Denis Coderre dévoile (des bribes de) son plan économique


Édition du 16 Avril 2016

Denis Coderre dévoile (des bribes de) son plan économique


Édition du 16 Avril 2016

Par Matthieu Charest

[Photo : Martin Flamand]

Magicien de l'égoportrait, amateur invétéré de baseball, ninja du gazouillis, il manie l'extrait télé de 10 secondes comme nul autre. Mais monsieur le maire est-il capable de marier son rôle d'ambassadeur à celui de catalyseur économique ? Neuf mois après lui avoir adressé une première demande d'entrevue formelle, Les Affaires a pu finalement rencontrer Denis Coderre pour faire le point sur sa vision économique. À défaut de nous présenter un plan d'ensemble, il nous a parlé de quelques initiatives.

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À première vue, les indicateurs sont assez sinistres. Au palmarès des villes entrepreneuriales publié par la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), Montréal s'est classée bonne dernière au Canada - au 121e rang - en 2014 et en 2015. Pour l'aspect «politique», qui représente 40 % de la note attribuée aux municipalités, Montréal obtient un maigre 11,8 sur 40 dans le rapport 2015 de la FCEI. Là encore, il s'agit du score le plus faible au pays.

Dans la métropole, le ratio d'impôts fonciers entre le secteur commercial et le secteur résidentiel est le deuxième du pays, à 3,61. Par ailleurs, seulement 11,9 % des PME sondées par la FCEI pensent que l'administration est sensible à leurs besoins.

«Je pourrais m'apitoyer sur mon sort, répond Denis Coderre lorsque nous lui présentons ces données. Mais j'ai un plan de match. Nous sommes en train de redéfinir notre fiscalité [un groupe de travail a été créé en février 2016] et de nous pencher sur nos sources de revenus. Ça n'a pas de maudit bon sens que 70 % [environ] de nos revenus proviennent des taxes foncières. Je ne fais pas que constater. J'agis.»

À sa défense, la vice-présidente principale et porte-parole nationale de la FCEI a tenu à tempérer les résultats de son propre classement. «On commence à revoir le soleil, croit Martine Hébert. La Ville ne peut pas corriger plusieurs années d'obscurité et "se tourner sur un 10 cents". L'administration Coderre envoie des signaux positifs aux entreprises. Elle a fait des pas de géants, notamment en contrôlant le budget. On va dans le bon sens.»

Dans le dernier budget montréalais, l'augmentation moyenne des taxes foncières commerciales a d'ailleurs été plus faible, à 0,9 %, que la hausse dans le secteur résidentiel, à 1,9 %. Une mesure qui est loin de satisfaire le parti Projet Montréal, qui forme l'opposition officielle à l'hôtel de ville.

«Le plan de développement économique de la Ville, c'est un PowerPoint, lance Laurence Lavigne Lalonde, porte-parole de l'opposition en développement économique. [Chez Projet Montréal], on propose une mesure "Robin des bois", c'est-à-dire de diviser le taux de taxation commercial en tranches, afin de donner un coup de main aux commerces pendant que l'on réfléchit à un système fiscal plus structurant. Mais on a fait une dizaine de propositions de projets de développement économique depuis deux ans, et, chaque fois, l'administration les rejette.»

Soutien à l'entrepreneuriat

Quant au soutien à l'entrepreneuriat, c'est sans doute la conversion des centres locaux de développement (CLD) de l'île en six pôles PME MTL qui a marqué la première moitié du mandat Coderre.

«On avait une vingtaine de points de chute pour les CLD. Ça n'avait pas d'allure, affirme le maire. On a forcé les gens à se parler. Oui, il y a moins d'argent, mais c'est sur le fonctionnement. Là, on investit sur l'accompagnement. Les PME, c'est crucial, c'est quand même la plupart de nos emplois.»

La Fondation de l'entrepreneurship est du même avis : «Ce qui développe l'économie, c'est l'entrepreneuriat local. Il ne faut pas attendre de gros investissements qui viennent de Beijing ou de New York», soutient Pierre Duhamel, directeur général de la Fondation. D'ailleurs, la Ville et le Réseau M de la Fondation ont signé un partenariat stratégique en matière de mentorat en novembre 2015.

Le nouveau réseau PME MTL bénéficie d'un budget de 7,8 millions de dollars, dont 1,3 M$ proviennent de la Ville, et le reste, de Québec. Il s'agit d'une baisse d'environ 60 % du budget comparativement au réseau des CLD, selon l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques. Une chute imputable à Québec.

