60 secondes avec: Christopher Ragan, professeur de l'Université McGill


Édition du 31 Janvier 2015

60 secondes avec: Christopher Ragan, professeur de l'Université McGill


Édition du 31 Janvier 2015

Par François Normand

«L'écofiscalité n'étouffe pas la croissance économique» - Christopher Ragan, professeur de l'Université McGill

Vous participiez récemment à Montréal à une table ronde sur l'écofiscalité dans les villes. Pourquoi les municipalités devraient-elles recourir à ce mode de taxation ?

Les villes, mais aussi les provinces et le gouvernement fédéral, devraient recourir à l'écofiscalité, car elles peuvent ainsi remplacer leurs revenus issus de leurs structures fiscales classiques par des revenus provenant d'une tarification sur les émissions et les rejets polluants. Il y a là des occasions pour les villes dans un contexte où elles font face à d'importants défis fiscaux. En fait, l'écofiscalité leur permet de faire d'une pierre deux coups. D'une part, les villes peuvent améliorer leur bilan environnemental, en tarifant la consommation d'eau ou la congestion routière. D'autre part, elles peuvent se servir de ces revenus pour financer la construction ou l'entretien d'infrastructures stratégiques.

Bon nombre d'économistes affirment que l'écofiscalité n'est qu'une façon de taxer davantage les contribuables. Qu'en pensez-vous ?

Je ne suis pas du tout d'accord avec cette position. Elle traduit une mauvaise perception selon laquelle la protection de l'environnement est impossible sans coût économique. C'est une énorme erreur, tout comme celle de penser que l'écofiscalité ne sert qu'à accroître les revenus des gouvernements. Or, l'écofiscalité n'est qu'un moyen de percevoir les revenus fiscaux d'une autre façon. C'est pourquoi des villes pourraient fort bien augmenter leurs revenus tirés de l'écofiscalité tout en réduisant ceux qui proviennent de la fiscalité foncière, par exemple. Ainsi, elles pourraient se retrouver dans une situation où leurs revenus fiscaux totaux sont les mêmes.

Quelles villes ont commencé à recourir à l'écofiscalité ?

La municipalité de Beaconsfield, dans l'ouest de l'île de Montréal, mène actuellement un projet-pilote pour tarifer les déchets résidentiels et inciter les gens à composter, ce qui permet de réduire les coûts de la collecte des ordures. Quelques autres villes au Canada ont aussi commencé à tarifer la gestion des déchets. Par ailleurs, à Londres, au Royaume-Uni, les autorités tarifient l'utilisation de l'automobile dans le centre-ville pour réduire la congestion routière et investir dans le réseau de transport en commun. Cette politique est très efficace pour diminuer la congestion. Enfin, la cité-État de Singapour tarifie la consommation d'eau pour limiter le gaspillage de cette ressource. Cette approche permet aussi au gouvernement de générer des revenus pour investir dans les infrastructures.

10 G$: Les effets néfastes de la pollution sur la santé – maladies et décès prématurés – entraîneront des coûts de 228 milliards de dollars à l’économie canadienne de 2008 à 2031, soit une moyenne de 10 G$ par année. Source: Association médicale canadienne

Christopher Ragan, président de la Commission de l'écofiscalité du Canada et professeur agrégé au Département d'économie de l'Université McGill.

Créée en novembre et dirigée par Christopher Ragan, cette commission s'intéresse au rôle des municipalités dans l'économie verte, après celui des provinces et États, engagés par exemple dans la Bourse du carbone. La Commission s'appuie sur un comité consultatif formé d'anciens leaders politiques, dont l'ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, et l'ancien chef de l'opposition officielle à Ottawa, le réformiste Preston Manning. Elle étendra ses travaux jusqu'en 2020.

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