Le problème avec Tesla

Publié le 01/04/2016 à 13:25

Le problème avec Tesla

Publié le 01/04/2016 à 13:25

Plus de 180 000 pré-commandes en quelques heures: Tesla a déjà frappé fort avec son futur modèle d'entrée de gamme, mais le constructeur américain de voitures électriques va encore devoir affronter de nombreux défis pour concrétiser ses ambitions.

À lire aussi: Et voici la Model 3 de Tesla

Elon Musk, patron visionnaire d'une marque devenue un acteur remarqué du secteur automobile en moins de dix ans, possède un sens du marketing consommé, reflété par les longues files d'attente jeudi aux Etats-Unis afin d'avoir le privilège de réserver, sans même l'avoir vue, la «Model 3» contre 1000 $.

D'après Elon Musk lui-même, ce serait 180 000 personnes qui auraient finalement pré-commandé le véhicule. Pour vous faire une idée, il vient symboliquement de se vendre plus de Model 3 en 24h que de voitures électriques durant toute une année aux États-Unis (117000). Colossal.

L'engouement est d'autant plus remarquable que cette berline compacte à 35000 $US censée pouvoir franchir 346 km entre deux recharges n'existe pour l'instant qu'à l'état de prototype et que ses premières livraisons sont au mieux prévues pour fin 2017.

Mais la Model 3 représente aussi un changement de paradigme pour la firme californienne, qui a convaincu en 2015 quelque 50000 personnes d'acheter des berlines Model S et «crossovers» Model X à plus de 70000 $US, niveau de prix où évoluent les marques de luxe.

«Il faut que Tesla réussisse à passer à l'échelle supérieure pour rencontrer le succès dans la décennie à venir», prévient Stephanie Brinley, experte du marché automobile au sein du cabinet IHS, alors que M. Musk a évoqué l'objectif de 500000 voitures par an à l'horizon 2020.

«Il ne pourra pas produire qu'à un seul endroit dans le monde, il va lui falloir un réseau de fournisseurs, il risque de se heurter à tout ce que les autres constructeurs automobiles ont mis des dizaines d'années à mettre en place», observe pour sa part Jean-François Belorgey, spécialiste du marché automobile au cabinet EY.

Or, Tesla n'a pas encore dégagé de bénéfice - il faudra encore attendre quatre ans, selon M. Musk. La firme a annoncé une perte nette de 889 millions $US en 2015, entre autre à cause de dépenses colossales en matière de recherche et développement (718 millions $US). Les réserves d'argent de Tesla se situent donc aux alentours de 1,2 milliards $US contre 1,9 milliard une année plus tôt.

Pour l'heure, le système «tient» pour partie grâce à sa capacité à lever des fonds en Bourse. Le cours de l'action a d'ailleurs bondi de 15% dans les échanges électroniques suivant la clôture de Wall Street après la présentation de la Model 3.

Dépendance aux politiques publiques

«C'est à Elon Musk de continuer à faire rêver ces gens-là (les investisseurs) en espérant qu'à un moment donné la mayonnaise va vraiment prendre et que l'entreprise va devenir rentable», souligne M. Belorgey.

Mme Brinley relève toutefois que «pour mériter la confiance des consommateurs comme des investisseurs», il faudrait que la Model 3 arrive en temps et en heure, alors que Tesla a l'habitude de «rater ses échéances». Le Model X, commercialisé fin 2015, a ainsi accusé un important retard.

Pendant ce temps, les constructeurs traditionnels ne restent pas inertes: General Motors fourbit une Chevrolet Bolt dotée de 320 km d'autonomie qui doit débarquer dans les concessions un an avant la Model 3, au même prix.

En outre, les marques allemandes n'ont pas l'intention d'abandonner à Tesla le monopole des berlines luxueuses zéro émission: Audi, BMW et Mercedes ont promis d'en commercialiser d'ici à la fin de la décennie.

Et l'alliance Renault-Nissan, qui se targue de détenir la moitié du marché mondial des voitures électriques, prépare la future "Leaf" du constructeur japonais, à l'autonomie accrue par rapport aux 200 km actuels.

«Dans les quatre prochaines années, nous allons faire de gros progrès en terme d'autonomie mais aussi de coût, cela va rendre les véhicules électriques bien plus attrayants qu'aujourd'hui», expliquait début mars au salon de Genève le directeur délégué à la performance de Renault, Stefan Mueller.

La baisse des coûts des batteries, à laquelle M. Musk s'emploie avec l'usine géante «Gigafactory», sera une condition sine qua non pour que le marché décolle enfin au niveau mondial (voir vidéo ci-dessous).



Pour l'instant, l'équation financière des voitures électriques ne fonctionne qu'avec des politiques publiques volontaristes, l'exemple extrême étant la Norvège (17,1% du marché en 2015). En France, la pénétration des électriques était de 1,17% au premier trimestre 2016, un doublement par rapport à la même période de 2015.

La progression a été encore plus spectaculaire en Chine, avec un quadruplement en 2015, même si les électriques ne représentent encore que 1% du premier marché mondial.

Aux Etats-Unis en revanche, où l'essence à la pompe est moins taxée qu'en Europe, seuls 0,4% des acheteurs ont fait le choix de l'électrique l'année dernière.

Bref, pour Tesla la route est tracée, mais elle est encore longue...

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