Le maire s'est également montré disposé à investir plus de 1,3 M$ dans le réseau PME MTL. «Mais avant, il y a des gens qui ont des devoirs à faire. Je n'ai aucun problème à investir davantage, mais pas pour créer plus de structures.»

De plus, la Ville a appuyé la création de l'École entrepreneuriale de Montréal, du Festival international du start-up ainsi que d'InnoCité MTL, un accélérateur d'entreprises.

Selon Mme Lavigne Lalonde, qui est également conseillère de ville pour le district Maisonneuve-Longue-Pointe le changement de structures «a occasionné un ralentissement dans les services. Les CLD ont été placés devant le fait accompli. Nous devons mettre sur pied des actions concrètes pour l'entrepreneuriat».

Dans un discours prononcé en juin 2015, M. Coderre a déclaré vouloir «améliorer l'indice d'entrepreneuriat et bâtir un site Web destiné aux entrepreneurs qui leur permettra entre autres de parler directement à un représentant de la Ville».

Vérification faite, le site Web serait en construction, a affirmé Denis Coderre à Les Affaires. Par ailleurs, l'équipe de Serge Guérin, directeur du Service du développement économique, travaille actuellement au développement de l'Indice d'entrepreneuriat.

Artères commerciales désertes

De nombreuses artères commerciales montréalaises sont en piteux état. Il suffit de se promener dans les rues Saint-Denis, Sainte-Catherine ou sur le boulevard Saint-Laurent pour constater la succession de locaux vacants. Les PME semblent déserter le centre-ville.

D'après une étude du Groupe Altus publiée en décembre 2015, le taux de vacance des locaux commerciaux sur les grandes artères montréalaises était en moyenne de 9,8 %. Le taux «normal» serait de 5 %.

Que fait l'administration Coderre pour remédier à cette érosion ? Que pense-t-elle du projet «Quinze40», le mégaprojet de centre commercial Royalmount projeté aux angles des autoroutes Décarie et 40 ?«D'abord, s'il y a un chantier dans une rue, je veux donner un break aux commerces, répond le maire. [Un congé de taxes, par exemple.] Il faut aussi faciliter l'obtention de permis et standardiser les politiques. Les programmes PR@M [pour programmes Réussir@Montréal], dont Artères en chantier, prévoit 13,9 M$ pour soutenir les commerces lors de travaux.

Quant au Quinze40, «je n'ai pas pris position là-dessus, poursuit M. Coderre. Il y a des étapes à suivre. Si c'est aussi gros qu'on le dit, il va y avoir des impacts sur la congestion. Il va donc falloir des infrastructures. Cependant, a-t-on les moyens de dire "non, pas question" à un investissement potentiel de plus de 1,6 milliard de dollars ?»

Pour Projet Montréal, «c'est complètement contre-intuitif d'appuyer le Quinze40 alors que les artères commerciales et les petits commerces sont en difficulté. Quant aux PR@M, il s'agit d'une aide assez faible», pense Laurence Lavigne Lalonde. Somme toute, dit l'élue de l'opposition, «la situation économique de Montréal est sur le point d'être alarmante».

Plus clément, Pierre Duhamel, de la Fondation de l'entrepreneurship, souhaite que «le maire soit un acteur mobilisateur pour l'économie, encore plus formidable. Denis Coderre est un maire passionné. Mais peut-on être passionné par tout ?»


[Photo : Martin Flamand]

Les Expos

«Ce projet peut être un trait d’union entre Griffintown, le Vieux-Port et le centre-ville. Non seulement ça va se faire, mais c’est un projet structurant qui va devenir un outil structurant, un outil de développement économique et social qui va remplir une carence et consolider davantage le centre-ville.» – Denis Coderre

Navette ferroviaire

«Ça va se faire. On a augmenté à 9,6 millions le nombre de touristes. On a de plus en plus de liaisons. Je négocie un vol Montréal- Shanghai et on va dire après qu’on n’a pas besoin d’une navette?» – Denis Coderre

Régions

«Je n’irai pas siphonner les régions, je veux les aider. Quand les régions sont fortes, Montréal est forte. Et lorsque Montréal est forte, ça aide les régions. Mais on a un rôle de locomotive à jouer. Il faut nous permettre de le tenir.» – Denis Coderre

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