Le Cirque du Soleil déchu par un endettement excessif

Publié le 22/09/2020 à 08:01

Le Cirque du Soleil déchu par un endettement excessif

Publié le 22/09/2020 à 08:01

Par Courrier des lecteurs
Une image d'un spectacle du Cirque du Soleil.

(Photo: 123RF)

Carl Simard et Karine Turcotte, Medici

 

COURRIER DES LECTEURS. Notre analyse du Cirque du Soleil démontre une gouvernance inadéquate depuis le changement majeur de propriété survenu en 2015. La façon dont les liquidités générées par les activités ont été gérées et son endettement démesuré ne prenaient aucunement en considération les risques, notamment celui d’une crise économique éventuelle, quelles que soient sa nature et sa gravité.

Du point de vue d'un gestionnaire de portefeuille, une entreprise résiliente a démontré historiquement une rentabilité durable, un accès assuré à des liquidités suffisantes et un seuil d’emprunt maîtrisé afin de surmonter les inévitables et imprévisibles crises économiques.

Des données financières ont été publiées durant la restructuration du Cirque. C'est ce que l’analyse de ces informations nous permet de conclure, en évaluant la qualité de sa situation financière avant qu’elle ne soit frappée par les effets de la pandémie.

 

L’endettement au fil des ans

En 2015, Guy Laliberté a vendu ses actions du Cirque, en conservant une participation de 10%, à un trio d’investisseurs qui comptait dans ses rangs le fonds d’investissement privé texan TPG Capital, le géant chinois Fosun et la Caisse de dépôt et placement du Québec (CPDQ ou Caisse). TPG Capital devient à ce moment majoritaire avec 60% des actions, tandis que Fosun et la CDPQ ont mis la main sur respectivement 20% et 10% des actions du Cirque.

Cette transaction a permis à M. Laliberté de recevoir un montant totalisant environ 1,5 milliard $ US. Comme c’est souvent le cas avec les fonds d’investissement privés, 600 millions $ US furent empruntés par le Cirque pour financer la contrepartie déboursée par les acquéreurs. Du coup, le passif du Cirque est passé probablement de 0$ à 600 M$ US. Ces investisseurs misent typiquement sur le levier financier pour maximiser leur rendement sur leurs capitaux propres en négligeant le risque pernicieux associé à un trop lourd endettement.

Au cours des 5 années suivantes, l’endettement garanti du Cirque a grimpé en flèche pour atteindre 1,1 milliard $US. C’est sans compter la somme octroyée l’an dernier par le Fonds de solidarité FTQ et la Caisse d’une facilité de crédit non garantie de 120 millions $US afin de lui permettre d'acquérir «The Works Entertainment». Ce passif est anormalement élevé, à près de 10 fois les bénéfices avant impôts, intérêts et amortissement (BAIIA) et constitue environ 80% de la valeur marchande établie lors de la transaction de 2015.

Déjà à ce moment, la destinée du cirque était dans les mains des créanciers plutôt que dans celles des actionnaires.

Selon le sommaire financier présenté dans un rapport de l’auditeur Ernst & Young en juin, les résultats finaux se sont beaucoup détériorés dans les trois dernières années, pour atteindre une perte nette de 80 M$US en 2019. Cela a été causé par des dépenses importantes liées à des charges d’intérêt élevées et en hausse, des coûts de développement de nouveaux spectacles ainsi que les frais de gestion de TPG Capital.

Comme le Cirque finance le coût des spectacles avec les billets vendus à l’avance, il a rapidement été étouffé par l’absence de revenus occasionnée par le confinement. Comme il ne disposait d’aucune marge de manœuvre ou de liquidités suffisantes pour régler à la fois ses créanciers et rembourser ses clients, sa structure fragile l’a mise en défaut de paiement dès le début de la crise.

 

Une gouvernance inadéquate

En entrevue, le PDG du Cirque, Daniel Lamarre, a mentionné que la crise ne pouvait survenir à un pire moment pour l’entreprise de divertissement, puisqu’elle achevait un cycle de croissance effréné, sans avoir finalisé l’optimisation du portfolio de spectacles.

Comme investisseurs, nous privilégions les entreprises qui détiennent suffisamment d’atouts financiers pour vaincre l’imprévisible adversité dans toutes circonstances.

En plus d’une rentabilité déficiente sur plusieurs années, le Cirque s’est affaibli en s’endettant pour réaliser des acquisitions, percer de nouveaux marchés géographiques et pour apparemment financer des dividendes. Une gouvernance exemplaire aurait plutôt exigé que chacune de ces décisions soit sagement réfléchie afin d’éviter les acrobaties financières qui mettent en péril la pérennité de l’entreprise.

 

Carl Simard
Gestionnaire de portefeuille et Président de Medici


Karine Turcotte
Gestionnaire de portefeuille et associée de Medici

À suivre dans cette section

Sur le même sujet

À la une

Commerce: Biden maintiendra la pression sur la Chine

23/10/2020 | François Normand

Les républicains ont une perception plus négative à l'égard de la Chine, mais elle progresse aussi chez les démocrates.

Une bulle technologique dans le S&P500? (la suite)

23/10/2020 | Ian Gascon

BLOGUE INTIVÉ. Les titres technologiques méritent-ils des évaluations aussi élevées?

Si ça semble trop beau pour être vrai…

23/10/2020 | Philippe Leblanc

BLOGUE INVITÉ. Les rendements élevés viennent obligatoirement avec des risques élevés.