Les crédits carbone: une manne pour la Russie et l'Ukraine

Publié le 17/12/2009 à 12:53

Les crédits carbone: une manne pour la Russie et l'Ukraine

Publié le 17/12/2009 à 12:53

Par La Presse Canadienne

C'est une manne inattendue pour la Russie et l'Ukraine: les deux pays possèdent de grandes quantités de crédits de carbone en excédent et peuvent ainsi non seulement polluer plus mais aussi vendre ces droits d'émissions pour des millions de dollars à d'autres pays. Les écologistes et certains Etats européens veulent remettre en cause cette situation, mais Moscou et Kiev ne l'entendent pas de cette oreille.

Le président russe Dimitri Medvedev affirme dans une vidéo diffusée sur le Web ces derniers jours que la Russie est résolue à limiter ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020 par un recours accru au nucléaire et en favorisant l'efficacité énergétique.

Mais il souligne également que les émissions de carbone de la Russie sont aujourd'hui environ 34% plus basses qu'en 1990, une baisse liée à l'effondrement de la machine industrielle soviétique. Le Kremlin entend laisser les émissions russes augmenter au cours de la prochaine décennie, mais en 2010 elle seront encore 25% inférieures à leur niveau de 1990, précise M. Medvedev.

Des pays européens demandent à la Russie de réduire ses émissions alors que les Vingt-Sept peinent à remplir les objectifs de baisses de leurs rejets fixés par le protocole de Kyoto, a déclaré Alexander Bedritsky, un conseiller du Kremlin la semaine dernière.

En 1990, le vétuste complexe militaro-industriel soviétique fonctionnait encore à plein régime rejetant quantités de gaz à effet de serre (GES) dans toute l'URSS. Mais après l'effondrement de l'Union soviétique, un an plus tard, un grand nombre de ces usines ont été fermées.

Le Protocole de Kyoto a pris 1990 comme année de référence pour les objectifs de baisse des émissions, permettant ainsi aux ex-Etats soviétiques d'afficher de fortes réductions de leurs rejets. Et de bénéficier ainsi de milliards de tonnes de crédits de carbone, qu'ils ont pu vendre à d'autres pays, notamment en Europe, qui en avaient besoin pour atteindre leurs propres objectifs d'émissions.

De nombreux pays ayant souscrit au Protocole de Kyoto se plaignent de cette situation. Les écologistes et des Etats européens demandent à la Russie de renoncer à ses crédits et de faire plus dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais à la conférence de Copenhague, la Russie et l'Ukraine entendent bien obtenir le maintien de leurs crédits d'émissions après l'expiration en 2012 du protocole de Kyoto.

La Russie demande également que tout nouvel accord sur le climat reconnaisse la capacité de ses vastes forêts à absorber le dioxyde de carbone, ce qui pourrait lui permettre de revendiquer des réductions considérables de ses émissions. Cette approche est toutefois contestée.

Vladimir Slivyak, co-président de l'organisation de défense de l'environnement Ecodefense, basée à Moscou, a estimé lundi que la Russie devrait geler son niveau actuel d'émissions de dioxyde de carbone plutôt que de lui permettre de croître. "Nous pensons que techniquement et économiquement, c'est largement faisable", a expliqué M. Slivyak. "C'est juste une question de volonté politique."

De son côté, l'Ukraine se dit seulement prête à réduire ses émissions de 20% comparé à 1990 dans le cadre d'un nouveau traité, ce qui se traduirait en fait par une hausse d'environ 30% de ses rejets par rapport au niveau actuel.

Igor Loupaltsov, directeur de l'Agence nationale ukrainienne pour l'investissement écologique, explique que la priorité pour son pays à Copenhague est de garder 1990 comme année de référence pour le calcul des émissions. "C'est un vrai compromis de notre part, considérant que notre production industrielle a été réduite de moitié après l'effondrement de l'Union soviétique et que nous avons encore besoin de combler notre retard", a-t-il déclaré.

En vertu de Kyoto, les pays qui produisent moins que leurs quotas d'émissions de carbone peuvent vendre l'excédent à d'autres pays qui en ont besoin pour atteindre leurs objectifs.

L'octroi de ces crédits à la Russie, l'Ukraine et d'autres pays d'Europe de l'Est a été une manière de reconnaître leurs difficultés économiques après l'effondrement de l'URSS. Il visait également à encourager les ex-républiques soviétiques à adhérer à Kyoto.

Selon les Nations unies, l'Ukraine possède encore un surplus de quelque 500 millions de tonnes de carbone qu'elle peut émettre chaque année en vertu du Protocole de Kyoto, tandis que ce chiffre s'élève à 1,1 milliard de tonnes par an pour la Russie.

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