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Annie Boilard

Travailler agilement en équipe

Annie Boilard

Expert(e) invité(e)

10 clés pour collaborer avec des collègues très introvertis

Annie Boilard|Mis à jour le 11 avril 2024

10 clés pour collaborer avec des collègues très introvertis

Le soleil dans la voix, vous lui demandez comment il va. «Bien», vous répond-il sobrement. (Photo: 123RF)

EXPERTE INVITÉE. Ça fait deux ans que Philippe a joint votre équipe de travail. Ce matin, vous le croisez dans le stationnement et marchez ensemble vers le bureau. Le soleil dans la voix, vous lui demandez comment il va. «Bien», vous répond-il sobrement.

Vous lui demandez alors si sa fin de semaine s’est bien passée. «Oui», dit-il sans plus. Vous persistez et tentez une troisième question, espérant neutraliser le malaise que vous commencez à ressentir. À nouveau, la réponse est monosyllabique.

De plus, aucune question ne vous est posée en retour. Vous êtes bien content de franchir la porte d’entrée, de souhaiter une bonne journée à Philippe et de continuer seul votre chemin.

Vous concluez alors que quelque chose cloche chez lui. Est-ce un manque d’aptitudes sociales, une timidité maladive ou encore une aversion envers vous qui a causé ce gênant échange? Difficile à dire.

Chose certaine, constatez-vous, c’est qu’il n’est pas facile de développer de riches relations professionnelles avec certaines personnes au profil très introverti.

Nous souhaitons tous travailler dans un bon climat de travail où règnent camaraderie, respect et complicité. Collaborer avec ses collègues enrichit notre expérience d’employé et nourrit l’engagement. Ultimement, c’est en concordance avec les valeurs de travail d’équipe des organisations.

À titre de coéquipiers, nous co-portons cette responsabilité. Or, même lorsqu’on est alimenté des meilleures intentions, on se bute parfois à des défis.

Soit dit en passant, ce n’est pas plus facile de collaborer avec des profils très extravertis qui monopolisent les discussions. Pour l’instant, concentrons-nous sur ce qu’on peut faire pour améliorer nos échanges avec l’autre côté du spectre.

 

Trois fausses croyances à propos des introvertis

Dans un premier temps, déconstruisons certains aprioris sur les personnes introverties:

1. Quelque chose ne va pas avec eux: non! Il n’y a aucun mal à être introvertie (ou extravertie). Ce ne sont pas des pathologies! Les gens introvertis s’énergisent dans des moments calmes, seuls ou en petit groupe et apprécient les activités introspectives. C’est un trait de personnalité, pas un problème.

2. Ils ne savent pas parler au monde: non! Souvent peu stimulés par les discussions sans profondeur, ils préfèrent ne rien dire que d’alimenter la discussion. À leurs yeux, le silence n’est pas un ennemi à combattre.

3. Ils sont timides: non! En fait, des personnalités timides se retrouvent tant chez les introvertis que les extravertis. Sans dire que ce soit impossible, il ne faut pas présumer que Philippe est timide. Ressentir de l’insécurité dans un échange est bien différent à ne pas avoir envie de poursuivre la discussion.

À savoir si Philippe vous apprécie ou non, c’est une tout autre histoire. À ce point, rien dans l’introduction ne pointe vers cette conclusion.

 

Cinq trucs pour gagner la confiance et développer une relation avec des collègues très introvertis

En plus de privilégier les échanges individuels ou en petit groupe, voici des trucs pour enrichir les discussions et les relations avec des profils plus introvertis

1. Posez des questions ouvertes. «As-tu passé une belle fin de semaine?» est une question fermée, puisqu’elle se répond par oui ou par non. «Comment va ton projet ABC?» est une question ouverte, mais elle pourrait être bonifiée afin d’obtenir une réponse plus élaborée. On pourrait par exemple demander quels en sont les plus récents développements, ou les raisons pour lesquelles la personne est satisfaite de sa progression.

