Le consommateur canadien est-il à bout de souffle?

Offert par Les Affaires


Édition du 20 Avril 2019

Le consommateur canadien est-il à bout de souffle?

Offert par Les Affaires


Édition du 20 Avril 2019

EXPERT INVITÉ — La seconde moitié de 2018 a été difficile pour l'économie canadienne alors que la demande intérieure a connu deux trimestres consécutifs de contraction. Une chute marquée et généralisée des dépenses d'investissement en est la cause principale. Le rebond important du PIB du secteur de la construction, en janvier, permet toutefois d'espérer que la chute de l'investissement est terminée. Un ralentissement important de la consommation des ménages a aussi contribué aux difficultés récentes de l'économie canadienne. Les perspectives de ce côté ne sont pas très encourageantes alors que la croissance des revenus a perdu beaucoup de vigueur au cours des derniers trimestres.

L'évolution des dépenses de consommation des ménages est déterminante pour l'économie canadienne puisque celles-ci représentent près de 60 % du PIB réel. La forte croissance canadienne, en 2017, reflétait ainsi une vigoureuse hausse de 3,6 % de la consommation. Un tel rythme n'était pas soutenable et un des objectifs du resserrement monétaire de la Banque du Canada amorcé à la mi-2017 était de modérer cette poussée des dépenses et celle du crédit qui l'accompagnait. La tendance haussière des taux d'intérêt semble effectivement avoir eu un effet important sur l'appétit des ménages, entre autres en réduisant la demande pour les véhicules automobiles et les meubles. En moyenne, la progression des dépenses de consommation des ménages n'a ainsi été que de 1 %, à rythme annualisé, au cours des deux derniers trimestres de 2018.

On pourrait espérer que le retour récent d'une tendance baissière sur les taux d'intérêt redonne une certaine vigueur aux dépenses de consommation. Au-delà de la question des taux d'intérêt, le ralentissement de la consommation reflète toutefois aussi une évolution moins favorable des revenus des ménages. Le revenu réel disponible des ménages canadiens, soit le revenu après impôts et transferts fiscaux, qui avait bondi de 3,4 % en 2017, n'affichait ainsi plus qu'une variation annuelle de 0,3 % à la fin de 2018.

Une évolution moins favorable du marché du travail l'an dernier, en particulier une modération surprenante de la progression des salaires, et la fin des effets stimulants des mesures budgétaires annoncées par le gouvernement Trudeau au début de son mandat expliquent ce ralentissement marqué de la croissance du revenu disponible. Contrairement au recul observé en 2015 et 2016, le ralentissement actuel ne semble pas s'expliquer principalement par les difficultés du secteur de l'énergie alors qu'une modération importante de la croissance du revenu disponible est aussi observée au Québec.

Le marché du travail canadien a repris de la vigueur

Le ralentissement marqué de la croissance du revenu des ménages est préoccupant puisqu'il laisse entrevoir que la progression de l'économie canadienne pourrait demeurer relativement faible. La récente accélération de l'emploi, qui a repris une forte tendance haussière tant au Canada qu'au Québec, après une pause au début de 2018, pourrait toutefois se traduire par une évolution plus favorable des revenus cette année. Dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre et de taux de chômage historiquement faibles, on s'attendrait à voir apparaître des pressions haussières plus claires sur les salaires qui pourraient redonner un peu de vigueur à la croissance des revenus des ménages et des dépenses de consommation.

EXPERT INVITÉ
Mathieu D’Anjou
, CFA, est économiste en chef adjoint aux Études économiques du Mouvement Desjardins.


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