La justice libanaise interdit à Carlos Ghosn de sortir du pays

Publié le 09/01/2020 à 14:39

La justice libanaise interdit à Carlos Ghosn de sortir du pays

Publié le 09/01/2020 à 14:39

Par AFP

Carlos Ghosn lors d'une conférence de presse à Beyrouth (Photo: Getty Images)

La justice libanaise a interdit jeudi au magnat de l’automobile déchu Carlos Ghosn de quitter le pays suite à une demande d’arrestation d’Interpol, le Japon réclamant l’extradition de l’homme d’affaires accusé de malversations financières.

Multipliant les entretiens aux médias français et libanais, l’ancien PDG de Renault-Nissan a qualifié jeudi de « ridicule » des déclarations de la ministre de la Justice japonaise, qui souhaite sa comparution au Japon.

Et au lendemain d’une spectaculaire conférence de presse à Beyrouth, première apparition publique depuis qu’il a fui Tokyo fin décembre, l’homme d’affaires de 65 ans s’est dit prêt à « coopérer » avec la justice libanaise.

Jeudi matin, sans être vu par les journalistes postés devant le Palais de justice de Beyrouth, M. Ghosn s’est rendu discrètement à son interrogatoire au parquet général.

Il a été interdit de voyage, son passeport français a été confisqué et les procureurs ont demandé à Tokyo l’envoi de son dossier judiciaire, ont indiqué deux sources judiciaires à l’AFP.

« En fonction du contenu du dossier, s’il est avéré que les crimes dont il est accusé au Japon imposent des poursuites judiciaires au Liban, il sera jugé », a précisé l’une des sources. 

Système « rétrograde » 

« Si aucune poursuite judiciaire ne s’impose en vertu de la législation libanaise, il sera alors libre », a-t-elle ajouté.

Après l’arrivée de M. Ghosn au Liban, ce pays qui n’a pas d’accord d’extradition avec le Japon avait annoncé avoir reçu une notice rouge d’Interpol à son encontre.

Détenteur des nationalités française, libanaise et brésilienne, M. Ghosn fait l’objet de quatre inculpations au Japon : deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan (qui est aussi poursuivi sur ce volet), et deux autres pour abus de confiance aggravé.

Interpellé en novembre 2018, celui qui fut le chef d’entreprise le mieux payé au Japon avait été libéré sous caution en avril 2019, au terme de 130 jours d’incarcération.

Assigné à domicile, il avait interdiction de quitter le Japon dans l’attente de son procès.

Jeudi M. Ghosn a aussi été entendu par le parquet au sujet d’un rapport soumis par des avocats libanais portant sur une visite en Israël en 2008, quand il était président de Renault-Nissan.

Pays voisins, le Liban et l’État hébreu sont techniquement en état de guerre et Beyrouth interdit à ses ressortissants de se rendre en Israël.

Interrogé par la chaîne libanaise MTV, M. Ghosn a estimé jeudi que son interdiction de voyager était une « procédure » de routine, indiquant qu’il avait remis son passeport.

« Je coopérerai pleinement avec la justice libanaise, avec qui je suis plus à l’aise que je ne l’étais avec la justice japonaise », a-t-il promis sur la chaîne LBC.

« Le système judiciaire (japonais) est totalement rétrograde », a-t-il encore asséné.

Il l’a même comparé à la justice de la Corée du Nord, de la Chine ou de la Russie soviétique, dans un autre entretien avec France 24. « C’est comparable. Quand il y a un déni de justice, c’est un déni de justice », a fait valoir M. Ghosn. 

« Qu’il présente ses arguments »

Les autorités japonaises ont multiplié les déclarations pour dénoncer la fuite rocambolesque de M. Ghosn.

« Je veux qu’il vienne affronter réellement la justice japonaise, mais il a fui, alors même qu’il n’était pas enfermé, qu’il pouvait voir librement ses avocats », a fustigé la ministre de la Justice Masako Mori.

« Si l’accusé Ghosn a quelque chose à dire sur son affaire pénale, qu’il présente ses arguments ouvertement devant un tribunal japonais et apporte des preuves concrètes », a-t-elle poursuivi.

Mercredi, s’exprimant pour la première fois depuis plus d’un an, M. Ghosn avait dénoncé la « collusion, partout » entre Nissan et le procureur japonais, notamment pour son arrestation.

Les responsables de Nissan nommément mis en cause par l’homme d’affaires ont fustigé sa conférence de presse.

« Je n’ai pas de temps à perdre avec quelqu’un qui joue un drame écrit par lui-même, après avoir fui un pays en violant la loi », a lancé à la chaîne de télévision NTV Masakazu Toyoda, un administrateur extérieur du groupe automobile.

« Si le contenu de la conférence de presse se limite à ça, il aurait pu la faire au Japon », a ironisé l’ancien directeur général de Nissan Hiroto Saikawa, dénoncé par le capitaine d’industrie comme étant un de ses fossoyeurs.

 


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