De quels emplois a besoin l'économie du Québec?

Offert par Les Affaires


Édition du 12 Octobre 2019

De quels emplois a besoin l'économie du Québec?

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Édition du 12 Octobre 2019

Par Mia Homsy

Il faut prendre conscience de l’importance des métiers et revaloriser les parcours professionnels techniques. (Photo: Maxime Agnelli pour Unsplash)

MACROÉCONOMIE. Diplomation universitaire à tout prix, plus d'emplois payants, attraction de talents : ces objectifs sont de plus en plus valorisés au point qu'ils sont devenus une finalité absolue. Il est vrai que le talent - surtout dans des secteurs de pointe - est au coeur du développement d'une économie moderne qui veut se positionner pour l'avenir.

Il faut toutefois regarder les choses en face et reconnaître que ces emplois hautement qualifiés ne représentent encore qu'une faible proportion des emplois auxquels carbure notre économie, et une encore plus faible proportion des postes que les employeurs cherchent actuellement à pourvoir.

Les plus récentes données sur les postes vacants indiquent qu'il y a présentement plus de 140 000 postes à pourvoir au Québec, soit une hausse de plus de 24 000 postes sur un an. Cette croissance, la plus élevée du pays, place ainsi le Québec au deuxième rang des provinces canadiennes où le taux de postes vacants est le plus élevé, derrière la Colombie-Britannique.

Bien que ce resserrement du marché du travail se fasse sentir partout au Québec, il est plus intense à l'extérieur de Montréal, notamment dans les régions de la Capitale-Nationale, de Chaudière-Appalaches, de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec.

Postes à pourvoir et diplôme exigé

Alors qu'on répète depuis des années qu'il faut un diplôme universitaire pour décrocher un emploi, les données sur les postes vacants affichent un tout autre portrait : moins de 15 % des postes qui sont présentement à pourvoir exigent un diplôme universitaire. Plus précisément, pour 35 % des 140 420 postes vacants, aucune scolarité minimale n'est recherchée, tandis que 24 % d'entre eux demandent un diplôme d'études secondaires ou l'équivalent, et 27 % requièrent un certificat ou un diplôme non universitaire.

La moyenne du salaire horaire offert est d'environ 20 $ (elle va de 15,25 $ pour les postes qui n'exigent aucun diplôme à plus de 30 $ pour ceux qui demandent un diplôme universitaire). Pour les postes où la scolarité minimale recherchée est un certificat ou un diplôme non universitaire, la moyenne du salaire horaire offert atteint même 22,45 $.

Quelles conclusions en tirer ? D'abord, bien qu'on fasse constamment la promotion du parcours universitaire et des emplois d'avenir bien rémunérés, cela ne semble pas être ce à quoi carbure présentement l'économie québécoise. Cela nous ramène à l'éternelle question : la poule ou l'oeuf ? Faut-il plus de personnes avec des diplômes universitaires pour moderniser l'économie ou faut-il commencer par moderniser l'économie et accélérer le virage numérique avant d'encourager plus de monde à se diriger massivement vers l'université ?

Il est vrai que la croissance de la taille des économies est généralement liée à celle de la diplomation universitaire. La réponse n'est cependant pas binaire. Elle passe plutôt par plusieurs changements qui doivent s'opérer simultanément. D'abord, il faut prendre conscience de l'importance des métiers et revaloriser les parcours professionnels techniques. Ensuite, il importe d'arrimer la formation offerte dans nos établissements d'enseignement aux besoins constatés sur le terrain. Finalement, il faut cibler les emplois stratégiques d'une meilleure façon pour mieux positionner le Québec pour l'avenir.

Ces solutions passent inévitablement par davantage de collaboration entre les différents acteurs gouvernementaux (principalement les ministères de l'Emploi, de l'Éducation, de l'Immigration et de l'Économie ainsi que la Commission des partenaires du marché du travail), qui doivent être plus ouverts à partager leurs données et réaliser qu'en continuant de nier les enjeux actuels de main-d'oeuvre, ils nuisent considérablement au potentiel de notre économie.

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