Analyse : comment juger le secteur de l'engrais

Publié le 28/09/2009 à 00:00

Analyse : comment juger le secteur de l'engrais

Publié le 28/09/2009 à 00:00

Par Marie-Claude Morin

Bloomberg

Les experts invitent à la prudence

Les analystes ont encaissé les mauvaises nouvelles de la dernière année en abaissant leurs cours cibles, mais en gardant un ton optimiste. La direction de Potash a cependant refroidi l'enthousiasme de certains récemment, en réduisant de 20 % ses prévisions de bénéfice pour 2009.

Les portefeuillistes recommandent d'ailleurs la prudence. Jean-Paul Giacometti, gestionnaire de portefeuilles chez Claret, juge les titres du secteur trop chers pour un placement à long terme. " Les prix alléchants des engrais [des dernières années] entraîneront la mise en exploitation de nouveaux gisements, et l'offre pourrait excéder la demande dès 2012. "

Stéphane Gagnon, gestionnaire de portefeuilles au Fonds des professionnels, reste pour sa part optimiste quant aux perspectives du secteur à long terme, tout en reconnaissant qu'il s'avère plus volatil que prévu.

Charles Jenkins, premier vice-président, actions canadiennes, d'Investissements Standard Life, fait le même constat. " J'adopterais une position neutre, avec un préjugé favorable, et attendrais un changement de tendance avant d'entrer dans le secteur ", conseille-t-il.

Voici d'ailleurs certains éléments pouvant signaler un changement de tendance.

1 Signature d'un contrat avec la Chine

Comme certains pays centralisent leurs achats de potasse, les prix négociés servent de baromètre dans l'industrie des engrais.

Après avoir dépassé les 1 000 $ US la tonne en 2008, les contrats s'établissaient à 700 $ US en juin. Puis, onde de choc en juillet : la russe Silvinit acceptait de vendre de la potasse à l'Inde à un prix de 460 $ US la tonne.

" Le contrat avec les Chinois, dont les négociations pourraient traîner jusqu'en mai ou juin prochain, indiquera si un prix de 460 $ US constitue vraiment le plancher ", souligne Charles Jenkins.

2 La récolte aux États-Unis

Le Département américain de l'agriculture prévoit une récolte record cet automne, ce qui pourrait peser sur le prix du maïs, du blé et du soya. Ce ministère prévoit d'ailleurs que le revenu net des agriculteurs chutera de 38 % cette année. Faute de fonds, les fermiers pourraient donc reporter leurs achats d'engrais.

Le facteur temps risque aussi de jouer contre les producteurs d'engrais, puisqu'une récolte tardive limite la fenêtre d'épandage. Or, les dernières prévisions font état d'un retard de deux à quatre semaines.

3 Quand y aura-t-il rattrapage ?

Quoique l'utilisation minime d'engrais ne nuise pas à la récolte cette année, les fermiers devront éventuellement refertiliser leurs terres, avancent les experts, qui jugent la demande repoussée plutôt qu'annulée.

Un nombre restreint d'experts prévoient un rattrapage dès cet automne. D'autres, dont Stéphane Gagnon, tablent plutôt sur 2010.

Les plus pessimistes envisagent un rattrapage en 2011 seulement.

4 Variations des stocks

Les stocks d'engrais accumulés chez les producteurs devront continuer de diminuer, disent les experts. " Les stocks nord-américains devront revenir à la moyenne des cinq dernières années ", estime Charles Jenkins.

Les stocks de phosphate et d'azote sont déjà sous ce seuil, alors que ceux de potasse excèdent de 127 % cette moyenne, à 3,4 millions de tonnes en juillet.

De plus, les détaillants devront recommencer à stocker des engrais, ce qu'ils feront dès qu'ils croiront les prix stabilisés.

5 Accélération de la production d'engrais

" Les producteurs d'engrais gèrent l'offre de façon disciplinée. Une augmentation de la production chez un gros acteur comme Potash signalerait une reprise du marché ", indique M. Jenkins.

Au cours des derniers mois, Potash a plutôt annoncé des réductions de production afin de s'adapter au fléchissement de la demande.

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