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Gaspillage alimentaire: le Québec est-il le bon élève du Canada?

Éliane Brisebois|Mis à jour le 11 avril 2024

Gaspillage alimentaire: le Québec est-il le bon élève du Canada?

Au Québec, 47% des aliments comestibles gaspillés et 27% des parties non comestibles associées sont envoyés à l’enfouissement. (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Enfin des chiffres sur le gaspillage alimentaire au Québec! Sur l’ensemble des intrants du système alimentaire de la province, 59% sont consommés. Le reste constitue des «résidus alimentaires», nous apprend une étude de Recyc-Québec rendue publique le 15 juin dernier. 

Ces derniers sont séparés en deux catégories: les «aliments comestibles perdus ou gaspillés» (39% des résidus) et les «parties non comestibles associées» (61%), que sont par exemple les os, pelures, écailles, etc. Ainsi, 16% des aliments entrants dans le système alimentaire québécois finissent par être gaspillés. 

L’étude de 2019 de Value Chain Management International (VCMI), qui a aussi réalisé la toute récente étude de Recyc-Québec, a dévoilé qu’à l’échelle canadienne, cette valeur s’élèverait plutôt à 32% (The avoidable crisis of food waste : Technical report). 

Le Québec ne fait sûrement pas meilleure figure que le Canada dans son ensemble. Avec des estimations «prudentes», souligne le rapport de Recyc-Québec, et des méthodes employées pour les études qui diffèrent, on peut imaginer que la réalité se situe quelque part entre les deux. 

Dans un cas comme dans l’autre, on parle de millions de tonnes d’aliments gaspillés et de graves conséquences sur l’environnement, avec d’énormes quantités d’eau, de surfaces de terres, d’intrants agricoles et d’énergie gaspillées du même coup; sans oublier les répercussions du transport du champ à l’assiette. 

De plus, au Québec, 47% des aliments comestibles gaspillés et 27% des parties non comestibles associées sont envoyés à l’enfouissement. Il y a donc encore beaucoup de travail à faire de ce côté pour atteindre les cibles fixées en 2020 par le gouvernement du Québec dans sa stratégie de valorisation de la matière organique, à savoir de réduire les émissions de GES associées aux déchets et de «recycler ou valoriser 70% de la matière organique visée en 2030». 

Pour chaque tonne de résidus alimentaires enfouie au lieu d’être réemployée en alimentation humaine ou animale ou compostée, par exemple, 0,18 tonne d’équivalent CO2 de plus est émise. 

Les résidus alimentaires sont responsables de 39% des émissions annuelles d’équivalent CO2 liées au système alimentaire québécois (excluant l’alcool et les exportations alimentaires). 

Même s’ils ne représentent que 13% des aliments gaspillés, les viandes et volailles sont responsables de 59% des émissions de CO2 associées au gaspillage alimentaire, leur empreinte carbone étant plus élevée que celle des autres catégories d’aliments. 

En présentant ces données, l’étude de Recyc-Québec dresse un portrait de la situation qui servira, espérons-le, à orienter les actions de l’ensemble des acteurs du système alimentaire pour réduire les impacts environnementaux de leurs activités. 

De telles données sont essentielles pour assurer un suivi rigoureux de l’atteinte de cibles de réduction, comme celles fixées par la Ville de Montréal dans le Plan directeur de gestion des matières résiduelles de l’agglomération de Montréal 2020-2025. Encore faut-il que ces données existent et qu’on dépasse le stade de l’estimation.

L’étude souligne en effet que les répondants de l’industrie ne mesurent pas ou peu les résidus alimentaires: «les meilleures pratiques ont lieu dans les secteurs de la distribution, du commerce de détail et des HRI qui utilisent le balayage des codes-barres pour repérer où se produisent les pertes et gaspillages. Ce niveau de suivi est l’exception et non la règle.» 

Ce résultat est en adéquation avec ceux d’une étude sur le gaspillage alimentaire que le professeur René Audet et moi-même avons menée en 2018. Plusieurs représentants du milieu du commerce de détail alimentaire québécois nous avaient raconté ne collecter aucune information sur les aliments qu’ils retiraient des rayons, car ils ne voyaient pas «la plus-value de le faire» ou parce que «c’est beaucoup de gestion».

Cependant, comme le met de l’avant l’étude de Recyc-Québec, «en surveillant davantage leurs opérations et en mettant davantage en œuvre des pratiques d’amélioration continue, une grande partie de l’industrie alimentaire du Québec pourrait saisir les occasions manquées d’améliorer son rendement et, par conséquent, remédier aux inefficacités liées aux résidus alimentaires». Le portefeuille de ces entreprises et l’environnement les remercieront d’adopter ces nouvelles pratiques.