Environnement : manger local n'est pas toujours bon

Publié le 14/08/2009 à 00:00

Environnement : manger local n'est pas toujours bon

Publié le 14/08/2009 à 00:00

Par François Rochon

On entend de plus en plus parler des vertus environnementales de l'alimentation locale, c'est-à-dire la consommation de produits cultivés à proximité. Le principal argument des défenseurs de ce mouvement est la réduction des gaz à effet de serre (GES) produits par le transport.

Mais devrait-on donner le bon Dieu sans confession aux locavores, expression qui a vu le jour en 2005 dans la région de San Francisco pour désigner ceux qui consomment des aliments cultivés dans un rayon de 160 kilomètres ? Pas nécessairement, répondent deux experts.

" Manger local réduit l'impact du transport sur l'environnement, mais cet impact diffère selon les produits ", explique Manuele Margni, agent de recherche au Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), un organisme fondé par l'École Polytechnique en collaboration avec l'Université de Montréal et HEC Montréal.

" Ce n'est pas parce qu'un aliment est produit ailleurs qu'il a nécessairement plus d'impact sur l'environnement ", affirme Jean-Sébastien Trudel, président d'Ellipsos, une firme-conseil en développement durable.

Un facteur clé, la provenance du produit

Pour tenter d'estimer l'impact du transport sur l'environnement, il faut d'abord se demander d'où vient le produit et par quels moyens il a été transporté. L'avion émet 100 fois plus de GES que le bateau et 10 fois plus que le camion.

Il faut aussi prendre en compte l'importance relative du transport dans le cycle de vie du produit. Le cycle de vie sert à déterminer les impacts environnementaux causés par les émissions polluantes, de l'extraction et la transformation des matières à la fin de vie du produit, en passant par la fabrication, l'emballage, la distribution et l'utilisation.

" Un produit européen venu ici par bateau peut parfois avoir un impact plus faible sur l'environnement qu'un produit du Québec transporté par camion ", explique M. Margni.

Pour avoir l'heure juste, il faut connaître la distance et le moyen de transport entre le lieu de production du produit et le port, en Europe, et le port et le point de distribution final, au Québec.

Il faut aussi tenir compte du volume de la cargaison; plus il y a de barquettes de fraises transportées en même temps, moins chaque barquette produira de GES.

Un autre exemple : on dépense plus de carburant et on produit plus de GES à chauffer les serres de tomates du Québec qu'à transporter par camions des tomates du Mexique. À moins que les serres soient chauffées par la chaleur résiduelle d'une usine.

" Pour l'environnement, il vaut mieux consommer les fruits et légumes en saison, peu importe où ils sont cultivés - sauf peut-être à l'autre bout du monde - et à condition qu'ils ne soient pas transportés par avion ", estime M. Margni.

Une autre faille dans l'argumentaire de ceux qui défendent la consommation d'aliments locaux est le meilleur rendement (kilos par hectare) des cultures américaines à cause de leur plus grande taille et du climat plus chaud. Or, meilleur rendement égale impact environnemental moindre, pourvu que le sol soit cultivé de façon durable. Certaines cultures intensives appauvrissent tellement le sol qu'il ne produit plus rien après quelques années.

Tout cela illustre la complexité de la question et démontre que manger local n'est pas toujours la meilleure option.

Manger bio est-il souhaitable ?

Une autre question se pose : manger bio est-il bon pour l'environnement ?

" La culture d'aliments biologiques requiert en général une plus grande superficie. Le rendement par hectare est donc plus faible, ce qui signifie qu'un kilo d'aliments biologiques produit plus de GES, dit Manuele Margni.

" Si vous voulez vraiment protéger l'environnement, remplacez de temps en temps un repas de viande par un repas de légumes, car la viande produit beaucoup plus de GES que les légumes ", ajoute-t-il

Chose certaine, il est impossible pour les consommateurs d'avoir la certitude qu'ils prennent les meilleures décisions d'achat pour l'environnement : trop d'informations manquent.

Il y a toutefois de l'espoir. " D'ici cinq ans, au Canada, les emballages afficheront la quantité de CO2 émise pour fabriquer et transporter les produits ", prévoit Jean-Sébastien Trudel, d'Ellipsos. En Europe, la chaîne britannique Tesco a déjà adopté cette pratique.

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