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Dominique Beauchamp

La Sentinelle de la Bourse

Dominique Beauchamp

Analyse de la rédaction

Bourse: que révèle l’humeur printanière des pros ?

Dominique Beauchamp|Mis à jour le 11 avril 2024

Bourse: que révèle l’humeur printanière des pros ?

Il faut remonter à mars 2011 et à décembre 2016 pour revoir un tel consensus de croissance économique et d'inflation. (Source: BofA Securities)

Maintenant que l’indice S&P 500 a franchi en quatre mois la barre des 4100 points qu’avaient prévue la plupart des stratèges pour la fin de 2021, la Bourse semble un peu plus indécise.

Certains paris cycliques et les titres à faible capitalisation perdent un peu de leur élan après une montée en force, tout comme la remontée des taux.

Une reprise mondiale après-pandémie reste le scénario dominant, mais le supercycle des matières premières ainsi que la durabilité de l’inflation après la reprise perdent des adeptes.

Bien que plusieurs stratèges croient à une simple période de consolidation après une avancée rapide des bénéficiaires de la reprise, certains investisseurs semblent protéger leurs arrières en greffant des placements plus prudents à leurs paris cycliques.

Ainsi, ces dernières semaines, les titans bien nantis de la techno, les multinationales oubliées de produits de consommation de base, les fonds immobiliers et même les fournisseurs d’électricité ont attiré des acheteurs en plein boom économique.

Coup de sonde d’avril

Même s’il sont accru leur encaisse de 3,8% en février à 4,1% en avril, pour parer à des secousses possibles, les pros restent foncièrement optimistes si l’on se fie au plus récent sondage mondial de 200 investisseurs en charge d’un actif total de 553 milliards de dollars américains, mené entre les 6 et 12 avril par BofA Securities.

Pour la première fois depuis février 2020, la propagation de la COVID-19 ne figure plus en tête des principaux risques pour la Bourse.

Cette menace est remplacée par les trois effets secondaires potentiels de la reprise en V, soit une hausse trop rapide des taux obligataires (pour le tiers des répondants), une remontée de l’inflation (pour 27% d’entre eux) et une hausse des impôts des entreprises (pour 15% des panélistes).

Bien que la Réserve fédérale prévoit laisser son taux directeur à zéro jusqu’à la fin de 2023, six pros sur dix s’attendent à ce que les taux à court terme augmentent d’ici un an. Il s’agit de la plus forte proportion depuis janvier 2019, et elle se compare à une part de seulement 8% en mars.

D’ailleurs, les gestionnaires et répartiteurs d’actif sondés croient qu’une hausse à 2,1% des taux repères américains de 10 ans déclencherait une correction de 10% ou plus. 

Des taux américains de 10 ans de 2,1% déclencheraient une correction de plus de 10% (Source: BofA Securities)

Les obligations deviendraient plus attrayantes par rapport aux actions si ces taux franchissaient 2,3%. Les taux américains de 10 ans ont touché 1,776% le 30 mars, mais ils sont retombés à 1,64%, le 14 avril.

Seulement 7% des professionnels sondés croient que la Bourse américaine est dans une bulle, mais 74% d’entre eux jugent que l’ascension parabolique du bitcoin en est une.

« Pour 66% des panélistes sondés, la Bourse américaine est entrée dans le dernier stade du marché haussier. »

Pour le troisième mois consécutif, le secteur de la technologie est encore une fois pointé du doigt en tant que placement trop populaire par 32% des répondants. C’est toutefois moins que le pic de 80% de septembre 2020.

Globalement, les gestionnaires ont positionné leurs portefeuilles pour bénéficier de la reprise en favorisant les actions (62% privilégient cette classe d’actif), les matières premières et les industries plus tributaires de l’économie.

Les matières premières ont encore la cote puisque 23% des investisseurs en détiennent plus que la moyenne, mais cette proportion a baissé de 5 points depuis le record de 28% le mois dernier.

Les titres à faible capitalisation sont encore aimés, mais le quart des pros s’attendent à ce qu’ils performent mieux que le marché alors que cette proportion était de 41% en janvier.

Les gros investisseurs sont aussi les plus nombreux en trois ans à miser sur les banques.

Une proportion record de 52% continue de croire que l’approche «valeur» performera mieux que l’approche «croissance».

Par contre, les marchés émergents ne sont plus en tête des classes d’actif qui performeront le mieux en 2021 (pour 28% des répondants). Le S&P 500 (pour 34% des panélistes) a pris leur place en raison de l’accélération de la vaccination.

Le mot de la fin

Ce sondage a peu de valeur prévisionnelle puisqu’il prend le pouls des investisseurs institutionnels et révèle comment ils ont déjà positionné leurs placements, à court terme.

Michael Hartnett, stratège américain de BofA Securities, conclut sarcastiquement que les portefeuilles sont conçus pour le meilleur des scénarios.

Des bénéfices ou des perspectives décevantes de la part des bénéficiaires de la reprise, ou même un recul des taux obligataires qui refroidirait les paris de croissance, seraient deux éléments de surprise qui forceraient les investisseurs à revoir leurs placements rapidement.