Fusion Renault-Fiat Chrysler: Nissan, l'allié de 20 ans mis sur la touche

Publié le 27/05/2019 à 06:55

Fusion Renault-Fiat Chrysler: Nissan, l'allié de 20 ans mis sur la touche

Publié le 27/05/2019 à 06:55

Par AFP

Nissan, muet, encaissait le coup lundi après l'annonce d'un projet de fusion entre son partenaire français Renault et l'italo-américain Fiat Chrysler (FCA): la pilule est amère pour le constructeur japonais, embarqué à son insu dans ce mariage.

«Nous sommes toujours ouverts aux discussions constructives pour renforcer l'alliance», a laconiquement déclaré le patron du groupe, Hiroto Saikawa, tentant de faire bonne figure face aux journalistes qui l'interrogeaient sur le pas de sa porte.

Mais selon une source proche de la compagnie, «Nissan n'a pas été impliqué dans ce dossier», et quelques heures après l'officialisation de la proposition faite par FCA à Renault, le constructeur n'avait toujours pas réagi, se murant dans le silence.

Au siège de Yokohama, on s'étonne en coulisses de ne pas avoir eu connaissance des détails du projet, alors que Renault et Nissan sont unis depuis 1999.

Pour certains au sein du groupe nippon, c'est là une nouvelle détérioration de la confiance, déjà entamée par l'attitude de Renault qui a remis en avril sur la table le dossier d'intégration de l'alliance, ignorant les réticences de Nissan.

«Nissan semble avoir été tenu à l'écart, ce qui n'est pas agréable pour le groupe et pourrait créer une méfiance inutile», a commenté pour l'AFP Satoru Takada, analyste du cabinet d'études TIW.

Les deux dirigeants de Renault, Jean-Dominique Senard et Thierry Bolloré, sont attendus mercredi au Japon pour un conseil opérationnel de l'alliance, dont l'ambiance risque d'être pesante.

«Plus la priorité»

Depuis l'arrestation en novembre à Tokyo du bâtisseur de l'alliance Carlos Ghosn sur des soupçons de malversations financières mises au jour par une enquête interne de Nissan, rien ne va plus entre les deux partenaires.

Les rancoeurs et frictions ont toujours existé, mais la présence à leur tête d'un seul et tout-puissant patron, M. Ghosn, avaient permis jusqu'ici de les contenir.

Cette fois, Renault signale clairement à Nissan "qu'il n'est plus aussi important à ses yeux", le poussant en troisième position, estime Christopher Richter, analyste de CLSA basé à Tokyo.

«Les priorités de Renault ont changé», abonde Tatsuo Yoshida, spécialiste du secteur chez Sawakami Asset Management. «Mais cela ne veut pas nécessairement dire que Renault abandonne l'idée d'une intégration de Nissan», ajoute-t-il, même si ses piètres résultats financiers le rendent moins attractif.

«Il demeure une part importante du puzzle, vu sa présence en Chine, où ni Renault ni FCA ne sont forts», souligne un autre expert du secteur. Il apporte aussi à l'ensemble ses 34% dans Mitsubishi Motors, très bien implanté en Asie du sud-est.

«Irréversible alliance»

Mais Nissan, concentré sur son redressement, a la tête ailleurs, et outre la méthode qui a déplu, le choix du marié n'est pas vraiment du goût du constructeur nippon.

Les investisseurs semblent également sceptiques: à la Bourse de Tokyo, l'action a fini en modeste hausse de 0,97%, tandis que le titre de la marque au losange bondissait de plus de 13% en début de matinée et celui de FCA de 9%.

Fiat Chrysler, en grande difficulté en Europe, tente désespérément de se vendre, avance-t-on côté japonais où l'on souligne ses faiblesses et le peu de complémentarités avec Nissan, même si le groupe a par le passé eu des collaborations avec Alfa Romeo, rappelle M. Yoshida. «C'est un plan hâtif et mal conçu», lâche un interlocuteur.

Si le projet aboutit, le nouvel ensemble, en comptant Nissan et Mitsubishi Motors, totaliserait près de 16 millions de véhicules, bien devant le mastodonte allemand Volkswagen (10,6 millions) et Toyota (10,59 millions).

Cette course aux volumes, chère à M. Ghosn, justement Nissan n'en veut plus, insistant sur l'importance de renforcer l'alliance, de travailler sur ses points faibles.

«Pour Nissan, cette fusion avec FCA n'est pas un plus. Sa position dans l'alliance va se retrouver amoindrie et son indépendance compromise», assène M. Takada.

Sauvée de la faillite par Carlos Ghosn en 1999, Nissan va-t-il sans bruit, petit à petit, se désengager de l'alliance?

À l'heure actuelle, «les projets communs sont trop nombreux», souligne une source proche de la compagnie nippone. «L'alliance sous sa forme actuelle ne peut être défaite, elle est déjà irréversible».


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