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Vérification: une ministre libérale a-t-elle dépensé 350 000 $?

La Presse Canadienne|Mis à jour le 26 avril 2024

Vérification: une ministre libérale a-t-elle dépensé 350 000 $?

Le coût total des travaux a bien atteint 350 000 $, mais la majorité de ce montant n’est pas due à des rénovations. (Photo: 123RF)

Si une personne dit qu’il pleut et une autre dit qu’il fait beau, le travail journalistique ne consiste pas à citer l’une et l’autre, mais bien à regarder par la fenêtre.

Dans cette rubrique, La Presse Canadienne examine des déclarations de partis politiques en campagne électorale et regarde par la fenêtre pour vous.

 

La citation

La semaine dernière, le Parti conservateur (PCC) a lancé une vidéo publicitaire accusant les libéraux de faire des dépenses inutiles pour leur avantage personnel. En voici un extrait:

«Jean-Yves Duclos, ministre de Justin Trudeau, a approuvé un montant de 350 000 $ provenant directement de vos poches pour qu’un collègue puisse rénover son bureau. Les libéraux de Justin Trudeau utilisent l’argent des contribuables pour vivre comme la royauté, juste au moment où des centaines de milliers de Canadiens perdaient leur emploi en pleine pandémie.» ― Publicité du PCC, 26 août 2021

 

Les faits

Le chiffre de 350 000 $ provient d’une demande d’accès à l’information faite par un député conservateur auprès du Secrétariat du Conseil du Trésor (SCT). Le bureau dont il est question est celui de la ministre du Gouvernement numérique, Joyce Murray, et de son personnel.

Quand on examine le document complet, on se rend compte que seulement le tiers de l’argent (environ 119 000 $) a servi à des rénovations. La majorité de l’argent restant (environ 235 000 $) a été utilisé pour d’«autres dépenses».

Questionné à ce sujet, le SCT a indiqué par courriel que comme le ministère du Gouvernement numérique est encore nouveau (il a été créé en novembre 2019), «des bureaux ministériels existants n’étaient pas disponibles» pour le cabinet de Mme Murray. Il a donc fallu aménager de nouveaux locaux dans un nouvel immeuble.

Le SCT a expliqué le montant des «autres dépenses» par la mise en place d’un système de sécurité, incluant des «cartes d’accès à l’immeuble», des «caméras de sécurité», des «alarmes» et un «système informatique» sécurisé. Il a aussi cité, entre autres, des «réparations des murs mitoyens» et du «nettoyage supplémentaire» après les rénovations.

Bien qu’une partie des rénovations ait eu lieu durant la pandémie, les travaux ont commencé en décembre 2019, soit trois mois avant le début du confinement.

Ce n’est pas la première fois qu’un parlementaire est critiqué pour ce genre de dépenses. Les ministres libéraux Amarjeet Sohi et Patty Hajdu avaient été interpellés en 2016 pour avoir approuvé des dépenses de 835 000 $ et 1,1 million $, respectivement, pour de nouveaux bureaux.

Chez les conservateurs, le ministre adjoint Robert Fonberg avait approuvé en 2011 des dépenses de 375 000 $ pour rénover un bureau déjà existant, avait à l’époque révélé CBC News.

 

L’avis des experts

De la demi-douzaine d’entrepreneurs québécois contactés par La Presse Canadienne, aucun n’a souhaité s’avancer sur la légitimité de telles dépenses, faute d’information suffisante. Plusieurs ont cité la taille des locaux, le nombre d’employés dans le bureau et les services de spécialistes, comme un électricien, un plombier ou un architecte, comme facteurs qui peuvent faire grimper le montant de la facture.

 

Ce qu’on a vu par la fenêtre

Le coût total des travaux a bien atteint 350 000 $, mais la majorité de ce montant n’est pas due à des rénovations.

Bien qu’il soit possible qu’il y ait eu des dépenses exagérées, ce n’est pas certain, et il est peut-être un peu tôt pour dire que la ministre Murray vit «comme la royauté».

Pour pouvoir arriver à une telle conclusion, il faudrait se pencher sur les détails concrets des contrats, ainsi que sur l’état original des locaux.