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Dominique Beauchamp

La Sentinelle de la Bourse

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Analyse de la rédaction

Bourse: à la recherche du «nouveau normal»

Dominique Beauchamp|Mis à jour le 11 avril 2024

Bourse: à la recherche du «nouveau normal»

Le marché est dans une course contre la montre. (Photo: 123RF)

ANALYSE. Pour les amateurs de tendances économiques, il est plus difficile que jamais de tirer des conclusions fiables des données diffusées au quotidien pour aiguiller la posture boursière à adopter à plus court terme.

La forte création d’emplois en juillet aux États-Unis — plus du double des attentes — qui succède à deux trimestres consécutifs de contraction du produit intérieur brut américain, en fait la plus récente manifestation.

Comme le rappellent certains économistes, l’emploi constitue l’un des indicateurs économiques les plus retardataires et les données surprenantes reflètent surtout le retour au boulot de hordes de travailleurs, maintenant que la pandémie s’estompe. Les employeurs ont «rempli» une part du grand nombre d’emplois encore vacants 29 mois après le début de la pandémie.

D’ailleurs, les femmes comptent pour plus de la moitié des 528 000 emplois créés en juillet, un signe qu’elles sont peut-être plus nombreuses à pouvoir se libérer des responsabilités familiales liées à la pandémie.

 

Le sommet de l’inflation suffit-il?

Les investisseurs se heurtent à un dilemme qui risque de garder la Bourse entre deux pôles jusqu’à ce que les perspectives s’éclaircissent en attendant la prochaine réunion de la Réserve fédérale américaine (Fed) le 21 septembre.

Si l’économie encore robuste fait craindre des hausses de taux plus musclées ou prolongées de la part de la Fed pour mâter l’inflation, le récent repli du pétrole et d’autres matières premières, des tarifs de fret et de camionnage, des taux hypothécaires et des taux obligataires américains de 10 ans (de 3,50% à 2,67% entre les 14 juin et le 4 août) offrent un certain répit aux entreprises et aux consommateurs et aident la Fed dans son combat contre l’inflation.

Ce scénario favorable est en partie ce qui a nourri la remontée en vigueur de la Bourse américaine en juillet, menée par le secteur battu de la technologie. Le mois dernier, plusieurs misaient sur le fait que le pire du resserrement était derrière nous et que la Fed pourrait réduire son taux directeur dès 2023 après la hausse d’encore 100 à 125 points de pourcentage du taux directeur (3,50-3,75%) d’ici la fin de 2022.

En revanche, le récent recul de certains prix équivaut en quelque sorte à une détente des conditions financières, qui pourrait nourrir l’inflation et ainsi obliger la Fed à relever les taux plus que prévu et provoquer la récession que la Bourse redoute tant.

Lauretta Mester, président de la Réserve fédérale de Cleveland, a d’ailleurs préparé les investisseurs à la possibilité que le taux directeur dépasse 4%, à la mi-2023, le 4 août dernier. Pour l’instant, le marché fait la sourde oreille.

«Le rebond de juillet est survenu alors que le pessimisme des investisseurs était à son comble et que les actions étaient survendues. Plus récemment, l’espoir d’un pivot par la Fed a ajouté à l’élan, mais nous croyons que ce sont de douces illusions», écrit Hugo Ste-Marie, analyste de la Banque Scotia, dans son plus récent rapport de stratégie.

L’écart énorme entre l’inflation de 9% en juin et l’objectif de 2% de la Fed explique aussi pourquoi tant d’observateurs sont sceptiques face à la qualité et à la durée du rebond de la Bourse depuis six semaines. L’achat mécanique d’actions par les fonds tendanciels à court terme, les fonds de répartition systématiques d’actifs et les vendeurs à découvert ont probablement amplifié le mouvement haussier.

 

Le fameux test des bénéfices

Bien que plusieurs stratèges croient encore à un atterrissage en douceur de l’économie, plusieurs autres font valoir que le resserrement monétaire et budgétaire commence à peine à se faire sentir sur l’économie américaine.

«Le rebond estival est bienvenu et pourrait durer encore un peu, mais les indicateurs avancés se détériorent et suggèrent que le malaise économique persistera pendant quelque temps», soutient Hugo Ste-Marie.

Même l’économiste Ed Yardeni, l’optimiste fondateur de Yardeni Research, s’étonne que les prévisions de bénéfices pour le prochain trimestre de 2022 n’aient pas baissé davantage pendant le dévoilement des résultats du deuxième trimestre.

Martin Roberge, de Canaccord Genuity, est de ceux qui s’attend à ce que les prévisions de bénéfices diminuent tout au long de l’automne. «Les revenus (qui ont fortement bénéficié de l’effet d’enflure qu’a l’inflation sur les revenus des entreprises) deviendront moins vigoureux. N’oublions pas que le ralentissement de l’économie s’est réellement amorcé en juillet ».

Michael Wilson, le stratège de Morgan Stanley, prévoit aussi que les révisions à la baisse des bénéfices s’intensifieront lorsqu’il deviendra évident que les entreprises ne pourront répondre aux attentes annuelles.

Le marché est dans une course contre la montre. «La Fed a besoin d’écraser l’inflation avant que le ralentissement économique n’oblige les entreprises à réduire leurs orientations en masse», évoque-t-il, dans son plus récent bulletin.

David Rosenberg est résolument dans le camp de ceux qui prévoient une récession. «La Bourse ne touche jamais un creux fondamental lorsque les taux à court terme sont plus élevés que les taux à long terme. Le plancher survient historiquement vers la fin de la récession lorsque les investisseurs commencent à apercevoir la reprise dans le « blanc des yeux ». C’est sans doute pour l’an prochain», a-t-il fait valoir en entrevue au réseau CNBC.

Le débat est loin d’être résolu. Le rentrée boursière n’en sera que plus fascinante.