Ce ne sont pas les entreprises qui ferment les usines, ce sont les clients

Publié le 05/02/2011 à 00:00, mis à jour le 18/10/2013 à 09:17

Ce ne sont pas les entreprises qui ferment les usines, ce sont les clients

Publié le 05/02/2011 à 00:00, mis à jour le 18/10/2013 à 09:17

Par Diane Bérard

Crédit: Bloomberg

Xavier Fontanet est un des plus célèbres pdg français. Il a dirigé Essilor, une multinationale de la lunetterie comptant 40 000 employés dans 50 pays, pendant 14 ans, de 1996 à 2010. Et il a jugé nécessaire de prendre la plume pour défendre la mondialisation, la libre entreprise et l'entrepreneuriat. Son livre Si on faisait confiance aux entrepreneurs, publié aux éditions Les Belles Lettres / Manitoba, à la fin de 2010, est un véritable brûlot.

L'auteur a même démarré un blogue (sionfaisaitconfianceauxentrepreneurs.com) pour poursuivre le dialogue. Nous avons joint le président du conseil d'Essilor à ses bureaux de Paris, de retour d'un séjour en Inde où il a rencontré ses partenaires.

Diane Bérard - Pourquoi faut-il faire confiance aux entrepreneurs ?

Xavier Fontanet - Parce qu'ils sont les seuls à pouvoir nous permettre de bien vivre la mondialisation. On ne peut pas compter sur les États pour nous tirer d'affaire, ils sont très endettés et ils ont une montagne de réformes à implanter.

D.B. - Comment la confiance se bâtit-elle ?

X.F. - Elle repose sur trois piliers : la confiance dans les autres, la confiance en soi et la confiance dans le système, qui s'incarne dans la stratégie. Dès que l'un de ces piliers s'affaiblit, la méfiance s'installe. Une mauvaise stratégie mise en oeuvre par des dirigeants animés de bonnes intentions se révèle aussi néfaste qu'une bonne stratégie établie par une équipe de direction manipulatrice.

D.B. - Pourquoi la confiance a-t-elle disparu ?

X.F. - À cause de la financiarisation des entreprises. Les pdg sont devenus des financiers plutôt que des chefs, ils se comportent en mercenaires et jouent avec les entreprises.

D.B. - Parlez-nous de notre nouveau rapport au temps.

X.F. - On a pensé le contrôler, nier son passage. Il prend sa revanche. Dans notre vie privée, on refuse de vieillir. Au travail, on pense tout accomplir en un trimestre. La financiarisation est à la finance ce que la chirurgie esthétique est à la cosmétique. Dans les deux cas, nous sommes allés trop loin.

D.B. - Vous affirmez que " l'économie de marché n'est pas une jungle, si on s'adapte ". Que faites-vous de ceux qui n'ont pas les ressources pour s'adapter ?

X.F. - Cette catégorie compte très peu de gens. À part ceux qui sont lourdement handicapés et accidentés ou qui souffrent de maladies graves, la majorité d'entre nous peut travailler. L'économie de marché n'est pas facile, certes, mais je la préfère à un système qui tue l'initiative. Essilor a acquis des sociétés en Europe de l'Est tout de suite après la chute du mur; j'y ai vu des hommes et des femmes détruits à qui l'État avait enlevé tout esprit combatif.

D.B. - Parmi les champions de l'adaptation, vous citez le Canada. Pourquoi ?

X.F. - Je trouve exemplaire la façon dont le gouvernement Chrétien s'est attaqué à la dette, il y a 20 ans, ainsi qu'à la taille de l'État. En cinq ans, vous avez réduit le coût de l'État de 19 %. La Nouvelle-Zélande est aussi un cas exemplaire. Si seulement le gouvernement français pouvait s'attaquer à sa sphère publique.

D.B. - Comme manufacturier, vous réclamez le droit de produire où vous voulez, puisque l'acheteur est libre d'acheter où bon lui plaît. N'est-ce pas un peu fort ?

X.F. - Pas du tout. Je me souviens de ce chef syndical qui portait des lunettes en plastique. " C'est mon droit ! " m'a-t-il déclaré. " Bien sûr. Et c'est le mien de fermer notre usine de verres minéraux, parce que les clients comme vous préfèrent les verres en plastique ", lui ai-je répondu. Ce ne sont pas les entreprises qui ferment les usines, ce sont les clients. Soyons cohérents ! On ne peut pas être capitaliste du bras droit, celui qui achète, et communiste du bras gauche, celui qui travaille.

D.B. - Vous n'avez que des éloges pour la mondialisation, comme si le choc culturel n'existait pas. Pourtant, de nombreux entrepreneurs s'y cassent les dents.

X.F. - C'est qu'ils sont trop brutaux. On n'achète pas une entreprise étrangère en quelques semaines. Avec toutes celles que nous achetons - en moyenne deux par mois -, nous entretenons des relations depuis des années déjà.

D.B. - On ne protège pas assez les entreprises, dites-vous. Faut-il accorder davantage de subventions ?

X.F. - Surtout pas ! Accorder des subventions tue les entreprises, on ne fait que prolonger des situations qui devraient cesser. Outre l'argent, c'est la flexibilité dont les entrepreneurs ont réellement besoin. Ne nous empêchez pas de licencier, sinon nos coûts deviendront trop élevés et ils mettront nos capitaux propres en péril.

D.B. - L'entreprise qui réussit a transformé le travail de ses salariés en métier, dites-vous. Comment y arriver ?

X.F. - Le travail est répétitif et substituable, alors qu'un métier est un ensemble complet de tâches qui comportent un savoir-faire. Vous placez des ordinateurs sur vos équipements de production, vous variez les pièces qu'un ouvrier produit, vous lui demandez de gérer ses stocks. C'est ainsi qu'on transforme un travail en métier.

D.B. - Vous en voulez à la gauche, parce qu'elle a " détruit le sens des mots et s'est approprié le monopole du coeur ". Expliquez.

X.F. - La gauche a commencé à jouer avec les mots en mai 68. Prenez le terme " justice " : pour la moitié des Français, cela évoque l'application de la loi et, pour l'autre, c'est s'assurer que tout le monde est égal. Mitterrand s'est montré habile : puisque Giscard parlait d'efficacité, il a affirmé " je suis différent, je suis généreux, j'ai du coeur ". Ainsi, la gauche s'est attribué le monopole du coeur. Mais, être généreux avec l'argent des autres, est-ce vraiment de la générosité ? Lorsqu'un homme de gauche parle de justice fiscale, il moralise le vol.


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