Bernard Mooney : Avant de se moquer de l'industrie de l'auto...

Publié le 28/05/2009 à 00:00

Bernard Mooney : Avant de se moquer de l'industrie de l'auto...

Publié le 28/05/2009 à 00:00

Tout ce qu'on reproche aux grands constructeurs américains, on peut facilement le reprocher aux papetières canadiennes.

Dans le secteur automobile, les dirigeants de General Motors (GM) et autres constructeurs ont en effet manqué de vision, abusé de leurs actionnaires en s'octroyant des salaires élevés malgré des résultats financiers médiocres, pour finalement demander le secours de l'État.

Par exemple, la rémunération de Rick Wagoner, ancien président du conseil et chef de la direction de GM (il a démissionné le 29 mars), a totalisé 31 millions de dollars américains pour les trois dernières années.

Au cours de cette période, la société a perdu au total 71 milliards de dollars américains. Ce n'est pas une faute de frappe... On parle bien de milliards !

Manque flagrant de vision

Dans l'intervalle, la valeur de l'action ordinaire de GM est passée de plus de 40 à 1,40 $ US récemment.

Avec un passif à long terme de plus de 100 milliards de dollars et un avoir des actionnaires qui a disparu, seul le gouvernement américain peut sauver GM de la faillite. Et encore !

La direction a fait preuve d'un manque flagrant de vision. Elle a été très lente à réagir aux changements importants et très visibles de son secteur, comme la tendance favorisant les voitures moins énergivores.

On pointe un doigt accusateur vers cette situation en se disant qu'il est incroyable d'avoir manqué le bateau à ce point.

Mais les Canadiens ne devraient pas trop se moquer de l'industrie de l'auto, car notre industrie forestière n'a guère fait mieux.

Il est vrai que crise financière et récession ont donné le coup fatal aux papetières. Je pense en particulier à AbitibiBowater, la plus importante société du secteur au Canada, avec 18 000 employés.

Un déclin annoncé

Toutefois, le déclin des papetières était annoncé, et manifeste depuis plusieurs années. En 1989, Stone-Container a offert 2,6 milliards de dollars pour acheter Consolidated-Bathurst. Power Corporation, qui détenait 40 % de cette dernière, s'est empressée de vendre ses actions. À deux fois et demie la valeur comptable de la société, le prix était alléchant.

Mais Power avait une motivation plus importante que le prix. Elle avait échoué dans sa tentative de créer une mégapapetière (par un projet de fusion avec Domtar), regroupement qu'elle voyait comme essentiel pour survivre dans ce secteur.

L'industrie venait de connaître de bonnes années, mais déjà on prévoyait des jours plus sombres. Vingt ans plus tard, on se rend compte que, si les principaux acteurs avaient eu de la vision, ils auraient considéré le projet de Power avec sérieux.

Depuis 2000, de nombreuses sociétés forestières n'affichent plus de bénéfices, à l'exception des producteurs de bois, qui ont profité du boom immobilier américain.

Au fil des ans, les papetières ont adopté différentes mesures, mais trop timides (comme la fusion de Bowater et d'Abitibi, en octobre 2007). C'était trop peu, trop tard. Ces mesures n'ont pas ciblé de façon précise des problèmes comme la surcapacité chronique, la hausse des coûts et l'enflure des organigrammes (AbitibiBowater compte plus de 40 vice-présidents, par exemple).

Il faut admettre que les contraintes inhérentes à cette industrie (comme les aspects politiques liés aux droits de coupe) compliquent les tentatives de rationalisation.

Par contre, lorsqu'on entrevoit réellement un désastre, on doit, au nom de ses actionnaires, agir de façon dynamique, voire radicale, pour éviter le pire.

Des dirigeants fortunés

Cela n'a pas été fait. Par manque de vision, par manque de courage, ou les deux.

Le déclin des entreprises et l'appauvrissement des actionnaires n'ont pas empêché les dirigeants de s'enrichir. Par exemple, John Weaver, ex-président du conseil d'AbitibiBowater, a empoché au total 11 millions de dollars américains (M$ US) pour 2007 et 2008 (il a pris sa retraite le 1er juillet).

Les cinq principaux dirigeants de la papetière ont gagné au total de 14,3 M$ US pour 2007 et 2008, soit 1,4 M$ US en moyenne chacun par an. Au cours de ces deux années, la société a perdu 2,7 milliards de dollars américains. Et la valeur de l'action est passée de plus de 37 $, en 2007, à presque zéro, actuellement !

Et bien sûr, AbibitiBowater, en restructuration, comme d'autres papetières et comme l'industrie de l'automobile, demande l'aide de l'État pour rester en vie.

Les papetières ont pris des mesures trop timides, qui n'ont pas ciblé de façon précise des problèmes comme la hausse des coûts.

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