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Le dilemme de l’innovateur à l’ère du télétravail

Francis Gosselin|Mis à jour le 11 avril 2024

Le dilemme de l’innovateur à l’ère du télétravail

(Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Ceux qui, comme moi, s’intéressent à l’innovation et à la transformation des organisations connaissent par coeur les travaux de Clayton Christensen, l’un des auteurs en management les plus marquants de la fin du siècle dernier.

Dans «Le dilemme de l’innovateur», Christensen relate comment, dans le domaine des disques durs, chaque nouvelle génération d’appareils venait carrément remplacer la précédente. Cette «destruction créative», en quelque sorte, part de la prémisse qu’au moment de sa création, toute innovation est potentiellement moins efficace que la norme de l’industrie. Par le raffinement, l’amélioration marginale et les effets de volume, la nouveauté a toutefois le potentiel de dépasser et de remplacer les technologies précédentes.

Pour y parvenir, il faut s’y dédier pleinement et accepter, notamment, d’abandonner certaines pratiques qui appartiennent au passé. Le « dilemme de l’innovateur » consiste à investir dans des technologies qui sont, dans l’immédiat, moins efficaces, afin d’en percevoir les bénéfices futurs. C’est la raison pour laquelle, écrit Christensen, cela se fait souvent en dehors des organisations, par la création de startups ou d’initiatives séparées.

 

Le télétravail, une technologie disruptive?

Pour beaucoup d’organisations, le passage vers le télétravail – un mode d’organisation distribué dans l’espace, et parfois aussi dans le temps – occasionne une véritable baisse de productivité.

Les difficultés de coordination qui découlent d’une communication parfois appauvrie (en raison d’outils souvent déficients), les enjeux d’engagement qui émergent d’un trop faible attachement entre les individus, et les défis de livrer produits et services suivant des processus partiellement asynchrones sont autant de tares du télétravail, qui limite la volonté des organisations de s’y plonger.

Or les organisations qui s’y sont mis pleinement ont, à la manière des «challengers» de Christensen, appris à fonctionner de cette façon. Elles ont adopté et développé des outils et processus, elles ont fait évoluer, recruté et appris à coordonner leur personnel qualifié de façon à ce que chacun(e) en retire plus de liberté, d’efficacité et de créativité.

À la manière des «technologies aux mérites inconnus» décrites par l’économiste Robin Cowan, c’est en adoptant massivement et sérieusement le télétravail que celui-ci trouve sa véritable valeur. On n’en connaît le mérite que lorsqu’on s’y dédie entièrement.

De la même manière que, comme le veut l’adage, «l’appétit vient en mangeant», les entreprises qui investissent dans des dispositifs de travail à distance s’en trouveront, à terme, gagnantes. Même si cela a un coût immédiat, il importe donc de garder un œil sur les perspectives d’augmentation de la productivité à long terme.

Vu la crise sanitaire actuelle, beaucoup d’organisations, dont notre équipe chez SAGE, se voient en quelque sorte obligées de recourir à différentes formes de distanciation sociale, dont le télétravail est l’une des parties importantes.

Plutôt que d’attendre que «cela passe», comme beaucoup semblent le faire, peut-être est-il temps d’investir et d’engager massivement nos employés à explorer les avantages, les limites et les mécanismes qui peuvent faire du télétravail une source de productivité et d’avantage concurrentiel durable.

Faisant contre mauvaise fortune bonne guerre, les entreprises québécoises ont tout à gagner de prendre de virage, et de voir dans ce choc majeur de nos économies une opportunité.