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Analyse de la rédaction

PME: les grandes transformations de l’écosystème depuis 50 ans

François Normand|21 juin 2024

PME: les grandes transformations de l’écosystème depuis 50 ans

Depuis 50 ans, les chefs de PME ont fait face à plusieurs défis, à commencer par le financement pour acheter des équipements ou investir dans un projet d’expansion. (Photo: archives / Getty Images)

ANALYSE ÉCONOMIQUE. Le 9 juillet, EntreChefs PME, une organisation de Drummondville (auparavant le Groupement des chefs d’entreprise), fêtera son 50e anniversaire.

Fondée en 1974, un an après le lancement de la phase 1 de la baie James (1973-1985), elle a été aux premières loges des changements socio-économiques qui ont transformé les PME aux quatre coins du Québec.

En 1975, EntreChefs PME ne comptait que 50 membres et le regroupement de Drummondville n’était qu’au Québec. En 2023, c’était 43 fois plus, à 2 143 membres, selon les statistiques de l’organisation.

Depuis 2007 et 2010, il compte respectivement des membres-chefs d’entreprise en Belgique (173) et en Suisse (97), formant une communauté d’entrepreneurs francophones des deux côtés de l’Atlantique.

À ses débuts, EntreChefs PME évoluait dans un contexte pour le moins agité, se rappelle le fondateur de l’organisme, l’entrepreneur Marcel Bundock, qui l’a dirigé de 1974 à 1978.

«Les syndicats étaient très forts à l’époque. Il y avait souvent des grèves et les relations de travail étaient très compliquées», confie-t-il.

On peut effectivement dire que ça jouait dur à l’époque.

En 1972, la Cour supérieure du Québec avait même condamné les trois principaux chefs syndicaux au Québec — Louis Laberge de la Fédération des travailleurs du Québec, Marcel Pepin de la Confédération des syndicats nationaux et Yvon Charbonneau de la Corporation des enseignants du Québec — à un an de prison.

Le tribunal leur reprochait d’avoir défié une injonction ordonnant le retour au travail des grévistes de la fonction publique et parapublique.

L’année 1974 est aussi celle du saccage de la baie James, où un conflit intersyndical éclate sur le chantier du barrage LG-2 à la baie James. Des travailleurs saccagent le chantier de construction, causant des pertes évaluées à l’époque à 30 millions de dollars.

Dans les années 70, peu d’organisations parlaient au nom des PME du Québec.

Certes, il y avait des organisations patronales, mais elles étaient avant tout basées à Montréal. De plus, elles avaient peu d’intérêt pour les PME œuvrant dans les régions, à l’extérieur des grands centres, selon Marcel Bundock.

«Il n’y avait pas d’organisation pour représenter les PME», dit-il.

Le défi du financement persiste

Depuis 50 ans, les chefs de PME ont fait face à plusieurs défis, à commencer par le financement pour acheter des équipements ou investir dans un projet d’expansion.

«Ce n’était pas facile d’aller voir son banquier», se souvient Marcel Bundock.

Aussi, dans ces circonstances, des investisseurs institutionnels publics comme la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) ou la Société Générale de financement (SGF) — aujourd’hui Investissement Québec — ont été des partenaires clés pour de nombreux entrepreneurs, souligne-t-il.

Aujourd’hui, même si on compte beaucoup plus de capitaux-risqueurs publics et privés, plusieurs PME rencontrent toujours des difficultés à financer leur croissance.

C’est notamment parce que «les PME canadiennes font face à certains des taux d’emprunt les plus élevés parmi les pays de l’OCDE pour ce qui est de l’écart par rapport aux grandes entreprises», selon une analyse publiée en septembre 2023 par le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE).

Par ailleurs, au fil décennies, un autre défi important des PME a été d’avoir des relations transactionnelles avec l’État québécois, fait remarquer Marcel Bundock.

«Il y a une complexité de faire affaire avec le gouvernement, notamment pour les PME agricoles», dit-il.

Certes, au fil des ans, les différents gouvernements à Québec ont fait des efforts pour faciliter la vie des entrepreneurs, notamment en centralisant de plus en plus l’information et les programmes. 

Malgré tout, notamment les efforts d’Investissement Québec (financement, productivité, approvisionnement, décarbonation, etc.), plusieurs entrepreneurs peinent encore à se retrouver dans les dédales administratifs de l’État.

Sur l’écran radar

De nouveaux défis se sont également ajoutés, estime Diane Arseneau, l’actuelle directrice générale d’EntreChefs PME.

Les taux d’intérêt sont élevés — ils étaient du reste beaucoup plus élevés aux tournants des années 1980. Les PME doivent innover et accroître leur productivité pour demeurer compétitives.

Les chefs d’entreprise doivent aussi se conformer davantage aux règles ESG, en plus de s’intéresser à l’intelligence artificielle (IA), qui représente sans doute un game changer de l’amplitude de l’arrivée de l’informatique dans la seconde moitié du 20e siècle.

La pénurie de main-d’œuvre est un autre enjeu fondamental, même si la pression est un peu moins criante actuellement en raison de la faiblesse de l’économie.

«On en a encore pour 10 ans à pâtir de la pénurie de main-d’œuvre», estime Diane Arseneau.

Dans ce contexte, l’apport de travailleurs étrangers est essentiel pour aider les entreprises à pourvoir leurs postes vacants.

«Plusieurs PME participent à des missions pour aller les recruter à l’étranger», souligne-t-elle.

Cette pénurie fait en sorte que des chefs d’entreprise s’impliquent davantage dans les opérations, ce qui alourdit souvent des horaires déjà bien remplis et leur charge mentale.

Pour Diane Arseneau, ces nouveaux défis vont faire évoluer les modèles d’affaires dans les prochaines années, et ce, aussi bien au niveau de la gestion que du financement.

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