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Fabriquer des dispositifs médicaux au Québec

Le courrier des lecteurs|Mis à jour le 11 avril 2024

Fabriquer des dispositifs médicaux au Québec

(Photo: 123RF)

Un texte de  Louis-Philippe Caron, ing., étudiant au certificat en gestion de l’innovation à École de technologie supérieure (ÉTS) et Stéphane Lacharité, enseignant au certificat en gestion de l’innovation, ÉTS.

 

Le secteur des technologies médicales (Medtech) est stratégique pour l’économie du Québec, en plus de représenter un potentiel immense pour améliorer les services de santé offerts à la population. Créateur d’emplois et d’innovations, ce secteur compte parmi les piliers de la Stratégie québécoise de recherche et d’innovation du Québec (SQRI2), qui vise à faire de notre province l’une des sociétés les plus innovantes et créatives du monde.

Plusieurs programmes sont en place pour réaliser cette ambition, tandis que des maillages ont été établis pour faciliter la création de technologies innovantes, notamment en accélérant le développement, le transfert et la commercialisation des innovations issues de la recherche publique.

Nous pourrions toutefois pousser l’audace un peu plus loin pour appuyer cette vision, en incitant nos entreprises du secteur des Medtech à fabriquer au Québec — ou au Canada — les dispositifs médicaux qu’elles ont créés, comme le font leurs concurrentes aux ÉtatsUnis.

Qu’est-ce qui nous freine? En premier lieu, le niveau de maturité des PME qui conçoivent nos technologies médicales. En effet, la plupart des PME de ce secteur sont de jeunes pousses, dont le plan commercial n’est pas suffisamment abouti. Cette situation rebute nos manufacturiers. Il faudrait donc se pencher davantage sur les plans de commercialisation de ces PME, car nos manufacturiers sont hésitants à conclure des affaires avec des clients incapables de leur garantir un volume de commandes. Et comme il y a peu — ou pas — de sous-traitants en mesure de le faire au Québec, ces PME doivent se résigner à se tourner vers l’étranger pour assurer la production.Or, les programmes d’aide financière ne tiennent pas toujours compte de cette réalité; certains pénalisent même les PME qui doivent s’approvisionner à l’étranger.

Quelques pistes de solution

Il suffirait de quelques mesures pour changer la donne. Nous pourrions veiller à ce que les critères d’évaluation des programmes de financement tiennent non seulement compte du potentiel commercial du produit, mais aussi du système d’affaires de l’entreprise qui le développe. En réfléchissant mieux à leur modèle de profit, à leur réseau d’affaires et à leur structure organisationnelle, les entrepreneurs — dont plusieurs proviennent du domaine scientifique — pourraient bâtir des modèles d’affaires plus viables et attractifs pour nos manufacturiers.

Nous pensons qu’il serait aussi profitable de soutenir les entreprises qui s’engagent dans le processus de certification à la norme ISO 13485, un passage obligé pour quiconque veut fabriquer des dispositifs médicaux. Bien que des services-conseils soient offerts par des firmes privées, des programmes publics pourraient soutenir les PME durant cette étape incontournable.

Ensuite, nous proposons de créer des maillages entre nos secteurs économiques. C’est bien connu, les manufacturiers du secteur aéronautique sont particulièrement sensibles aux cycles économiques et aux crises comme celle que nous avons connue lors de la pandémie.Nous pourrions les encourager à diversifier leur marché en se lançant dans la fabrication de dispositifs médicaux, tout comme l’ont fait certaines entreprises locales lors de la pénurie de masques et d’équipements de protection individuelle au début de la pandémie.

Certains secteurs partagent des méthodes de fabrication semblables aux entreprises en technologies médicales, en plus de se conformer à des normes comparables en matière de gestion de la qualité et des risques. Bref, nous aurions intérêt à soutenir les manufacturiers qui comptent s’investir dans le secteur des technologies médicales, à favoriser les ponts entre les principaux consortiums stratégiques de l’économie québécoise et à renforcer les partenariats industriels par des programmes de financement. C’est en fabriquant chez nous des dispositifs médicaux qui ont été créés au Québec que nous serons en mesure de relever les grands défis collectifs et d’en partager les fruits avec l’ensemble de la population.