Bombardier: «c'est la fin d'une époque et c'est extrêmement malheureux»

Publié le 25/06/2019 à 17:50

Bombardier: «c'est la fin d'une époque et c'est extrêmement malheureux»

Publié le 25/06/2019 à 17:50

Par Martin Jolicoeur

Tandis que les marchés accueillent favorablement la vente à Mitsubishi, les employés cachent mal leur déception.

Tandis que les marchés financiers accueillent favorablement la vente à Mitsubishi du programme d’avions régionaux (CRJ) de Bombardier, ses employés québécois cachent mal leur déception.

«C’est la fin d’une époque et c’est extrêmement malheureux, a réagi David Chartrand,coordonnateur québécois du Syndicat des Machinistes depuis Toulouse (en France), où il multiplie les rencontres de travail avec ses homologues d’Airbus.

La question, dit-il, n’était plus de savoir si, mais quand cette vente aurait lieu. «Maintenant que c’est chose faite, il y a lieu de s’inquiéter pour la suite des choses et de l’impact qu’aura cette nouvelle réalité sur l’ensemble de l’industrie aérospatiale québécoise.»

Ce mardi matin (25 juin 2019), Bombardier a annoncé la vente de son programme d’avions régionaux au conglomérat japonais Mitsubishi Heavy Industries (MHI), pour la somme de 550 millions de dollars US. MHI assume également des passifs d’une valeur approximative de 200M$US.  

En vertu de cette entente, MHI fera l’acquisition des activités de maintenance, de soutien, de remise à niveau, de marketing et de vente des avions CRJ, y compris les activités du réseau de service et de soutien. De son côté, Bombardier s’engage à compléter d’ici 18 mois l’assemblage et la livraison des 42 derniers avions régionaux restants à son carnet de commande. 

«C’est plate de voir Bombardier délaisser l’aviation commerciale. Après le Q400, le CSeries, c’est maintenant le CRJ, déplore David Chartrand. Je comprends, c’est certain. Mais en même temps, comme tant d’autres, j’ai de la misère à l’accepter. C’est quand même grâce au CRJ que Bombardier a réussi à se faire une place dans l’industrie de l’aéronautique.»

En 1990, se souvient-il, 2200 personnes travaillaient chez Bombardier. Avec l’aide de l’État,  Bombardier s’était lancé dans le secteur quatre ans plus tôt en rachetant les restes de Canadair, alors en faillite. Rapidement, le CRJ  (pour Canadair Regional Jet) fait boule de neige, les commandes explosent, et dix ans plus tard, la division aéronautique de Bombardier compte 8 500 employés et parvient à livrer un nouvel avion régional à chaque journée et demi.

Alain Bellemare, président de Bombardier, a confirmé ce matin la vente du programme CRJ à la japonaise Mitsubishi.

Ce créneau des avions régionaux de 50 à 100 sièges demeure, mais le CRJ n’a plus la cote. Concentré sur le développement de sa famille d’avions CSeries ces dernières années, la direction de Bombardier a peu à peu cessé d’investir dans son développement, le rendant vulnérable à la concurrence. Tant et si bien qu’aujourd’hui, soutient son vice-président, relations externes, Olivier Marcil, Bombardier en est venu à perdre 2M$ pour chaque appareil vendu (le prix de catalogue du CRJ 900 est de 46,5M$US). 

Tandis que la pdg d’Aéro Montréal, Suzanne Benoit, affirme voir dans cette vente «une formidable opportunité pour la grappe aérospatiale du Québec d’intéresser Mitsubishi à notre savoir-faire», les différents syndicats représentant les employés de l’entreprise québécoise demandent une rencontre au plus vite avec la direction de Mitsubishi. 

« Notre principale préoccupation est de trouver des réponses à nos questions et de travailler pour limiter les dégâts pour nos membres touchés», a déclaré Yvon Paiement, président de la Section locale 712 de l’AIMTA. Pour l’heure, le quart (400) des 1600 employés affectés aux activités du CRJ de Bombardier risquent de se trouver sans emploi dans 18 mois, une fois complétés les 42 derniers CRJ encore à livrer.

Pour éviter leur mise à pied, le syndicat et l’employeur disent espérer un transfert sur d’autres chaînes de montage de Bombardier ou d’Airbus, au Québec. Cherchant à se montrer rassurant, Éric Rancourtagent d’affaires responsable de Bombardier, se réjouit de l’entente de réciprocité négociée en 2018 avec Airbus Canada. «C’est aujourd’hui qu’on mesure son importance. Nos membres qui ne pourront être replacés chez Bombardier pourront probablement être relocalisés du côté d’Airbus.»

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