Suppression d'emplois et jeu de mots «nazi» pour Volkswagen

Publié le 13/03/2019 à 14:03

Suppression d'emplois et jeu de mots «nazi» pour Volkswagen

Publié le 13/03/2019 à 14:03

Par AFP
Le logo de Volkswagen sur une de ses usines en Allemagne.

(Photo: Getty Images)

Le géant allemand de l’automobile Volkswagen a connu mercredi une journée difficile avec l’annonce de milliers de suppression d’emplois, le report d’une introduction en Bourse très attendue et des excuses de son patron pour un jeu de mots à connotation nazie.


Le groupe, encore empêtré dans le scandale des moteurs au diesel, a indiqué vouloir supprimer jusqu’à 7 000 emplois, en majorité des non-remplacements de départs à la retraite. Et ce, malgré l’annonce la veille de bénéfices en hausse.


Volkswagen a justifié ces mesures par le coût de l’électrification des voitures, sa nouvelle priorité, et de la conduite autonome, ainsi que par des difficultés côté rentabilité.


La rentabilité jugée trop faible du constructeur a été l’un des principaux sujets choisis par le patron du groupe, Herbert Diess, lors d’une réception des cadres du groupe pour leur expliquer la stratégie de l’entreprise. Une manifestation traditionnelle chez Volkswagen au moment de la présentation des résultats annuels.


« EBIT macht frei »


Selon la presse allemande, dans son discours, M. Diess a alors lâché à plusieurs reprises la formule « EBIT macht frei », pour galvaniser ses cadres et leur signifier l’impératif de dégager de la marge d’exploitation pour faire croître le groupe.


Une allusion, y compris homophonique, au funeste « Arbeit Macht Frei » (le travail rend libre) affiché par les nazis à l’entrée du camp d’extermination d’Auschwitz.


L’acronyme anglais EBIT (Earnings before interest and taxes) correspond dans le jargon financier au bénéfice opérationnel d’une entreprise après diverses déductions. La direction de Volkswagen le juge trop faible actuellement pour donner suffisamment de marge financière au groupe et soutenir le cours boursier.


« C’était un choix de mots très malheureux », a déclaré le dirigeant du premier constructeur automobile mondial, au journal allemand Wirtschaftwoche, qui a révélé l’affaire.


M. Diess a dit tenir à présenter ses excuses « sous toutes les formes », mentionnant le passé trouble de Volkswagen, qui a eu recours au travail forcé de prisonniers de guerre et de détenus de camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale.


Dernier rebondissement de la journée, le groupe a dû annoncer, peu avant la clôture des marchés, renoncer « pour le moment » à une introduction en Bourse très attendue de ses activités poids lourds réunies dans la filiale Traton. 


Le groupe « continue de viser » une introduction en bourse de Traton, qui pèse près de 26 milliards en chiffre d’affaires, mais seulement « quand les conditions du marché se seront améliorées », a indiqué Volkswagen dans un bref communiqué boursier. 


Le contexte du Brexit et l’incertitude sur la suite des événements ont aussi pesé dans la décision du groupe.


Cure d’austérité


Car la ligne stratégique qui occupe en priorité VW est celle de l’électrification d’urgence de ses modèles. 


Confronté aux limites strictes d’émissions de CO2 prévues à partir de 2020, le mastodonte allemand, a annoncé lundi qu’il comptait introduire sur le marché 70 modèles électriques d’ici 2028, vingt de plus que prévu initialement.


Au total, le groupe Volkswagen a prévu de mettre 44 milliards d’euros dans la voiture du futur en cinq ans.


Pour financer cette ambition, la marque Volkswagen s’impose depuis plusieurs années une cure d’austérité pour faire remonter sa rentabilité, objet du dérapage de son patron mardi soir. 


En 2018, la marge opérationnelle de VW est ressortie sous l’objectif de 4 % minimum, à 3,8 %, contre 4,2 % en 2017.


« Dans notre industrie on a besoin d’une marge entre 5 % et 6 %, sinon on ne peut pas affronter la transformation », a noté mercredi matin, le directeur financier Arno Antlitz.


Une restructuration déjà en cours prévoit un solde de 21 000 suppressions d’emplois dans le monde d’ici 2020 et doit rapporter 3 milliards d’euros d’économies.


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