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Santé mentale en entreprise: conseils pratiques

Anne-Marie Tremblay|Édition de janvier 2021

Santé mentale en entreprise: conseils pratiques

Les entreprises sont invitées à valider l’impact de leurs actions régulièrement, dans un effort d’amélioration continue. (Photo: 123RF)

SANTÉ DES EMPLOYÉS. La pandémie a grandement affecté la santé, notamment mentale, des employés. Il existe cependant des façons concrètes d’agir sur les différents facteurs de risques liés au travail, font valoir les spécialistes.

Les nouvelles règles sanitaires et le télétravail forcé sont venus exacerber plusieurs facteurs de risques psychosociaux déjà présents dans les milieux de travail, note Caroline Biron, professeure à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval et directrice du Centre d’expertise en gestion de la santé et de la sécurité du travail. « On sait depuis longtemps que ces différents risques, comme la surcharge de travail, portent atteinte à la santé mentale des travailleurs, et ils sont toujours présents en contexte de pandémie. »

Confinés à distance, les employés ont effectivement croulé sous le travail, en plus de devoir composer avec les aléas de la technologie et la multiplication des réunions, illustre-t-elle. Pour protéger leur santé, les gestionnaires ont tout avantage à revoir les tâches de chacun afin d’éliminer la surcharge, par exemple en simplifiant des procédures qui sont « inutilement » complexes. « On peut aussi diminuer les couches de bureaucratie, essayer d’épurer », pointe la chercheuse. Elle rappelle qu’un travail est composé non seulement de la somme de tâches à accomplir, mais aussi des difficultés qu’il faut surmonter pour y arriver. « Et, avec le télétravail, les gestionnaires sont encore moins au courant de toutes les embûches que chaque employé peut rencontrer. »

Les gestionnaires doivent également éviter de tomber dans le piège de la surveillance à outrance, alors que le « manque d’autonomie augmente les risques en matière de la santé mentale », souligne Caroline Biron. À l’inverse, elle suggère de bien les outiller en matière de reconnaissance, afin qu’ils puissent souligner les bons coups de leurs employés, tout autant que leurs efforts et leur persévérance. Et ainsi prendre en compte un autre élément crucial en matière de prévention.

 

Miser sur les relations

La santé au travail englobe le bien-être physique, psychologique, social, et même spirituel – le sens que l’on trouve à son travail – selon certaines définitions. « Tout l’aspect relationnel est donc majeur, tant avec ses collègues qu’avec son patron », indique Dr Mario Messier, directeur scientifique du Groupe entreprises en santé.

D’où l’importance de stimuler, même virtuellement, les rencontres au sein de l’entreprise. « Malgré la multitude de réunions qu’on peut avoir, il faut créer des contacts individuels ; un petit coup de fil pour vérifier si tout va bien, si la personne a besoin d’aide, par exemple », conseille Caroline Biron. Un réflexe développé au début de la pandémie qu’il faut maintenir tant que la crise se prolonge, ajoute-t-elle.

De son côté, la conseillère en ressources humaines agréée (CRHA) et psychologue industrielle au Groupe Conseil SCO Ghislaine Labelle suggère de mettre sur pied des groupes d’entraide entre collègues, ou même de jumeler certains travailleurs pour qu’ils puissent collaborer. En plus de cette manière de briser l’isolement, les gestionnaires pourraient ajouter des questions de santé psychologique à l’ordre du jour des réunions d’équipe. « Cela permet d’aborder non seulement ce qui va bien, mais aussi ce qui va moins bien et ce qu’on peut faire pour améliorer le tout », explique-t-elle.

Le fait d’aborder ouvertement la santé psychologique permet également de légitimer les besoins des travailleurs et montre l’ouverture de l’organisation pour trouver des solutions afin de les combler, note Ghislaine Labelle.

 

Une marche à suivre

Toute démarche pour améliorer la santé des travailleurs commence par le fait de sonder ses troupes pour comprendre leurs besoins réels, affirme Dr Mario Messier. « Il faut prendre le temps de demander aux employés ce dont ils ont besoin et de trouver des façons d’impliquer tout le monde. En boutade, je dis aux gestionnaires qu’il faut se connecter sur sa WIIFM, ce qui signifie “What’s in it for me ?” [Qu’est-ce que cela va m’apporter?]. »

« Groupe entreprises en santé propose une démarche qui permet de faire les premiers pas en matière de santé en entreprise, avec différentes étapes et exigences », précise Dr Messier. Par exemple, en plus d’identifier les bonnes mesures à mettre en place, les organisations doivent également nommer une personne responsable et développer un plan structuré avec des objectifs, des budgets et un plan de communication. Passer en revue ses pratiques de gestion, comme la reconnaissance, l’autonomie accordée ou la conciliation travail-famille, s’avère tout aussi important pour s’assurer d’offrir un climat de travail sain, ajoute-t-il.

Les entreprises également sont invitées à valider l’impact de leurs actions régulièrement, dans un effort d’amélioration continue. Une marche à suivre fort utile pour s’assurer que ces mesures de prévention et de promotion en santé auront des résultats réels, souligne le directeur scientifique.

« Nous avons évalué que les coûts directs et indirects des enjeux la santé [comme le présentéisme ou les primes d’assurances collectives] représente en moyenne 23 % de la masse salariale des organisations », indique-t-il. Le jeu en vaut donc la chandelle, non seulement pour les travailleurs, mais aussi pour les employeurs.