Souvent, le profil très introverti répondra à LA question. Dans le doute, il vous fera répéter pour s’assurer d’avoir bien compris LA question. Pour un introverti, la qualité des questions (et non pas le sujet de discussion) prédit la richesse de l’échange.

2. Respectez le rythme de la personne et laissez-lui le temps de formuler sa réponse. Les extravertis ont de l’aisance à soutenir des échanges rythmés et rapides; les idées leur viennent en parlant. À l’inverse, les introvertis formulent d’abord leurs idées et les verbalisent ensuite. Sans dire que les discussions sont lentes (il est question ici de fraction de seconde), accepter les silences, réduire la cadence des questions peut accroitre la précision des réponses.

3. Donnez l’exemple en partageant votre expérience, vos exemples. Le type de réponses recherchées n’est pas toujours clair pour l’interlocuteur et les introvertis auront tendance à y aller plus brièvement que généreusement (à moins que vous leur demandiez spécifiquement des détails).

Donner l’exemple en partageant vos propres réponses (sans monopoliser la discussion) peut servir de guide dans la discussion.

4. Nommez vos intentions. Si vous vous demandez ce qui cloche avec Philippe, dites-vous qu’il est fort possible qu’il se pose la même question à votre égard, surtout si vous n’avez pas l’habitude de discuter ensemble.

Ainsi, vous auriez pu commencer la conversation en disant: «Philippe, ça fait deux ans qu’on travaille ensemble et je n’ai pas eu la chance d’apprendre à te connaitre encore. J’aimerais en savoir un peu plus sur toi.»

5. Variez vos approches de communications. Bien qu’il ne soit pas souhaité de complètement mettre de côté les échanges en personnes ou en visioconférence (à caméra ouverte), passer à l’occasion par l’écrit, comme les courriels ou textos, peut être souhaité par les personnes introverties.

 

Alors, que fait-on avec les réunions?

Les échanges spontanés en réunion font partie de la vie des équipes; ils ne sont toutefois pas des tribunes de communication faciles pour les introvertis.

L’opinion de Philippe, expert XYZ, peut être requise bien qu’il hésite à prendre la parole. Toute l’équipe pâtit lorsque cela se produit. Au mieux, on doit reprendre le sujet à la rencontre subséquente, au pire, une mauvaise décision est prise.

Voici ce qui peut être fait pour accroitre l’aisance de Philippe à prendre la parole lors des réunions

 

1. Rencontrez individuellement Philippe (à l’extérieur des rencontres d’équipe) et clarifiez les attentes à son égard. Vous pourriez par exemple lui rappeler que l’équipe a besoin de son opinion sur les sujets en lien avec son champ d’expertise, et lui demander ce qui peut être fait pour qu’il soit plus à l’aise de prendre la parole.

Préfère-t-il qu’on l’interpelle par son prénom ou qu’on lui fasse un signe pour l’encourager à participer à l’échange? Veut-il prendre la parole en premier? Se sent-il plus à l’aise de prendre le temps de se faire une tête et de revenir rapidement avec sa prise de position?

Si rien ne fonctionne et que Philippe est inconfortable avec toutes les idées proposées, peut-être voudrez-vous saisir l’occasion pour vérifier comment il va vraiment. 

 

À (re)lire: Voici comment aider un collègue sans avoir l’air indiscret

2. Assurez-vous de bien mettre en contexte le problème avant d’évoluer vers les solutions. Pour les personnes très introverties, il sera plus facile de s’exprimer si la question est bien circonscrite et analysée. Il faut retenir les élans de ceux qui précipiteront la discussion vers «alors, on fait quoi?».

Concrètement, il faut s’assurer d’avoir bien fait le tour de la question, en précisant les causes et les conséquences, et d’établir une vision commune de la situation avant d’aborder les solutions.

Aucune raison de sentir un malaise lorsque Philippe répond simplement et efficacement aux questions. D’ailleurs, il est fort à parier que l’échange dans le stationnement fut agréable du point de vue de la personne introvertie.