficaces et moins polluants.

C’est ce que refuse de reconnaître le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, qui promet d’abolir cette taxe qu’il juge inutile et inflationniste. Malheureusement, celui-ci n’a rien à proposer, à part de dire qu’il favoriserait plutôt des technologies industrielles, dont l’utilisation requerrait d’importantes subventions. Son discours est opportuniste, mensonger et irresponsable face à l’urgence de s’occuper des changements climatiques.

 

Marché du carbone

Cette taxe n’existe pas au Québec ni en Colombie-Britannique, qui ont créé un « marché du carbone » avec la Californie. Ce système repose sur la vente à l’encan par les gouvernements de droits d’émissions de GES aux entreprises, qui doivent compenser les GES qu’elles produisent. Les revenus tirés de ces droits servent à soutenir la transition énergétique.

Du 25 novembre 2014 au 14 février 2024, le Québec a perçu, à ce titre, 8,8 G $, qui ont été versés au Fonds d’électrification et de changements climatiques, qui finance des programmes et des initiatives de lutte contre les GES. À son dernier encan, le 14 février, le prix de la tonne de GES a atteint 56,61 $, ce qui est bien en deçà des 80 $ du fédéral.

Le « marché du carbone » prévoit un prix minimum de 97 $ la tonne (22,5 cents le litre d’essence) en 2030. C’est très peu en comparaison du prix de 170 $ visé par Ottawa. À défaut d’autres mesures plus contraignantes, telles une taxation des voitures énergivores ou une taxe kilométrique, le prix prévu par ce système est trop faible pour en espérer une incidence notable. Espérons que les encans à venir enverront un signal de prix plus ambitieux.

 

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J’aime

­Il est rare qu’un leader syndical sorte des sentiers battus sur des points de vue qui deviennent parfois des dogmes. Or, voilà que, selon ­La ­Presse, le président de la ­Centrale des syndicats du ­Québec, Éric ­Gingras, juge « réducteur » de parler des programmes particuliers au secondaire (avec une concentration dans une discipline artistique ou dans un sport) comme d’une « troisième vitesse ». Selon Éric Gingras, des professeurs jugent que « c’est intéressant » et constatent que des élèves « y trouvent une source d’inspiration ». Il veut en faire un sujet à discuter au prochain congrès de sa centrale en juin.

 

Je n’aime pas

Alors qu’à ­Toronto, ­Vancouver, ­Calgary et ­Ottawa, le nombre de mises en chantier d’appartements atteint un sommet, la construction d’appartements dans la région de ­Montréal est tombée à son plus bas niveau en huit ans. Les immeubles qu’on y construit sont généralement de plus petite taille et de faible hauteur et coûtent plus cher sur une base unitaire. Autre explication, cette industrie a été négligée par le gouvernement ­Legault, qui a abandonné le programme ­AccèsLogis, qui finançait la construction de logements abordables et sociaux. De plus, aucun crédit supplémentaire n’a été prévu pour le logement dans le dernier budget du gouvernement.

À propos de ce blogue

Tour à tour rédacteur en chef et éditeur du journal Les Affaires pendant quelque 25 ans, Jean-Paul Gagné en est l’éditeur émérite depuis 2007. En plus de publier un commentaire hebdomadaire dans le journal et de tenir un blogue dans LesAffaires.com, il participe à l’organisation d’événements et représente le journal dans les milieux d’affaires. Il est aussi appelé à commenter l’actualité dans d’autres médias et à prononcer des conférences. Jean-Paul Gagné a consacré sa vie professionnelle au journalisme économique. Avant son entrée aux journal Les Affaires, qu’il a contribué à relancer pour en faire la principale publication économique du Québec, il a passé une douzaine d’années au quotidien Le Soleil, où il était journaliste économique et cadre à la rédaction. Jean-Paul Gagné est diplômé en économie et en administration. Il a reçu de nombreuses marques de reconnaissance, dont les prix Hermès et Gloire de l’Escolle de l’Université Laval, le prix Carrière en journalisme économique de la Caisse de dépôt et placement et Merrill Lynch et le Prix du livre d’affaires remis par Coop HEC Montréal et PricewaterhouseCoopers. Il siège au conseil d’administration d’organismes sans but lucratif.

Jean-Paul Gagné

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