Bombardier: des licenciements dans son usine de La Pocatière

Publié le 10/07/2019 à 14:57

Bombardier: des licenciements dans son usine de La Pocatière

Publié le 10/07/2019 à 14:57

Par La Presse Canadienne
Un hangars de Bombardier à Montréal

(Photo: 123RF)

L’usine de Bombardier Transport située à La Pocatière n’échappe aux mauvaises nouvelles annoncées mercredi par l’entreprise puisque le couperet tombera pour une deuxième fois en quelques mois dans le Bas-Saint-Laurent.

Après le départ de 85 employés plus tôt cette année, 87 autres personnes perdront leur gagne-pain au début du mois de septembre en raison de l’achèvement des contrats liés au métro de New York et des trains légers sur rail de Toronto et Edmonton.

Parallèlement, Bombardier a également confirmé que la moitié des 1100 employés de son usine ontarienne de Thunder Bay allaient perdre leur emploi à compter du 4 novembre, faute de nouvelles commandes.

Comme c’est le cas pour La Pocatière, le constructeur de matériel roulant a évoqué la fin prochaine, d’ici la fin de l’année, des contrats pour le tramway de la Commission de transport de Toronto (TTC) et les wagons de Metrolinx GO Transit.

« S’il n’y a pas de commandes, Bombardier se trouve dans une situation, en territoire canadien, où il n’y a pas beaucoup de projets à court terme, a expliqué un porte-parole, Eric Prud’homme, au cours d’un entretien téléphonique. Cela doit être viable. »

À l’heure actuelle, environ 410 personnes travaillent à l’usine de Bombardier Transport située dans le Bas-Saint-Laurent, où il y a déjà eu des mises à pied l’an dernier. On en comptait plus de 1400 au début des années 2000.

Un nouveau contrat entourant la livraison de 153 nouvelles voitures Azur pour le métro de Montréal permettra la poursuite des activités, mais la cadence de production ne s’accélérera qu’au début de la prochaine année. L’entreprise n’a pas voulu dire si cela allait automatiquement se traduire par un rappel des employés mis à pied au cours des derniers mois.

Mercredi après-midi, il n’avait pas été possible de rejoindre un représentant syndical à La Pocatière.

Moins présente

Ces licenciements font en sorte que l’empreinte de Bombardier Transport au Canada continue de s’effriter alors que les nouvelles commandes ne sont pas au rendez-vous.

En plus d’avoir vu les contrats pour la fourniture du matériel roulant du Réseau express métropolitain (REM) et pour la livraison de trains à VIA Rail lui échapper, Bombardier est confrontée à des exigences en matière de contenu local de plus en plus élevées aux États-Unis.

Actuellement, au moins 65 pour cent du coût de tous les composants doivent être fabriqués aux États-Unis et l’assemblage final doit s’effectuer en territoire américain. Le seuil de contenu minimal passera à 70 % dès l’an prochain.

Cela risque, par exemple, d’empêcher les usines canadiennes de Bombardier de profiter d’importants contrats décrochés au sud de la frontière, comme celui de 669 millions $ US à la fin de 2018 auprès du réseau de transport du New Jersey Transit (NJT). Différentes options pourraient faire passer la valeur de l’entente à près de 3,6 milliards $ US.

« À 70 %, c’est le seuil qui fait en sorte que nous n’avons plus aucune chance de réaliser des travaux plus importants qui pouvaient autrefois être réalisés à l’extérieur des États-Unis », a dit M. Prud’homme.

Si Bombardier Transport a du succès en sol américain, où elle vient d’annoncer la construction d’une chaîne de montage en Californie, le portrait semble bien différent pour ses usines canadiennes.

D’après le professeur Karl Moore, du département de gestion de l’Université McGill, les usines de La Pocatière et Thunder Bay risquent de voir leur rôle changer en raison du contexte commercial et de l’absence de nouveaux contrats.

« Elles sont confrontées à un avenir incertain, a-t-il dit. À 70 % (d’exigences de contenu local aux États-Unis), elles pourront peut-être effectuer un peu de travail, mais l’ampleur de la tâche sera moins grande. »

Une querelle et de l’espoir

En Ontario, le gouvernement provincial a offert à Bombardier, le mois dernier, de construire 36 voitures de train GO Transit supplémentaires, mais une entente en bonne et due forme n’a toujours pas été signée.

Ces licenciements à Thunder Bay ont donné lieu à une querelle politique en Ontario, où le gouvernement Ford et Ottawa se sont échangés des critiques.

La ministre fédérale du Travail, Patty Hajdu, a blâmé le gouvernement ontarien en lui reprochant de ne pas avoir tenu parole au sujet d’un contrat promis pour les installations à Thunder Bay.

De son côté, le premier ministre de la province, Doug Ford, a répliqué en affirmant que son gouvernement avait mis sur la table un plan de 28,5 milliards $ destiné au transport collectif de la région de Toronto, ce qui pourrait maintenir la cadence à Thunder Bay.

Le financement fédéral se fait toutefois encore attendre, a-t-il affirmé, depuis Saskatoon, en Saskatchewan, où il participe à la rencontre annuelle du Conseil de la fédération.

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