Rudsak: les ressources humaines, son talon d'Achille


Édition du 23 Janvier 2016

Rudsak: les ressources humaines, son talon d'Achille


Édition du 23 Janvier 2016

Au-delà des défis de croissance et de commercialisation auxquels fait face Rudsak, la gestion des ressources humaines constituerait son principal talon d'Achille. C'est ce qui ressort des témoignages d'anciens employés du siège social de l'entreprise montréalaise auxquels nous avons parlé. Ils dépeignent un employeur difficile, aux méthodes de gestion qui relèveraient d'une autre époque.

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«Il faut y travailler pour le croire. C'est incroyable ce qui s'y passe. L'atmosphère de travail est si tendue qu'on voit des gens fondre en larmes régulièrement, soutient un ex-employé à qui nous avons parlé sous le couvert de l'anonymat. [...] Le cycle de vie moyen d'un employé chez Rudsak ne dépasse pas habituellement les six à neuf mois. Tout le monde vous dira que ce sont les portes tournantes.»

«C'est souvent la même chose, relate un autre ex-employé du siège social. Au début, tout va bien. Mais trois mois après leur embauche, on voit leur visage changer. Leur regard devient vide, leur motivation diminue. Bref, tu n'as pas le temps d'apprendre leur nom que déjà ils sont partis.» Tous les ex-employés auxquels nous avons parlé évoquent un taux de roulement annuel au siège social qui excéderait 50 %.

Dans le milieu de la mode, le bruit court depuis des années. «Vérifiez auprès des chasseurs de têtes, nous lance un ex-cadre. Il n'y a pas une boîte de placement de cadres qui se respecte qui accepte de placer des candidats dans cette entreprise.» Vérification faite : sous le couvert de l'anonymat, un propriétaire de firme de placement nous a confirmé qu'il évite de faire affaire avec Rudsak. Pourquoi ? «Disons simplement que je n'y enverrais pas un membre de ma famille. Vous pouvez en tirer vos conclusions.»

Une plainte en cours d'examen

Méritée ou non, cette réputation contraste avec le dossier à peu près sans tache de l'entreprise au Tribunal administratif du travail, l'ex-Commission des relations du travail (CRT). Rudsak fait actuellement l'objet d'une plainte en cours d'examen pour harcèlement psychologique ; mais, depuis 2004, la CRT n'a jamais rendu de décision contre Rudsak à ce propos. Si plaintes il y a eues par le passé, elles ont été réglées avant qu'elles ne se rendent devant le commissaire, explique Jean-François Pelchat, porte-parole de la nouvelle Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

Interrogé sur la réputation que traîne néanmoins l'entreprise en matière de ressources humaines, le nouveau chef de l'exploitation de Rudsak, Terry Henderson, a refusé de dévoiler son taux de roulement actuel. «Ce sont des [informations] privées qu'on ne divulgue pas», s'est-il contenté de répondre, ajoutant par ailleurs ne pouvoir se prononcer sur les façons de faire qu'a pu avoir l'entreprise avant son entrée en fonction (janvier 2015). «Chaque détaillant a des enjeux, et on n'est pas différent des autres. [...] Il faut juste s'assurer que nous nous améliorons tous les jours.»

Cela dit, M. Henderson a indiqué avoir, depuis son arrivée, porté une attention particulière à la gestion du personnel, stratégie qui donnerait déjà des résultats encourageants. «Dans cette industrie, il y a du roulement, peu importe l'organisation. Au cours des derniers mois, notre roulement se stabilise et des efforts dans les ressources humaines donnent des résultats que je pourrais [qualifier] de concrets.»

Denis Morin, professeur titulaire en gestion des ressources humaines à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, ne peut qu'applaudir cet apparent changement d'orientation. Un roulement de 50 % peut être qualifié, à son avis, de «très problématique». Les études sur le sujet, fait-il valoir, montrent que la perte de productivité causée par le départ d'un employé entraîne des coûts qui varient de 30 % à 150 % de son salaire annuel. Dans les cas extrêmes, ils peuvent même atteindre jusqu'à trois fois sa rémunération annuelle.

«Ce sont des dizaines de milliers de dollars jetés par les fenêtres. Ce n'est pas rien, dit-il. Généralement, c'est le type de problème que nulle entreprise qui aspire à faire des profits ne peut se permettre longtemps. Dans de tels cas, un sérieux de coup de barre s'impose. Et vite.»

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