«Le libéralisme tous azimuts, ça ne marche pas»

Publié le 05/02/2017 à 18:04

«Le libéralisme tous azimuts, ça ne marche pas»

Publié le 05/02/2017 à 18:04

Theresa May, première ministre britannique, et son homologue américain. (Getty)

Revenu universel, formation professionnelle mieux adaptée, allocations chômage plus généreuses ou encore taxes sur les importations: les économistes rivalisent d'imagination pour porter secours aux perdants de la mondialisation dans les pays occidentaux pour répondre à leur mécontentement exprimé dans les urnes.

«Il faut penser aux losers! C'est la seule solution pour faire face au populisme», a affirmé Philippe Aghion, professeur d'économie au Collège de France. «Quand on réforme sans penser aux perdants, eh bien cela donne Trump et le Brexit», a-t-il assuré.

D'autant que les autorités s'étaient engagées à apporter des compensations aux salariés les plus exposés à la concurrence étrangère lors de la signature d'accords commerciaux, comme l'a rappelé le Prix Nobel Joseph Stiglitz, lors des récents entretiens du Trésor à Bercy. «Sauf qu'il n'y en pas eues, a-t-il regretté.

Après le Brexit et la victoire de Donald Trump, les appels se multiplient pour changer le fonctionnement du commerce mondial de ces trente dernières années, y compris de la part d'organisations comme le FMI et l'OCDE qui exigent une meilleure répartition des richesses.

«Le libéralisme tous azimuts, ça ne marche pas. Nous l'avons vu au Royaume-Uni et aux États-Unis», a constaté Agnès Bénassy-Quéré, présidente déléguée du Conseil d'analyse économique (CAE). «D'une certaine manière, ces évolutions récentes sont l'échec d'une vision où l'on joue à la fois la carte de la mondialisation et on laisse tomber les systèmes sociaux, la redistribution et où les perdants n'ont qu'à se débrouiller pour devenir des gagnants», a-t-elle expliqué.

L’État doit intervenir davantage

Du coup, les économistes multiplient les propositions. «Il est très important de faire en sorte qu'il y ait le moins de perdants possible à long terme», a souligné M. Aghion. A ses yeux, la formation est prioritaire.

«La première chose, c'est de préparer les générations futures. Quand les gens sont très bien formés, ils ont appris à apprendre. Par la suite, ils rebondissent facilement», a-t-il estimé.

Le professeur du Collège de France préconise une autre solution: «Il faut aider les gens à trouver un emploi en accordant des allocations chômage généreuses pour ceux qui jouent le jeu», a-t-il proposé, étendant cette mesure aux victimes de l'automatisation ou des réformes menées par l'État.

Partant du principe que «toutes les professions sont précarisées aujourd'hui», le politologue Thomas Guénolé est, lui, convaincu que la solution passe par «la mise en place progressive du revenu universel dans les sociétés riches pour faire face à la robotisation», un thème qui s'est imposé dans les récentes primaires socialistes. Comment financer ces mesures ?

«Tout cela suppose d'avoir des moyens fiscaux. Plus de mondialisation et plus d'intégration nécessitent plus d'État et non pas moins», a affirmé Mme Bénassy-Quéré.

M. Aghion esquisse une autre piste: «L'idée, c'est de financer le coût de transition en les gageant sur les augmentations futures de gains de productivité induits par ces réformes», a-t-il soutenu.

Sans oublier les taxes sur les importations préconisées par M. Guénolé: «Pour ne plus laisser autant de monde sur le bord de la route, le minimum dans les pays riches, c'est de mettre en place des taxes anti-dumping qui sont d'ailleurs autorisées par les traités de l'OMC», a assuré l'auteur du livre La mondialisation malheureuse.

Reste aussi à savoir si ces mesures de redistribution devraient être assumées uniquement par les États et si des compensations ne devraient-elles pas être offertes lors de la signature de traités de libre-échange.

«Il y a une responsabilité qui doit être assumée pour apporter des financements aux bassins d'emplois sinistrés, avec des plans de redéploiement sur d'autres activités», a affirmé Mme Bénassy-Quéré, qui évoque notamment le renforcement du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation.

Jean-Luc Demarty, directeur général du commerce à la Commission européenne, n'a toutefois pas estimé que cette responsabilité revenait à ses services.

«Bien entendu, il y a des perdants dans le commerce. Mais ce n'est pas la politique commerciale elle-même qui peut s'occuper des perdants», a-t-il soutenu.

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