La Caisse risque de souffrir longtemps

Publié le 20/08/2009 à 00:00

La Caisse risque de souffrir longtemps

Publié le 20/08/2009 à 00:00

" La Caisse a un pourcentage trop élevé de son avoir dans des placements non liquides, comme les placements privés, l'immobilier, les fonds de couverture et les produits dérivés, soit plus de 35 % ", dit Diane Urquhart, analyste financière indépendante.

Mme Urquhart est consultante auprès de plusieurs organisations de défense des retraités, comme la Fédération nationale des retraités et des citoyens âgés, qui compte un million de membres. Elle commente souvent l'actualité sur les caisses de retraite.

La Caisse de dépôt est toutefois loin d'être la seule grande caisse de retraite canadienne aussi lourdement investie dans les actifs non liquides. OMERS et Teachers y ont respectivement placé 39,8 % et 44 % de leur avoir.

Mode de rémunération à blâmer

Pour Mme Urquhart, cette surpondération s'explique entre autres par le mode de rémunération des gestionnaires de l'institution.

" Il semble que les gestionnaires de la Caisse étaient prêts à courir beaucoup de risques dans le but de toucher des primes de rendement. Les indices de référence [que le gestionnaire doit dépasser pour toucher sa prime] pour les catégories des placements privés, de l'immobilier et des fonds de couverture sont moins connus que ceux qui s'appliquent aux actions et aux titres de revenu.

" Les gestionnaires de portefeuilles étaient en position de toucher de meilleures primes que celles qu'ils méritaient vraiment [parce qu'ils battaient ces indices], ajoute-t-elle. Cette politique de rémunération a incité les gestionnaires à surpondérer les investissements dans des catégories non liquides. "

Il était toutefois beaucoup plus difficile pour eux de dépasser les indices boursiers et obligataires.

L'explication vaut aussi pour OMERS et Teachers.

La théorie financière justifie l'investissement dans l'immobilier et autres catégories d'actifs non traditionnels parce qu'il favorise la diversification du portefeuille en bonifiant le rendement sans augmenter le risque. Mais jusqu'où doit-on investir dans ces types de placement ?

Une vente en panique désastreuse

Là où la Caisse se distingue de ses pairs, c'est dans la sous-pondération de son avoir en actions. Au 31 décembre 2008, les actions ne comptaient que pour 22 % du portefeuille de la Caisse, par rapport à 36 % en 2007. Fin 2008, Teachers avait 30 % de son portefeuille en actions, et OMERS, 42 %.

En octobre 2008, la Caisse a dû vendre massivement des actions, surtout américaines, à perte. Il en a résulté des pertes sur vente de placements de 23,2 milliards de dollars pour l'exercice 2008, trois fois plus que celles de Teachers et huit fois plus que celles d'OMERS au cours de la même période.

Pourquoi cette vente de feu ? La Caisse voulait accroître ses liquidités et réduire son exposition à la Bourse.

" C'est sûr que cette décision revient la hanter. Un investisseur forcé de vendre ses actions l'automne dernier en subit aujourd'hui les effets négatifs, dit un gestionnaire de portefeuilles qui ne veut pas être identifié.

" On ne doit pas vendre ses actions quand le marché baisse. L'orthodoxie, en placement, c'est d'en acheter. "

Toujours est-il que la vente en panique de l'automne 2008 pèse lourd sur les résultats de la Caisse au premier semestre de 2009. Ayant moins investi que ses pairs dans la Bourse, l'institution québécoise n'a pas pu profiter autant du rebond boursier. Conséquence : rendement nul en première moitié d'année. Et la Caisse pourrait sous-performer encore longtemps.

 

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