Jean-Paul Gagné : premier blogue

Publié le 29/01/2009 à 00:00

Jean-Paul Gagné : premier blogue

Publié le 29/01/2009 à 00:00

Par Jean-Paul Gagné

 


Après l'année des rats, l'année de la vache



Dans l'horoscope chinois, 2008 a été l'année du rat. En fait, 2008 a plutôt été l'année des rats, car ils ont été nombreux à Wall Street à bouffer tout ce qui était prenable et à même s'acharner sur les proies les plus faibles.



L'ineffable gestionnaire new-yorkais Bernard Madoff a dérobé, puis ingéré 50 milliards de dollars d'actifs qui lui avaient confiés et dont il ne reste même pas des miettes. Ne connaissant aucun scrupule, il a même volé des proches et des organismes philanthropiques de la communauté juive (pourquoi chercher ailleurs, quand on peut plus facilement gagner la confiance des gens de son propre groupe ethnique ?).



Un autre milliardaire new-yorkais, John Paulson, qui gère un fonds de couverture de 35 milliards de dollars (Paulson & Co.), a profité des misères de la Royal Bank of Scotland (RBS), que le gouvernement britannique tentait de rescaper à coup de centaines de millions de livres sterling l’automne dernier, pour vendre à découvert des actions de cette banque (vendre à découvert, c’est vendre à un prix élevé des actions empruntées qu’on rachète plus tard à faible prix).



Cette manoeuvre a eu pour effet de faire descendre encore davantage l’action de RBS, contribuant ainsi à rendre encore plus difficile son sauvetage, qui fut fait, évidemment, avec l’argent des contribuables britanniques. Le gouvernement britannique possède aujourd’hui 70 % du capital de RBS. Jugeant qu'il a sucé tout le jus qu'il pouvait tirer de sa proie, il vient de racheter les actions qu'il avait empruntées pour couvrir sa position, réalisant ainsi un profit de 465 millions de dollars. Dans les deux jours qui ont suivi ce rachat, le prix de l'action de RBS a monté de 20 % et de 13 % respectivement. Est-il éthique de faire de tels profits en misant sur les difficultés d'une société qui a peine à se maintenir hors de l'eau tout en sachant que l'auteur de cette stratégie empire encore sa situation ?



N'est-ce pas l'équivalent de peser sur la tête de quelqu'un qui est en train de se noyer ? Mais ces considérations ne se posent pas quand on a l'appétit d'un ogre... pour l'argent. Paulson s'en aussi pris aux banques Barclays et Lloyds TSB, mais il n'a pas encore racheté les titres vendus à découvert. Un autre gain spéculatif à venir. Des parlementaires britanniques scandalisés par ces manoeuvres veulent un débat pour tenter de mieux encadrer la vente à découvert, à défaut de l’interdire.



Un autre membre du club des milliardaires new-yorkais, John Thain, comparaîtra bientôt dans une cour new-yorkaise pour expliquer pourquoi il a versé des bonis de quatre à cinq milliards à des employés de Merrill Lynch en décembre dernier, alors que sa société s'en allait vers une perte de 27 milliards de dollars. Merrill Lynch fait partie des courtiers et des banques d’affaires new-yorkaises, qui, malgré leurs pertes énormes, ont versé en 2008 à leurs dirigeants des bonis atteignant 18,4 milliards de dollars. Bien entendu, ces mêmes institutions sont sauvées de la déroute par les contribuables américains.



Malgré sa performance accablante, John Thain a eu le culot de demander un boni de performance de 10 millions pour les services rendus à Merrill Lynch. Cette prime lui a été refusée par le conseil d'administration de sa société, qu’il menait tout droit à la faillite, n’eût été son rachat par la Bank of America (BofA), elle-même renflouée par les contribuables à la hauteur de 45 milliards. Et cette somme pourrait même ne pas être insuffisante. Ses déboires ne s'arrêtent pas là.



Pour sauver son image et calmer la colère de son nouveau patron, Ken Lewis (chef de la direction de BofA), qui vient de le congédier, John Thain remboursera le 1,2 million qu'a coûté la rénovation de son bureau, alors que sévissait la crise financière.



Après l'année du rat, voici l'année de la vache, toujours dans l'horoscope chinois. L'économie mondiale n'aura pas trop des quatre estomacs de ce ruminant pour digérer tous les produits toxiques dont elle a été gavée par les capitalistes irresponsables, cupides et incompétents de Wall Street.


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