Automobile: l'Europe prête à riposter aux surtaxes américaines

Publié le 18/02/2019 à 13:55

Automobile: l'Europe prête à riposter aux surtaxes américaines

Publié le 18/02/2019 à 13:55

Par AFP
Des autos dans un concessionnaire.

(Photo: 123RF)

Bruxelles a promis lundi de riposter de manière « rapide et adéquate » si les États-Unis surtaxaient les automobiles européennes, mais espère toujours éviter une escalade commerciale avec Washington, car elle s’avèrerait désastreuse.


Le ministère américain du Commerce a annoncé dimanche soir avoir officiellement remis à la Maison-Blanche un rapport sur l’industrie automobile qui pourrait conduire Donald Trump à surtaxer les voitures importées, comme il menace de le faire depuis des mois.


Des sources concordantes ont assuré à l’AFP que les conclusions de cette enquête étaient « positives » sur la question de savoir si les voitures importées constituent une menace pour la sécurité nationale des États-Unis, un raisonnement jugé « effrayant » dès samedi par la chancelière allemande Angela Merkel.


Le président américain, actuellement concentré sur les négociations avec la Chine, dispose désormais de 90 jours pour imposer ou non des taxes sur les automobiles et leurs équipements, un épouvantail pour cette industrie en Europe, en particulier en Allemagne.


« La Commission européenne est au courant de la conclusion d’une enquête menée par le ministère américain du Commerce », a déclaré lundi le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas.


« Si ce rapport se traduisait par des mesures préjudiciables aux exportations européennes, la Commission européenne réagirait de manière rapide et adéquate », a-t-il promis, au cours d’un point de presse à Bruxelles.


M. Schinas n’a pas livré le détail de cette riposte, mais les Européens avaient répondu l’an passé à des droits de douane similaires sur leur acier et leur aluminium par une plainte devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), par des mesures dites « de sauvegarde » pour protéger leur industrie, ainsi que par des taxes punitives sur des produits américains emblématiques.


Suivant ce même schéma, Bruxelles a préparé, dans le cas des voitures, une liste de biens américains, à hauteur de 20 milliards d’euros, susceptibles d’être taxés si les États-Unis déclenchaient les hostilités.


Outre-Atlantique, le lobby américain des équipementiers automobiles la Motor Equipement Manufacturers Association (Mema), a estimé que d’éventuels droits de douane décidés par Donald Trump « mettraient en péril » leur « sécurité économique », leur « leadership technologique » et entraînerait des licenciements.


« Parole » de Trump


Malgré la menace, la Commission continue d’espérer une issue « positive » dans les échanges avec les États-Unis après la trêve conclue en juillet dernier entre son président Jean-Claude Juncker et Donald Trump.


Les deux dirigeants s’étaient engagés à travailler en faveur d’un accord de libre-échange exclusivement sur les biens industriels.


« Trump m’a donné sa parole qu’il n’y aurait pas, pour l’instant, de taxes douanières sur les voitures. Je juge ces propos fiables », a affirmé M. Juncker dans une interview accordée au Stuttgarter Zeitung.


Les ministres européens du Commerce se retrouvent vendredi à Bucarest pour décider d’accorder ou non à la Commission le droit d’ouvrir des négociations.


« Certains États membres, comme l’Allemagne, veulent aller vite et espèrent un accord de principe dès vendredi sur ce mandat. Mais la France se veut plus prudente », explique une source européenne.


Selon cette même source, Paris se montre « très négatif » et ne souhaite « pas ramener le sujet sur le devant de la scène » en pleine crise des « gilets jaunes » et à trois mois des élections européennes.


La France veut également s’assurer que l’agriculture ne fera pas partie des négociations -contrairement à ce que souhaitent les États-Unis- comme l’a rappelé lundi le secrétaire d’État Jean-Baptiste Lemoyne.


L’ouverture de négociations avec les États-Unis ne semble pas faire l’unanimité au Parlement européen, qui ne dispose cependant que d’un rôle consultatif.


Un projet de résolution de l’eurodéputé social-démocrate allemand Bernd Lange, soumis mardi au vote au sein d’une commission parlementaire, recommande aux États membres de « ne pas » autoriser Bruxelles à négocier avec les États-Unis.


Ce texte relève que l’UE est toujours sous le coup de sanctions américaines sur son acier et son aluminium, qu’une menace existe désormais sur ses automobiles et que les États-Unis ont en outre quitté l’accord de Paris sur le climat.


« Ce mandat, dans sa forme actuelle, n’est pas acceptable », a résumé M. Lange à l’AFP.


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