Le mépris envers les Autochtones n'a-t-il pas assez duré?

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Octobre 2020

Le mépris envers les Autochtones n'a-t-il pas assez duré?

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Octobre 2020

(Photo: 123RF)

CHRONIQUE. Mort tragique à l'hôpital de Joliette d'une mère attikamek de sept enfants après avoir subi des propos racistes ; barrage routier des Anichinabés pour empêcher la chasse sportive à l'orignal dans la réserve faunique La Vérendrye ; violences et destructions de biens appartenant à des Micmacs qui pêchent le homard en Nouvelle- Écosse ; nouvelles tensions à Oka sur fond de droits ancestraux.

Ce ne sont pas les incidents qui manquent dans les rapports entre Autochtones et Allochtones, comme on appelle les non- Autochtones dans le rapport du commissaire Jacques Viens qui a enquêté sur le racisme et la violence de policiers de Val-d'Or à l'endroit de femmes autochtones. Une seule de ses 142 recommandations a été réalisée, soit la présentation, par François Legault, d'excuses publiques aux Autochtones et aux Inuits pour les préjudices causés par des lois, des politiques, des normes et des pratiques discriminatoires faites à leur endroit.

Cette lenteur à donner des suites à ce rapport a coûté son poste de ministre à la députée Sylvie D'Amours. Son successeur, Ian Lafrenière, a promis d'en arriver rapidement à des actions qui auront été entendues avec les Premières Nations. Souhaitons qu'il y parvienne.

Frustrations légitimes

On comprend les frustrations des Autochtones. Les promesses, les enquêtes et les commissions se succèdent au fil du temps, mais peu de réalisations concrètes en émergent.

Au moment où la communauté anichinabée veut protéger le cheptel d'orignaux dans ce qui leur reste de territoire, ce qui est tout à fait légitime, le conflit sur la pêche en Nouvelle- Écosse résulte d'une décision floue de la Cour suprême du Canada, qu'Ottawa n'a jamais opérationnalisée. En vertu de l'arrêt Marshall, rendu en 1999, les Autochtones peuvent pêcher et chasser pour s'assurer d'une «subsistance convenable», ce qui ne prive pas le gouvernement fédéral de son obligation de contrôler ces activités pour des raisons de «conservation».

Puisque, 21 ans plus tard, rien n'a été réglé, les Micmacs ont mis en place leur propre plan de gestion des ressources aquatiques. Sept permis de pêche aux homards ont été accordés pour mettre à l'eau 350 cages, ce qui n'est rien en comparaison des 390 000 cages autorisées dans la saison de pêche officielle. Est-ce que cela mérite les actes de violence actuels ?

En plus d'un traité signé en 1760 avec l'Angleterre, les Micmacs rappellent que la Constitution canadienne a reconnu, en 1982, les droits ancestraux des Autochtones. Ils ont aussi pour eux la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones de 2007, que le gouvernement Trudeau a promis de reconnaître dans un projet de loi à venir d'ici la fin de 2020. Au moins 145 pays ont adopté cette déclaration, ainsi que la Colombie-Britannique. François Legault hésite à imiter ce geste qui lui a été suggéré par la Commission Viens, craignant que des nations autochtones l'utilisent pour bloquer des projets de développement et qu'ils exigent réparation pour les terres et les ressources qu'elles possédaient.

Des gestes concrets

Puisque la pression ne cesse de monter, les gouvernements ne peuvent plus se contenter de promesses et tenter de régler une à une les escarmouches qui surviennent ici et là périodiquement. Des actions significatives doivent être prises et des partenariats structurants doivent être négociés et signés avec les nations autochtones.

Il ne faut plus que la paix des braves, l'entente historique conclue en 2002 entre le Québec et le Grand Conseil des Cris pour encadrer le développement économique, social et communautaire de la région de la Baie-James reste une exception. Cette entente a permis à Hydro-Québec d'y faire un important développement hydroélectrique et aux Cris d'investir dans des infrastructures et des services au profit de leur communauté. Celle-ci procurera aux Cris des milliards de dollars de revenus sur 50 ans. Par la suite, des sociétés privées exploitant des ressources naturelles ont aussi signé de tels partenariats. C'est la voie à suivre.

Les Autochtones qui occupaient les Amériques ont été chassés de leur territoire, massacrés et tués par des colons venus d'Europe. À l'instar de centaines de milliers d'Africains qui furent achetés pour en faire des esclaves, les Autochtones ont été traités comme une sous-classe d'individus que l'on a pourchassés, exploités et cherchés à assimiler et à évangéliser.

Les Autochtones ont le droit d'exiger que leurs droits ancestraux soient respectés et de bénéficier des mêmes services publics que les autres citoyens. C'est une question de respect et d'équité et il faudra y mettre les efforts et le prix.

***

J'aime
Voici une tendance lourde qui n'a pas échappé aux investisseurs. La société pétrolière et gazière ExxonMobil, qui était la plus importante société inscrite en Bourse au monde il y a sept ans, vient de se faire dépasser par NextEra, principal producteur d'énergie éolienne et solaire au monde, pour la capitalisation boursière, soit 148 milliards de dollars américains (G $ US), comparativement à 142 G $ US pour Exxon.

Je n'aime pas
La COVID-19 a failli causer des pénuries de médicaments au Canada et le protectionnisme se déploie dans plusieurs pays. Il n'est pas rassurant que le Canada ne produise que 15 % à 20 % des médicaments génériques prescrits. Une politique plus dynamique d'achat local pourrait permettre à la fois de développer davantage cette industrie et d'accroître notre autosuffisance en médicaments, comme on le fait pour plusieurs équipements.

 

À propos de ce blogue

Tour à tour rédacteur en chef et éditeur du journal Les Affaires pendant quelque 25 ans, Jean-Paul Gagné en est l’éditeur émérite depuis 2007. En plus de publier un commentaire hebdomadaire dans le journal et de tenir un blogue dans LesAffaires.com, il participe à l’organisation d’événements et représente le journal dans les milieux d’affaires. Il est aussi appelé à commenter l’actualité dans d’autres médias et à prononcer des conférences. Jean-Paul Gagné a consacré sa vie professionnelle au journalisme économique. Avant son entrée aux journal Les Affaires, qu’il a contribué à relancer pour en faire la principale publication économique du Québec, il a passé une douzaine d’années au quotidien Le Soleil, où il était journaliste économique et cadre à la rédaction. Jean-Paul Gagné est diplômé en économie et en administration. Il a reçu de nombreuses marques de reconnaissance, dont les prix Hermès et Gloire de l’Escolle de l’Université Laval, le prix Carrière en journalisme économique de la Caisse de dépôt et placement et Merrill Lynch et le Prix du livre d’affaires remis par Coop HEC Montréal et PricewaterhouseCoopers. Il siège au conseil d’administration d’organismes sans but lucratif.

Jean-Paul Gagné

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