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Jean Sasseville

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Jean Sasseville

Expert(e) invité(e)

Deux pays champions de l’habitation

Jean Sasseville|Mis à jour le 11 avril 2024

Deux pays champions de l’habitation

Le maire Bruno Marchand se dit convaincu que le modèle finlandais de lutte contre l'itinérance peut donner des résultats au Québec. Il préside un comité sur l’itinérance au sein de l’Union des municipalités du Québec. (Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. La Finlande est le pays qui a le mieux réussi à régler l’itinérance, passant de 36 000 à 3000 en dix ans. La Nouvelle-Zélande a quant à elle modifié ses règles de zonage pour augmenter l’offre de logements et ainsi dompter les hausses des prix et des loyers.

 

Les itinérants veulent des logements normaux

Dans un contexte de crise économique profonde au tournant des années 1990, la Finlande a décidé d’éliminer tout contrôle de loyers. L’offre des loyers a augmenté et il n’y a plus de pénurie de logements.

Cette déréglementation a été accompagnée d’aide massive aux ménages les plus vulnérables. La Finlande se classe ainsi au second rang des pays de l’OCDE en termes de dépenses consacrées aux allocations de logement. Son parc de logements sociaux représente 10% de l’ensemble des biens immobiliers d’habitation.

En général, un itinérant doit se trouver un emploi et se libérer de ses problèmes psychologiques ou de ses dépendances. Ce n’est qu’alors qu’ils reçoivent de l’aide pour trouver un logement. En Finlande, on inverse le processus.

L’approche «un logement d’abord» de la Finlande est considérée comme la meilleure solution pour régler le problème d’itinérance. On leur fournit sans condition un appartement, puis on leur procure les soins et services dont ils ont besoin.

Les itinérants ayant une maladie mentale sont des gens tranquilles, parfois déprimés. La plupart sont ravis d’avoir un appartement. Ceux qui ont des dépendances réduisent leur consommation une fois qu’ils ont un logement. Tous reçoivent des services de soutien personnalisés, c’est obligatoire. Ils peuvent choisir ce qu’ils veulent — un traitement, un emploi, renouer avec leur famille.

Tant qu’ils n’ont pas d’emploi, on les aide à faire une demande de prestations d’aide sociale. Ils doivent payer un loyer et assumer leurs dépenses.

Ce n’est pas un remède miracle, mais le taux de succès est élevé. De 80% à 90% des bénéficiaires vivent toujours dans leur appartement après cinq ans. Pour les autres, plus de 70% habitent avec des amis ou de la famille.

La Finlande s’est débarrassée de ses centres d’accueil, qui n’étaient pas efficaces pour aider ces gens à se prendre en main.

À Montréal, un itinérant coûte près de 60 000$, en transport par ambulance, en nuits à l’hôpital ou en refuge, en interventions policières, en séjours en prison, etc.

 

Il faut brisquer pour densifier doucement

Ayant une pénurie chronique de logements, Auckland est une des villes les plus chères au monde. On ne pouvait construire que des unifamiliales sur la plupart des terrains. Une réforme en 2016 a modifié cela et on pouvait construire jusqu’à trois logements pour 75% des terrains résidentiels. Le reste a été épargné soit pour des raisons patrimoniales, soit parce qu’ils étaient trop éloignés de la ville et mal desservis par les transports.

À Auckland en 2010, la construction de plex représentait 15% du total. En 2017, la proportion avait monté à 40%, freinant les hausses des prix des immeubles et des loyers.

Depuis 2021, toutes les villes les plus peuplées du pays sont tenues d’autoriser jusqu’à trois étages et trois logements.

Depuis 2020, une loi oblige les grandes villes à zoner les structures résidentielles jusqu’à six étages à moins de 800 m des stations de transport en commun.

En plus de remédier à la pénurie de logements, le développement de logements axés sur le transport en commun vise à réduire la consommation d’énergie grâce à des trajets plus courts et à une fréquentation accrue du transport en commun, aidant le pays à atteindre ses objectifs de neutralité carbone.

L’apparence des quartiers change. Cela ne fait bien sûr pas l’unanimité. Plusieurs vont prétendre que détruire une unifamiliale et la remplacer par un triplex fait baisser la valeur des autres maisons du quartier.

C’est l’inverse qui se produit. Des chercheurs ont identifié 557 démolitions survenues entre 2006 et 2016 à Québec. La valeur des propriétés environnantes a augmenté de 2,48%.

La crise du logement n’est pas totalement résorbée en Nouvelle-Zélande, mais la situation serait bien pire sans cette réforme.

Un changement de zonage doit faire partie d’un ensemble de solutions pour régler la crise du logement, particulièrement si on se préoccupe de la réduction de l’empreinte environnementale.

 

Une question de volonté

La Finlande a prouvé que pour régler l’itinérance, ce n’est pas un problème d’argent. C’est une question de volonté d’attaquer le problème de la bonne façon.

Une étude réalisée en 2019 par le Réseau canadien de recherche sur les sans-abri et l’hôpital St. Michael’s a révélé que pour chaque 10$ dépensé dans les programmes de style Logement d’abord, 9,60$ étaient économisés à long terme.

La démarche «un logement d’abord» de la Finlande consiste surtout à changer notre regard sur les personnes qui font l’expérience de la rue. Si on les voit comme des personnes dignes de respect, et qu’on leur donne des choix, on ouvre la porte à des solutions plus adaptées et durables.

Alors que cela fait des décennies qu’il y a des campements à Vancouver et dans certains coins des États-Unis, le phénomène est plus récent ici. Il y a un niveau plus élevé de solidarité au Québec et on sent que la montée de l’itinérance ici passe beaucoup moins bien. Cependant, le passage à l’action tarde.

 

Solutions

Le maire Bruno Marchand se dit convaincu que le modèle finlandais de lutte contre l’itinérance peut donner des résultats au Québec. Il préside un comité sur l’itinérance au sein de l’Union des municipalités du Québec (UMQ). Un premier sommet municipal sur l’itinérance se tiendra le 15 septembre.

Au Québec, depuis le 1er juin, une ville peut augmenter le nombre d’étages du tiers de la norme initiale dans leur règlement de zonage, et ce sans laisser la possibilité aux citoyens de demander un coûteux référendum. Ce pourcentage grimpe à 50% si la zone est desservie par un transport structurant. C’est un pas timide dans la bonne direction.

L’Ontario et la Colombie-Britannique sont en train d’imiter la Nouvelle-Zélande, en éliminant partout le zonage ne permettant qu’un logement. Le Minnesota et quelques autres États américains ont fait de même.

La Finlande et la Nouvelle-Zélande ont eu la vision et le courage de faire des réformes radicales qui ont eu du succès.

Ne tentons pas de réinventer la roue. Inspirons-nous de solutions qui ont fait leurs preuves pour régler les crises du logement et de l’itinérance.

 

Je vous invite à consulter mes articles précédents.