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Budget 2022: électoralisme ou équilibrisme?

Raphaël Melançon|Mis à jour le 11 avril 2024

Budget 2022: électoralisme ou équilibrisme?

Le quatrième budget du ministre des Finances Eric Girard est somme toute assez complet. (Photo: La Presse Canadienne)

L’argument était facile et prévisible: tour à tour, les partis d’opposition à l’Assemblée nationale sont montés au créneau, mardi, pour dénoncer un budget qu’ils considèrent «électoraliste» alors que les Québécois seront appelés aux urnes dans quelques mois.

Tous les quatre ans, c’est sensiblement la même chanson; si on se fie uniquement aux oppositions, le parti au pouvoir ne devrait rien faire, rien annoncer, ni rien décider en année électorale, sous peine d’être automatiquement accusé «d’acheter des votes avec de l’argent public». Le disque commence à être passablement usé.

Dans les faits, n’eût été du fait que des élections sont prévues cet automne, le quatrième budget du ministre des Finances Eric Girard est somme toute assez complet.

 

Cocher les cases

De la santé au logement, en passant par l’innovation, les transports en commun et le soutien au milieu communautaire, le budget 2022-2023 ratisse large, sans pour autant verser dans les dépenses déraisonnables.

Un budget n’est jamais facile à boucler; chaque ministre du gouvernement vient cogner à la porte de son collègue des Finances avec une très longue liste d’épicerie, des demandes qui dépassent souvent largement ce le ministre peut réalistement dépenser. Et plus la fin de mandat approche, plus la pression se fait ressentir pour régler certains dossiers qui trainent en longueur.

Eric Girard a ainsi réussi à réaliser un exercice d’équilibrisme de haut niveau, mardi, en saupoudrant çà et là les investissements afin de répondre aux innombrables demandes des milieux socioéconomiques.

De manière générale, la plupart des acteurs de notre société semblent trouver son compte dans ce budget, du moins en partie, bien que certains auraient peut-être espéré plus, notamment en matière de main-d’œuvre et d’accès au logement social et abordable. Il faut dire que les attentes ne sont pas toujours des plus réalistes…

Année électorale ou non, Eric Girard a présenté mardi un budget qui, sans forcément faire l’unanimité, coche plusieurs cases pour beaucoup de secteurs de notre économie. Rendons à César ce qui lui appartient!

 

Un 500$ inutile pour plusieurs

Parmi les mesures phares de ce budget figure un chèque de 500$ dont bénéficieront plus de 6 millions de Québécois adultes afin de les aider à faire face à la récente explosion du coût de la vie. Alors que l’inflation galopante met une forte pression sur les finances de nombreux ménages, ce petit coup de pouce supplémentaire sera certainement le bienvenu.

Certains auraient préféré voir le gouvernement baisser les taxes ou les impôts plutôt que d’aller vers une mesure ponctuelle comme l’émission de chèques. Le hic, c’est que les mesures fiscales ont des impacts à long terme sur nos finances publiques. Une réduction des taxes aurait eu pour effet de creuser le déficit structurel du Québec — celui qui revient chaque année et dont il est beaucoup plus difficile de se débarrasser à long terme.

Pelleter le fardeau de telles mesures sur le dos des générations futures n’était donc pas une solution envisageable pour Eric Girard. Et comme la gestion de la politique monétaire, principal outil permettant de juguler l’inflation au pays, relève du fédéral, cela ne laissait au gouvernement québécois que peu d’options sur la table pour faire sa part afin d’aider la population.

Or, quitte à dépenser 3,2 milliards pour soutenir ceux qui sont le plus affectés par la hausse drastique du coût de la vie, pourquoi ne pas avoir priorisé ceux qui en ont vraiment besoin?

Car soyons honnêtes; en fixant le seuil d’admissibilité pour cette aide ponctuelle à tous les Québécois gagnant moins de 100 000 $ par année, le gouvernement fait fausse route. Un chèque de 500$ ne fera pas de différence notoire dans le budget de quelqu’un qui gagne déjà près du double du salaire moyen d’un travailleur québécois.

Au mieux, une telle mesure stimulera la consommation, ce qui n’est rien pour ralentir la flambée des prix en magasins. On aggrave donc le problème plutôt que de l’atténuer. Pourquoi, alors, ne pas avoir fixé le seuil d’admissibilité au même niveau que celui retenu pour la prestation spéciale de 275 $ annoncée lors de la mise à jour budgétaire de novembre dernier, qui était d’environ 50 000$ pour les personnes vivant seules?

Le gouvernement caquiste aurait pourtant eu tout intérêt à opter pour un seuil d’admissibilité à des niveaux considérablement plus bas afin d’en faire bénéficier d’abord les moins nantis de notre société. S’il y a moins de bénéficiaires admissibles, on peut soit 1) bonifier l’aide offerte pour chaque citoyen tout en maintenant le même niveau de dépenses, ou 2) maintenir le montant de 500 $ par habitant et réduire les dépenses gouvernementales de plusieurs centaines de millions de dollars cette année. Dans tous les cas, la mesure gagnerait en efficacité.

Personne ne s’opposera à l’idée de recevoir un cadeau de 500$ du gouvernement dans sa boîte aux lettres. Il n’en demeure pas moins que certains en ont véritablement besoin plus que d’autres.

Si nous sommes pour dépenser par milliards l’argent des contribuables, aussi bien le faire intelligemment. Ce dernier budget du premier mandat de la CAQ a certes beaucoup de qualités, mais il a aussi quelques petits défauts.