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Dominique Beauchamp

La Sentinelle de la Bourse

Dominique Beauchamp

Analyse de la rédaction

Bourse: le nouveau rebond reste fragile

Dominique Beauchamp|Mis à jour le 11 avril 2024

Bourse: le nouveau rebond reste fragile

La plus récente remontée provient surtout de rachats de la part de vendeurs à découvert. (Source: 123RF)

Personne n’est trop surpris de voir la Bourse rebondir. L’indice Dow Jones a gagné 7%, le S&P 500 s’est apprécié de 9% tandis que le Nasdaq a rebondi de plus de 13%, depuis cinq semaines.

Après tout, le niveau de pessimisme était à son comble à la mi-juillet si l’on se fie au plus récent sondage mondial des investisseurs institutionnels de BofA Securities ou encore aux divers indicateurs qui mesurent l’écart entre les investisseurs pessimistes et optimistes.

Martin Roberge de Canaccord Genuity signale que le quatrième mouvement haussier de plus de 6% en 2022 s’est amorcé le 17 juin alors que seulement 2% des titres du S&P 500 se négociaient au-dessus de leur moyenne mobile de 50 jours, une mesure de la tendance des cours.

Le fait que les titres de technologie de tout acabit rebondissent le plus suggère que les pros qui avaient misé sur leur déclin rachètent les actions vendues à découvert afin de limiter leurs pertes. L’ampleur des ventes à découvert était aussi la plus prononcée depuis 2010, ajoute le stratège quantitatif.

D’autres types d’investisseurs qui font leurs paris sur le marché des contrats à terme doivent aussi racheter parce que certains d’entre eux misaient sur la persistance de la tendance baissière à court terme tout au moins.

Certains préfèrent suspendre ces paris baissiers avant le dévoilement de nombreux résultats financiers la semaine prochaine qui pourraient s’avérer moins pires que prévu. La Fed américaine pourrait peut-être adoucir son ton monétaire, le 27 juillet, dans les commentaires accompagnant la hausse prévue de 75 points de pourcentage du taux directeur.

 

Un amortisseur manquant: la Fed

Dans le passé, des paris négatifs aussi extrêmes se sont avérés de bons points d’entrée en Bourse. Cette fois par contre, l’inflation et les taux montent et la Fed est encore loin d’avoir atteint sa cible d’inflation de 2%.

Ce graphique indique que le nombre de révisions à la baisse des prévisions des bénéfices par rapport au mois précédent augmente. (Source: Canaccord Genuity)

Habituellement, quand les prévisions de profits baissent lors des ralentissements économiques, la Fed abaisse son taux directeur et le marché peut s’apprécier puisque les multiples d’évaluation augmentent, explique le stratège. Cette fois, les investisseurs ne bénéficient pas de cette soupape au moment où les révisions à la baisse de profits se multiplient et la Fed retire les liquidités.

«Donc oui, le rallye est fragile, car en plus des hausses de taux, les révisions de bénéfices vont s’accélérer.»

Il est difficile de prévoir jusqu’où un tel mouvement haussier (mené par les achats par les vendeurs à découvert) peut aller, mais ses indicateurs indiquent qu’il peut se poursuivre jusqu’à ce que le S&P 500 touche 4100 ou que 70% de ses membres se négocient à nouveau au-dessus de la moyenne mobile de 50 jours.

 

Une stratégie dosée à court terme

La Bourse est une énorme machine à anticipation, répètent souvent les pros. Le marché baissier trouve donc son point d’appui bien avant que l’économie ne trouve le sien. Bien malin toutefois qui peut prévoir ces pivots parce qu’ils se confirment a posteriori seulement.

Après avoir étudié la performance des secteurs lors des marchés baissiers pour détecter des tendances, Martin Roberge évite de prendre des paris sectoriels forts. Il est neutre envers le secteur de la technologie dont la performance est similaire à celle du marché jusqu’à ce que la Bourse trouve un niveau plancher.

Même positionnement neutre dans les secteurs défensifs que sont les titres de consommation de base, les télécommunications, les services aux collectivités et la santé. Ils sont globalement chèrement évalués, mais devraient tout de même continuer à bien résister à l’aube d’une récession.

Par contre, l’énergie risque fort de dévier du comportement observé habituellement à la fin d’un cycle économique parce que les problèmes d’approvisionnement persisteront face à une demande qui ralentit. Le stratège «surpondère» donc ce secteur cyclique en portefeuille, alors qu’il «sous-pondère» celui des matériaux depuis mai.

Son analyse sectorielle révèle aussi qu’il n’y a pas de nouveau marché haussier tant que le secteur financier et les fonds de placements immobiliers ne surpassent pas le marché dans les rebonds. Or, cette semaine justement, ces deux secteurs traînent de la patte, ce qui suggère «qu’il est peu probable que la remontée actuelle annonce le début d’un mouvement haussier durable», conclut-il.