La Banque du Canada demeurera prudente, malgré l'AEUMC

Offert par Les Affaires


Édition du 20 Octobre 2018

La Banque du Canada demeurera prudente, malgré l'AEUMC

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Édition du 20 Octobre 2018

Le risque d’une véritable guerre commerciale entre les ­États-Unis et le ­Canada, en particulier la crainte que le secteur automobile soit touché par d’importants tarifs, a cependant fortement diminué. [Photo: 123RF]

D'un point de vue macroéconomique, la conclusion d'un nouvel accord commercial avec les États-Unis et le Mexique supprime surtout un des principaux risques baissiers qui planait sur les perspectives économiques canadiennes. Dans ce contexte, faut-il s'attendre à voir la Banque du Canada (BdC) accélérer son resserrement monétaire ?

Après plusieurs mois d'incertitude, un accord de dernière minute a finalement été conclu entre les négociateurs canadiens et américains.

Si tout se passe comme prévu, l'Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) remplacera l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). Le nouvel accord ne règle pas tout : les tarifs sur l'acier, l'aluminium et le bois d'oeuvre demeurent présents. Le risque d'une véritable guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada, en particulier la crainte que le secteur automobile soit touché par d'importants tarifs, a cependant fortement diminué.

La réaction des marchés financiers a été immédiate. Le dollar et les taux obligataires canadiens ont bondi dès que l'accord a été annoncé. Ces mouvements s'expliquaient en partie par le fait que l'entente semblait assurer une nouvelle hausse des taux directeurs canadiens lors de la rencontre du 24 octobre.

À première vue, l'accord commercial pourrait même justifier un relèvement plus rapide des taux directeurs canadiens après octobre. Le gouverneur de la BdC, Stephen S. Poloz, a souvent répété que la politique monétaire était un processus de gestion des risques.

Une diminution des risques pourrait ainsi justifier des taux directeurs un peu plus élevés. De plus, la diminution de l'incertitude planant sur les relations commerciales pourrait légèrement améliorer les perspectives de l'économie canadienne, entre autres en stimulant l'investissement des entreprises.

L'augmentation des taux obligataires modérera l'activité

Cette diminution des risques planant sur l'économie canadienne est toutefois accompagnée de taux obligataires plus élevés. Le taux des obligations fédérales canadiennes de 5 ans, qui dépassait à peine 2,15 % au début du mois de septembre, a ainsi récemment bondi à tout près de 2,50 %.

La poussée des taux canadiens reflète en partie un ajustement généralisé à la hausse des taux obligataires des pays développés. Après avoir fait preuve de beaucoup de scepticisme, les investisseurs semblent commencer à prendre au sérieux l'intention des banques centrales de poursuivre la normalisation de leurs politiques monétaires au cours des prochains trimestres.

Les taux obligataires plus élevés pourraient freiner l'activité au pays en plus de ramener toute l'attention sur les risques liés à l'endettement des ménages. La BdC est bien consciente que les ménages canadiens sont plus vulnérables que par le passé à une augmentation des taux d'intérêt. Même si elle juge nécessaire de remonter graduellement ses taux directeurs dans le contexte actuel, la dernière chose que la BdC souhaite est de faire subir une poussée soudaine des taux d'intérêt à l'économie canadienne.

Si rien d'autre n'avait changé, la conclusion d'une nouvelle entente commerciale aurait pu justifier une hausse un peu plus rapide des taux directeurs canadiens.

Dans un contexte de taux obligataires plus élevés, il faut toutefois s'attendre à ce que la BdC demeure très prudente et agisse de façon très graduelle. Après une augmentation de 0,25 % le 24 octobre, nous anticipons ainsi toujours que la BdC ne procédera qu'à deux hausses de ses taux directeurs l'an prochain.

EXPERT INVITÉ
Mathieu D’Anjou
, CFA, est économiste principal aux Études économiques du Mouvement Desjardins.

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