Les tensions commerciales reviennent en force

Offert par Les Affaires


Édition du 01 Juin 2019

Les tensions commerciales reviennent en force

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Édition du 01 Juin 2019

EXPERT INVITÉ. Au début du mois de mai, un accord commercial entre les États-Unis et la Chine semblait à portée de main, ce qui avait contribué à ramener un sentiment optimiste sur les marchés financiers et à réduire les inquiétudes concernant l'économie mondiale. Les espoirs d'une entente imminente se sont toutefois évanouis lorsque les États-Unis ont décidé de faire passer de 10 % à 25 % les tarifs imposés l'automne dernier sur 200 milliards de biens chinois, en plus de menacer d'imposer prochainement des tarifs sur toutes les autres importations chinoises qui ont été épargnées jusqu'à maintenant. Sans surprise, la Chine a rapidement répliqué en annonçant à son tour de nouveaux tarifs sur les exportations américaines. Bien que les négociations entre les deux puissances économiques semblent vouloir se poursuivre, la trêve dans la guerre commerciale est clairement terminée.

La réaction des marchés financiers ne s'est pas fait attendre et les places boursières ont fortement reculé depuis l'annonce des nouveaux tarifs. En soi, cette nouvelle augmentation du protectionnisme entre la Chine et les États-Unis devrait avoir un effet négatif, mais assez limité sur l'économie mondiale. L'ampleur des nouvelles mesures annoncées jusqu'à maintenant semble comparable à celle des mesures mises en place l'an dernier. Une poursuite de l'escalade tarifaire pourrait toutefois devenir beaucoup plus néfaste, surtout si d'autres pays se retrouvaient entraînés dans le conflit. Une dispute commerciale bilatérale est moins dommageable qu'une guerre commerciale plus généralisée puisque les entreprises touchées ont l'option de se tourner vers des fournisseurs et des clients établis dans d'autres pays.

Il reste que l'imposition de barrières commerciales est une mauvaise nouvelle qui se compare à une taxe pour les consommateurs américains. Heureusement, ces derniers sont actuellement dans une position relativement favorable, profitant entre autres d'un marché du travail vigoureux. La stratégie pour la Chine de répliquer aux actions américaines n'est pas sans risque puisque l'économie chinoise montre de son côté certains signes de faiblesse depuis quelques trimestres et qu'elle bénéficie toujours d'un imposant surplus commercial, de 379 milliards de dollars américains en 2018, avec les États-Unis. Une réaction très négative des marchés financiers pourrait aussi amplifier les conséquences néfastes de la récente poussée des tensions commerciales.

Et nous dans tout ça ?

Le Canada n'est pas touché directement par les nouvelles mesures tarifaires américaines et chinoises. Certains de nos exportateurs pourraient toutefois être désavantagés si leurs clients américains ou chinois devaient ralentir leurs activités. À l'inverse, des occasions pourraient se présenter si des importateurs chinois ou américains décidaient de se tourner vers de nouvelles sources d'approvisionnement. On peut aussi penser que l'intensification du conflit commercial entre la Chine et les États-Unis pourrait avoir des conséquences, positives ou négatives, sur nos propres différends commerciaux avec ces deux pays. Une entente a finalement été conclue pour retirer les tarifs américains sur nos exportations d'acier et d'aluminium, mais on attend toujours la ratification finale du nouvel accord commercial entre les États-Unis, le Canada et le Mexique.

Devant une administration américaine aussi protectionniste qu'imprévisible, il est particulièrement important pour les exportateurs de continuer de développer de nouveaux marchés. Des progrès sont perceptibles de ce côté, la portion des exportations internationales de biens du Québec vers les États-Unis étant passée d'un sommet de plus de 85 % au début des années 2000 à environ 70 %. L'entrée en vigueur de l'Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l'Union européenne et du Partenariat transpacifique global et progressiste (PTGP) devrait continuer de favoriser une progression graduelle de nos expéditions vers l'Europe et l'Asie.

EXPERT INVITÉ
Mathieu D’Anjou
, CFA, est économiste en chef adjoint aux Études économiques du Mouvement Desjardins.


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