La Grèce a vendu du vent à l'Europe grâce à... Goldman Sachs

Publié le 15/02/2010 à 16:11

La Grèce a vendu du vent à l'Europe grâce à... Goldman Sachs

Publié le 15/02/2010 à 16:11

Par Jean-Paul Gagné

Blogue. Du vent ! Eh ! oui ! C’est du vent qu’a vendu le gouvernement grec pour permettre à son pays d’entrer dans la zone euro en 2001.

J’exagère, direz-vous. À peine…

Éole, le dieu des vents dans la mythologie grecque, est le nom d’une structure de produits dérivés créée par Goldman Sachs pour camoufler des déficits. Pour entrer dans le Pacte de stabilité et de croissance de l'Union européenne, le gouvernement grec se devait de montrer que ses finances étaient en ordre.

La Grèce devait notamment respecter ce Pacte, selon lequel les pays membres de la zone euro doivent limiter leur déficit budgétaire courant à 3 % du produit intérieur brut (PIB). En 2005, on a ajouté à ce premier critère l’obligation pour les pays membres de restreindre leur dette publique à 60 % du PIB.

La Grèce a trompé l’Union européenne

Selon un reportage du New York Times, la Grèce a trompé Bruxelles de 2001 à 2006. À la demande du gouvernement grec. Goldman Sachs a monté des structures de produits dérivés lui permettant de cacher sa vraie situation financière. Une façon de faire était d’encaisser d’avance des revenus futurs provenant par exemple des loteries et des droits d’aéroports. Goldman Sachs aurait reçu 300 millions de dollars pour ses services.

Après quelques années de stabilité relative, le déficit du gouvernement a atteint en 2009 12,7 % du PIB. Face à cette situation, Goldman Sachs aurait offert à la Grèce un nouveau moyen de reporter dans le futur la dette de son système de santé. Cette fois, le premier ministre George Papandreou a refusé, jugeant sans doute qu'il risquait ainsi de trop antagoniser Bruxelles.

Toujours selon le New York Times, Eurostat, l'agence statistique de l'Union européenne, n'a jamais su que les finances grecques étaient truquées par les produits dérivés. Un porte-parole du gouvernement grec s'est défendu en disant que rien d'illégal n'a été fait et que d'autres gouvernements européens ont utilisé la même manoeuvre.

L’État grec a une dette de 300 milliards de dollars US (G$ US) et des besoins financiers dépassant les 50 G$ US, qui seront très difficiles, sinon impossibles à financer. À preuve, les investisseurs détenant des obligations du gouvernement grec exigeaient récemment un rendement de quatre points de pourcentage supérieur à celui exigé sur des obligations de l’Allemagne ayant un même terme.

Risque de contagion

Face à la crise, les pays membres de l’Union européenne se sont rencontrés jeudi dernier pour trouver une solution, mais sans se commettre financièrement. Ils privilégient une solution européenne et éviter un sauvetage par le Fonds monétaire internationale, ce qui serait un désaveu du dispositif monétaire européen et une humiliation pour l’Europe, qui veut s'affirmer face aux États-Unis et au dollar US.

Le gouvernement Papandreou a promis de réduire les dépenses, de reporter l’âge de la retraite (comme en Allemagne, de 65 à 67 ans) et de monter les impôts des riches, mais il y a loin de la coupe aux lèvres. La population est déjà dans la rue, manifestant son désaccord avec force. Gâtée et bien entretenue par l’État, la population ne veut pas accepter de sacrifice, car, dit-on, c’est la faute au gouvernement. Bien sûr, c’est la faute à l’État, mais l’État, c’est eux. Donc…

Où s’arrêteront les sauvetages ?

Alors que la France est plutôt disposée à aider, l’Allemagne résiste. Un récent sondage du journal Bild vient d’indiquer que 53 % des Allemands, qui ont fait leur lot de sacrifices, veulent que la Grèce soit exclue de la zone euro.

Qu'on se rassure, elle ne le sera pas pour des raisons politiques évidentes. On craint toutefois avec raison que les jours ne sont pas loin où l’Espagne, le Portugal et l’Italie puissent se retrouver également dans une situation financière intenable et qu'ils fassent également appel à la générosité des pays plus solides.

Les banques... à risque

Un des grands problèmes se trouve dans les bilans des banques. En effet, la dette de la Grèce n’est pas une abstraction. Elle est détenue en grande partie par les grandes banques. Or, cette dette n’a pas encore été dépréciée.

Si une solution n’est pas trouvée pour rétablir le crédit de la Grèce et rassurer les marchés, les banques devront prendre des radiations d’actif sur les titres grecs. Cette dépréciation pourrait s’ajouter à d’autres radiations sur des immeubles et des hypothèques commerciales, qui n’apparaissent probablement pas à leur vraie valeur au marché dans les bilans des banques.

C’est une situation qui pourrait s’avérer explosive, d’autant plus que les banques détiennent aussi beaucoup d’obligations d’autres pays européens qui ne respectent pas non plus le Pacte de stabilité et de croissance.

 

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