G20 : qui a le plus à perdre à Washington ?

Publié le 14/11/2008 à 00:00

G20 : qui a le plus à perdre à Washington ?

Publié le 14/11/2008 à 00:00

Désuètes, périmées, déphasées, anachroniques, américanocentriques, eurocentriques. Les adjectifs ne manquent plus pour qualifier les instances de décisions économiques internationales conçues lors du sommet de Bretton Woods en 1944.



Une réforme s’impose. Et celle devra tenir compte des intérêts des nouvelles puissances économiques que sont la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie, ou encore les pays exportateurs de pétrole.



Ce qui va se discuter au G20, sur fonds de crise financière mondiale, est le mode d’intégration de ces nouveaux-venus au conseil d’administration mondial. Passeront-ils par la porte de la régulation comme l’auraient souhaité les Européens ? Ou par celle de la politique monétaire comme le voudraient les Américains ?


Régulation avant tout



En prenant les devants pour rameuter les grands dirigeants mondiaux à la nécessité de réformer la finance mondiale, le président français, Nicolas Sarkozy, a souhaité qu’on parle d’abord et avant tout de régulation à Washington.



Hedge funds, paradis fiscaux, produits dérivés, titrisation, normes comptables ou encore rémunération des dirigeants. Voilà le menu que voudrait proposer Nicolas Sarkozy.



Les Chinois en semblent convaincus. «L'innovation financière peut aider à développer l'économie, mais la supervision financière est plus importante pour la sécurité du système financier», a déclaré le premier ministre chinois Wen Jiabao, lors du sommet Asie/Europe le 25 octobre dernier.


«Des leçons doivent être tirées de la crise financière, les responsabilités doivent être clarifiées pour les gouvernements, les entreprises et la supervision», a-t-il ajouté.


À ce stade, les États-Unis arrivent au sommet en position de faiblesse. Accusés d’une confiance aveugle dans les marchés et d’un laisser-faire réglementaire qui a conduit à une crise mondiale, ils portent le chapeau de la responsabilité.


Si la régulation venait à dominer le sommet de Washington, les États-Unis y seraient les grands perdants. Au-delà de la crise financière actuelle, le risque d’une trop grande complicité Europe/Asie se traduirait par un repositionnement du pouvoir mondial vers l’Est, les États-Unis étant contraints dans le futur de céder du terrain sur d’autres dossiers tels les changements climatiques ou le commerce mondial.


Bush bifurque


Dans une tentative de rééquilibrer le rapport de force, les États-Unis voudraient donc réorienter le centre des discussions vers les déséquilibres monétaires afin de ne pas être les seuls coupables dans le forum. Ainsi, le secrétaire d’État au Trésor et le président américains sont montés au créneau.


«Avant de discuter des raisons de la crise financière, il faudrait être certains de ses causes. Or, on ne peut pas tout comprendre tant qu’elle n’est pas terminée», a affirmé Henry Paulson.


Selon le tandem Bush-Paulson, les autres coupables sont aussi la Chine, les pays exportateurs de pétrole. Bref, ceux qui accumulent des réserves grâce à une monnaie surévaluée ou parce qu’ils épargnent trop.



De l’avis des Américains, ce sont les flux massifs de capitaux en provenance de ces pays vers des titres adossés à des actifs américains qui ont conduit à la crise financière. Et, quand bien même les marchés étaient peu réglementés, les acheteurs, y compris les acheteurs étrangers,  sont responsables d’avoir négligé l’exercice de diligence et d’évaluation avant d'acheterdes titres à des prix prohibitifs.


Un nouveau rôle pour le FMI


Si l’Amérique parvient à convaincre les pays émergents de la justesse de son analyse, la solution serait que la refonte des institutions internationales passe d’abord et avant tout par une révision du rôle du Fonds monétaire international (FMI). George W Bush dit vouloir un FMI financièrement plus fort et doté d’un pouvoir de rappeller à l’ordre les pays responsables de désordres monétaires.


En clair, en contrepartie d’un pouvoir mondial accru, les pays émergents devront d’abord payer leur droit d’entrée par des contributions au fonds du FMI. Ils devront aussi concéder de soumettre leur politique monétaire au regard critique du FMI, ce qui constitue une part de perte de pouvoir économique individuel.


Cette position stratégique déculpabilise l’Amérique et lui permet de tendre la perche aux pays émergents, passant ainsi de la position défensive à celle de leader d’une refonte du système.


Flou sur les pays émergents


La grande inconnue dans cette équation demeure le jeu stratégique des pays émergents. S’ils souhaitent clairement obtenir la place qui leur revient de par leurs poids économique, les concessions nécessaires pour y parvenir ne sont pas explicites de leur côté. Les dirigeants des pays émergents ont été très peu loquaces à ce sujet.



Quel prix payer pour le ticket d’entrée au FMI ? Peuvent-ils faire aussi partie du «G8» ? Pourtant, c’est de leur priorités dont dépendra l’issue du sommet et la forme que prendra le rééquilibrage mondial du pouvoir économique.


Obama absent



Si les enjeux sont grands, l’issue de cette rencontre risque d’être décevante dans un premier temps. «Je pense que des groupes de travail seront constitués, mais l’absence du nouveau président Barack Obama sera une entrave à l’avancée des travaux », affirme Paul Martin, ancien premier ministre du Canada.


Barack Obama n’assistera pas à ces travaux n’ayant à ce jour pas de rôle officiel avant sa prise de fonctions en janvier prochain.



On le sait favorable à une régulation plus sévère. Mais on lui connait aussi un penchant pour le protectionnisme, facteur qui est a été révélé lors des primaires contre Hillary Clinton. Insistera-t-il autant que George W Bush sur les réalignements monétaires ?



Ce facteur est la deuxième inconnue qui pourrait influencer le résultat final des négociations bien après le sommet de Washington.

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