Logo - Les Affaires
Logo - Les Affaires
  • Accueil
  • |
  • L’entreprise Paper veut démocratiser le tutorat

L’entreprise Paper veut démocratiser le tutorat

Karl Moore|Mis à jour le 11 avril 2024

L’entreprise Paper veut démocratiser le tutorat

«Faire payer les familles des élèves ne correspond pas à nos valeurs», raconte le PDG de Paper, Philip Cutler.

BLOGUE INVITÉ. Pour gommer le fossé d’apprentissage créé par les inégalités sociodémographiques entre les étudiants, notamment au Québec, la PME montréalaise Paper compte bien révolutionner le recours au tutorat. Un geste qui contribue, il va sans dire, à créer une économie plus solide.

Tout au long de sa carrière d’enseignant et lors de son parcours en sciences de l’éducation à l’Université McGill, Philip Cutler, le PDG de l’entreprise, a été aux premières loges pour en palper les conséquences. Après avoir analysé le marché des technologies de l’éducation, il a remarqué qu’aucune solution commerciale ne pouvait servir équitablement et adéquatement chaque élève. C’est pourquoi il a cofondé, avec Roberto Cipriani, Paper.

Ce qui le distingue des autres fournisseurs d’outils pédagogiques illimités, c’est sa réticence à cibler directement les consommateurs — le modèle commercial le plus courant dans le secteur.

«Faire payer les familles des élèves ne correspond pas à nos valeurs, indique Philip Cutler. Nous ne retiendrons pas ce modèle parce qu’il accroît les écarts d’opportunités. »

Ce ne sont pas les élèves, leur famille, ou même les enseignants qui doivent régler la facture pour user de ce service, mais plutôt les centres de service scolaire. Ainsi, Paper fait le pari qu’elle pourra augmenter l’égalité des chances de tous les apprenants.

Basée à Montréal, la plateforme de soutien scolaire a une forte présence aux États-Unis , notamment sur la côte californienne. Avec plus de 2 000 tuteurs professionnels, dont plus de 3 000 sont québécois, elle touche près de 2,5 millions d’élèves de tous les niveaux dans plus de 200 matières à travers l’Amérique du Nord. Ses services s’offrent en anglais, français, espagnol et mandarin.

L’équipe de tuteurs est composée d’étudiants de niveaux collégial et universitaire, de doctorants et d’enseignants soucieux de poursuivre leur apprentissage et leur développement professionnel. Lorsqu’ils ne sont pas au travail, les tuteurs passent en revue les sessions des autres tuteurs afin de leur fournir de la rétroaction.

 

L’ère de l’enseignement numérique

Tout porte à croire que les perturbations causées par la pandémie de COVID-19 ont aggravé les inégalités préexistantes dans le cadre de l’apprentissage à distance. Le besoin de soutien scolaire a atteint un niveau record alors que les écarts d’apprentissage se creusent.

Le marché mondial du soutien scolaire privé a grimpé en flèche depuis la reprise postpandémie et devrait atteindre 218,1 milliards de dollars américains en 2027, soit une augmentation de 76 % depuis 2020, selon ReportLinker.

Alors que les étudiants sont de retour sur les campus, les problèmes d’accès aux ordinateurs portables, à Internet et aux autres appareils disponibles avant mars 2020 persistent.

«Avant la pandémie, environ 60 % des districts scolaires aux États-Unis fournissaient des appareils à leurs élèves, précise Philip Cutler. Aujourd’hui, ce nombre est d’environ 99 %».

Cependant, les autorités provinciales canadiennes en matière d’éducation tardent à suivre l’exemple des États-Unis en investissant à grande échelle dans le tutorat pour lutter contre la perte d’apprentissage depuis le début de la pandémie.

La Commission scolaire English-Montréal (CSEM) ne fournit des ordinateurs portables et autres appareils numériques qu’aux élèves qui prouvent qu’ils en ont besoin, selon le PDG.

Cela perpétue l’inégalité de l’éducation dans le système scolaire.

«Comment pouvez-vous prendre des décisions en supposant que certains enfants peuvent ou non avoir un appareil? demande-t-il. Vous ne pourrez pas adopter une solution comme Paper tant que vous ne vous engagerez pas à dire que nos élèves ont besoin de technologie, et la réalité montre qu’ils en ont besoin.»

Désormais, l’entreprise cherche à se développer au-delà de la solution de tutorat et pousse à la diversification de son produit. Les nouvelles offres pour l’année scolaire 2022-2023 comprennent Paper Math, College & Career Support, et PaperLive — un nouveau service de diffusion vidéo qui fournit gratuitement des programmes parascolaires à tout étudiant sur la plateforme.

L’accès équitable à l’éducation sous-tend la participation à l’économie. Si nous aspirons à une société plus équilibrée et plus inclusive, l’accès à grande échelle au soutien scolaire doit être une priorité absolue.

 

 

Karl Moore et Stéphanie Ricci. Karl est professeur associé à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill. Stéphanie est diplômée en journalisme et en sociologie de l’Université Concordia.