Cryptomonnaies: la Régie de l'énergie dit oui au «tarif dissuasif» d'Hydro-Québec

Publié le 19/06/2018 à 12:16, mis à jour le 19/06/2018 à 15:14

Cryptomonnaies: la Régie de l'énergie dit oui au «tarif dissuasif» d'Hydro-Québec

Publié le 19/06/2018 à 12:16, mis à jour le 19/06/2018 à 15:14

Estimant qu'il y a lieu d'agir de «manière urgente», la Régie de l'énergie vient de donner un feu vert provisoire à une demande d'Hydro-Québec visant à décréter les conditions de services pour les joueurs du secteur de la chaîne de bloc et des cryptomonnaies.


Comme l'écrivait Les Affaires, Hydro-Québec avait introduit la semaine dernière une demande auprès du «gendarme de l’énergie» pour appliquer un tarif dissuasif aux nouveaux projets de minage blockchain. Établi provisoirement à 0,15 $ du kilowattheure (KWh), cela représentait une multiplication par 3 à 5 fois le tarif habituel de ces grands consommateurs.


Dans une décision de 14 pages rendue lundi, le tribunal réglementaire a fixé de nouvelles modalités temporaires, jusqu'au 28 juin.


La Régie accepte ainsi la création d'une catégorie de consommateurs «d'électricité pour un usage cryptographique appliqué aux chaînes de blocs» pour les nouveaux branchements. Les utilisateurs actuels bénéficiant du tarif préférentiel LG ne subiront pas de hausse de prix jusqu'à la fin du processus en cours.


«La Régie juge que les tarifs et conditions de service provisoires proposés permettront d'assurer la sécurité des approvisionnements en électricité dans le contexte particulier de demandes massives, soudaines, inattendues et simultanées relatives à l'utilisation de la technologie des chaînes de blocs, y compris du minage de cryptomonnaies», fait-elle valoir dans sa décision.


Toutefois, étant donné que la preuve soumise par la société d'État «soulève certaines questions», le tribunal réglementaire tiendra des audiences mardi prochain pour entendre Hydro-Québec et les autres parties intéressées sur la question.


Les principales interrogations tournent autour des conditions entourant l'application du tarif par Hydro-Québec à des réseaux municipaux.



«(La Régie) désire entendre le distributeur relativement à sa compétence de fixer les tarifs et conditions applicables aux réseaux municipaux en fonction de l'usage de l'électricité par la clientèle», fait valoir la décision.


Dans sa demande déposée la semaine dernière, la société d'État demandait au tribunal réglementaire d'intervenir rapidement face à ces nouveaux acteurs qui ont un appétit apparemment insatiable pour de l'énergie.


D'ailleurs, le ministre québécois de l'Énergie, Pierre Moreau, a annoncé début juin avoir signé un arrêté ministériel suspendant le traitement de toutes les demandes de nouveaux projets cryptographiques. Et ce jusqu'au 15 septembre 2018 «au plus tôt».


Selon le ministre, cette interposition permettait techniquement à Hydro-Québec de ne pas répondre, comme la loi l'y oblige, à plus de 300 requêtes. Ce volume «astronomique» représenterait un total de 15 000 mégawatts de puissance, soit 40 pour cent du total de la capacité, selon la société d'État «victime du succès» de son produit.


Hydro-Québec dit avoir reçu plus de 300 demandes d'entreprises voulant établir des chaînes de blocs au Québec en raison de l'énergie qui y est disponible, de la fiabilité de cet approvisionnement et du climat froid, un avantage pour des entreprises utilisant des équipements informatiques qui produisent beaucoup de chaleur.




En citant des «circonstances exceptionnelles» évoquées par la société d'État, le tribunal réglementaire estime qu'il est justifié d'agir rapidement afin que cette dernière puisse s'assurer de répondre à la demande de sa clientèle.


«La Régie va entendre l'ensemble de notre demande, a expliqué un porte-parole d'Hydro-Québec, Jonathan Côté. Il est normal d'aller s'expliquer, mais en attendant, nos demandes ont été approuvées de façon provisoire.»


Divers intervenants, comme l'Association des redistributeurs d'électricité du Québec ainsi que la Ville de Baie-Comeau, ont fait part de leur intention de participer aux audiences prévues mardi prochain.


La municipalité de la Côte-Nord désire être représentée puisqu'elle dit avoir déjà une entente en poche avec un promoteur privé dans le domaine de la chaîne de blocs.


«La Ville de Baie-Comeau considère que cette demande du distributeur causerait notamment un préjudice sérieux à l'économie baie-comoise en plus de s'immiscer dans ses orientations de développement local», souligne la greffière et directrice des affaires juridiques, Me Annick Tremblay, dans une lettre transmise à la Régie.


Jusqu'ici, les entreprises qui se sont établies au Québec utilisent 120 MW et Québec prévoit accorder un bloc additionnel de 500 MW pour les nouveaux joueurs.


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